Politique des visas, commerce, retours : le commissaire à la Migration, Magnus Brunner, explique comment l'UE entend endiguer la migration irrégulière, développer les voies légales et limiter le recours aux contrôles aux frontières nationales.
L'Autrichien Magnus Brunner (ÖVP/PPE), commissaire européen aux Affaires intérieures et à la Migration, s'est exprimé sur les derniers projets de l'Union européenne en matière de politique migratoire. Dans une interview accordée à l'agence de presse allemande dpa, il a déclaré que l'objectif était de supprimer le plus rapidement possible les contrôles – temporairement rétablis – aux frontières de l'Allemagne.
Pour y parvenir, des échanges sont menés à Bruxelles avec le chancelier Friedrich Merz (CDU) et le ministre fédéral de l'Intérieur Alexander Dobrindt (CSU).
Cette suppression devrait passer par des réformes au niveau européen, combinant incitations et moyens de pression clairs. "L'UE dispose de leviers tels que la politique des visas, le commerce et la coopération au développement, que nous devons utiliser comme instruments stratégiques dans l'intérêt de l’Europe", a ajouté Brunner.
**"**Créer des alternatives sûres aux parcours dangereux"
Pour ce faire, le commissaire européen autrichien mise principalement sur la "diplomatie migratoire". De nombreux pays tiers exercent en effet une pression pour obtenir des facilités de visa avec l’UE, espérant en tirer des avantages économiques.
Selon Brunner, la politique des visas doit aller bien au-delà de la simple limitation de la migration irrégulière. Elle doit également ouvrir des voies légales pour les travailleurs, les spécialistes qualifiés et les scientifiques. "Dans ce domaine, nous devons devenir plus flexibles, plus rapides et plus numériques", a-t-il déclaré.
Pour apaiser la situation migratoire dans l'ensemble de l'UE, Brunner souhaite intervenir avant que les personnes n'empruntent des routes migratoires souvent mortelles à travers la Méditerranée. Une collaboration renforcée avec les pays tiers est également prévue. La Commission européenne envisage des installations spéciales, qualifiées de "centres polyvalents" dans son nouveau document stratégique.
Selon la Commission, ces centres pourraient notamment permettre des évacuations, offrir protection et hébergement aux personnes en détresse ou aider les migrants à rentrer volontairement dans leur pays d'origine. L'objectif est de créer des alternatives sûres aux parcours dangereux, comme l'a expliqué Brunner : "La polyvalence signifie empêcher la migration irrégulière tout en permettant la migration légale".
"Sentiment de sécurité"
Pour Brunner, un objectif reste central dans tous les efforts : garantir le sentiment de sécurité des Européens. "Si nous redonnons à nos citoyens le sentiment que nous contrôlons la migration illégale, nous pourrons mieux promouvoir la migration légale", a-t-il déclaré. Selon lui, les États européens doivent pouvoir décider eux-mêmes qui peut venir sur leur territoire.
Au cours des dix dernières années, les contrôles ont été insuffisants et les règles dépassées. La nouvelle stratégie quinquennale de Brunner et de la Commission européenne vise à remédier à cette situation.
La stratégie quinquennale épinglée
Selon la stratégie quinquennale en matière de migration publiée jeudi, l'UE veut se concentrer sur cinq axes principaux. Outre la diplomatie migratoire déjà évoquée par Brunner, le renforcement des frontières européennes figure au programme, avec notamment un rôle accru pour l'agence Frontex.
Un autre volet clé de la stratégie est la mise en place d'un système d'asile et de migration stable, équitable et adaptable. Dans ce cadre, les autorités nationales compétentes bénéficieront de moyens supplémentaires à hauteur de trois milliards d'euros.
La stratégie prévoit également de renforcer la mobilité de la main-d'œuvre et des talents afin d'accroître la compétitivité. Il s'agit notamment de simplifier et d'accélérer les règles et procédures permettant d'acquérir les compétences dont l'Europe a besoin, y compris la reconnaissance et la validation des qualifications.
Elle inclut aussi un dispositif de retour et de réadmission plus efficace, avec la création de centres de retour dans les pays tiers, appelés "return hubs", qui ont récemment suscité de nombreuses critiques.
En février 2025, un rapport de l'Agence des droits fondamentaux de l'UE (FRA) a mis en garde la Commission européenne sur le respect de ces droits. Dans ce cadre, l'ONG Pro Asyl accuse l'UE de mener une politique "hors des clous", qui "ne se soucie pas des droits de l'homme ni du sort des personnes concernées".
81 milliards d'euros pour la politique intérieure européenne
Outre les nouveautés stratégiques, la Commission a présenté des propositions financières. Pour mettre en œuvre son plan, l'UE souhaite utiliser de manière ciblée les moyens prévus dans la proposition de la Commission pour le prochain cadre financier pluriannuel 2028-2034, avec au moins 81 milliards d'euros alloués à la politique intérieure européenne.
À cela s'ajoute un nouvel instrument pour l'action extérieure de l'UE, qui permettra d'orienter davantage les partenariats internationaux vers les intérêts stratégiques de l'Union, y compris dans le domaine de la migration.