Angelina Katsanis a couvert la récente crise dans le Minnesota pour Associated Press et a décrit son expérience à Euronews.
Photojournaliste gréco-américaine, Angelina Katsanis a couvert les opérations des agents de l'ICE dans le Minnesota et les manifestations contestant leurs activités.
La jeune femme a déjà effectué des reportages dans cette ville entre 2023 et 2024,et témoigne d'un net changement de climat social. "Il y a une grande différence entre la situation actuelle de la ville et celle de 2023. L'ICE et la prise de contrôle de Minneapolis sont très visibles. Dans chaque magasin où vous entrez, il y a des gens qui en parlent. Si vous allez à un événement social, tout le monde en parle", témoigne-t-elle.
Les citoyens s'organisent en réseau pour défendre les personnes arrêtées par les agents de la police anti-immigration. " Dès qu'un avis [de l'ICE] est publié, les gens, les observateurs, affluent sur le site, en particulier les personnes qui vivent à proximité et qui savent maintenant que l'ICE est dans leur communauté. Ils arrivent tous armés de sifflets et crient aux agents de l'ICE ou aux agents du DHS [Department of Homeland Security] ou du CBP [Central Border Patrol] de quitter leur ville et leur quartier. J'ai constaté à maintes reprises que cette réaction fonctionnait", poursuit Angelina Katsanis.
La journaliste a elle-même été témoin d'une action musclée : "Il y a deux jours, j'étais dans une maison où des agents de l'ICE ont débarqué. Il était encore tôt, il était environ neuf heures du matin. L'ICE est arrivé dans une maison du quartier sud de Minneapolis, près de l'endroit où George Floyd et Renee Goode ont été tués. Ils frappaient à la porte pour essayer d'entrer. La diffusion de la nouvelle et le fait qu'un grand nombre de personnes se soient rassemblées les ont finalement stoppées", raconte-elle.
Selon Angelina Katsanis, la police arrête des citoyens sans qu'un motif ne soit avancé : "J'ai souvent parlé à des personnes qui ont été arrêtées et qui ont une carte verte ou sont des citoyens légaux. J'ai vu des gens sortir de leur voiture et montrer leur passeport pour prouver qu'ils sont des citoyens. Ces personnes sont souvent 'ciblées', mais nous ne savons pas pourquoi elles le sont, car beaucoup d'entre elles semblent être des citoyens normaux qui ont immigré légalement de pays autres que les Etats-Unis", explique t-elle.
Aujourd'hui, la peur a envahi la ville et le pays tout entier, poursuit la journaliste. "Les gens regardent constamment quelle ville sera la prochaine touchée par la CIE. Gregory Bovino est le chef de cette opération, les gens regardaient donc où il allait et où il était prévu qu'il aille. Il s'est donc rendu à Charlotte, à la Nouvelle-Orléans et à Chicago. Aujourd'hui, il y a eu un peu de remaniement et Tom Homan est à Minneapolis, à la place de Bovino. Nous observons ce que dit Homan, ce qu'il va faire, où il va aller. Mais c'est vrai, les gens ont vraiment peur", explique t-elle.
Certains s'accordent à dire que ce que l'Amérique a vécu ces dernières semaines est une sorte de guerre civile. "La différence entre une guerre civile et ce que nous vivons actuellement, c'est que la résistance des citoyens, qui ne sont armés que de sifflets et d'appareils photo, de téléphones qui enregistrent ce qui se passe, se défend, réagit, mais elle est, pour l'essentiel, non violente", observeAngelina Katsani.
La journaliste a également recueilli le point de vue des agents de la police anti-immigration. "Je pense que l'ICE considère qu'il s'agit d'une guerre civile. J'ai parlé à des agents qui m'ont dit qu'ils craignaient pour leur vie et que les gens essayaient de leur faire du mal. Je pense donc que cette mentalité, pour quelque raison que ce soit, les rend plus craintifs et risque d'aggraver la situation, comme nous l'avons vu avec Alex Pretty, Renee Goode et bien d'autres encore [ndlr : il y a des rapports faisant état d'un total de 38 morts dans tout le pays du fait de l'ICE]. Il est donc certain que les hommes de l'ICE craignent également la présence des citoyens et des résidents du Minnesota", témoigne-t-elle.
Quelle est la réaction des habitants de New York face aux événements ? De retour dans la ville, Angela a pu constaté une véritable vague de soutien pour Minnesota.
"Ils sont également en première ligne. L'ICE est donc bel et bien présent à New York, même si ce n'est pas la même chose que de frapper aux portes comme à Minneapolis. Mais les New-Yorkais, même si cela ne se passait pas ici, soutiennent fermement ce qui se passe dans le Minnesota. Hier soir, j'ai photographié une manifestation en faveur d'Alex Pretty, à laquelle ont participé des milliers de personnes, par un temps très, très froid. Les manifestants sont restés debout pendant plus d'une heure. Pendant que les gens prononçaient des discours, ils se trouvaient à l'hôpital des vétérans à Manhattan. D'une manière générale, des manifestations ont lieu dans toute la ville. Je crois qu'une soixantaine de manifestants ont été arrêtés il y a deux nuits pour avoir organisé un sit-in et une manifestation contre l'ICE en réponse au meurtre d'Alex Pretty. Il s'agit donc bien d'une mentalité unifiée de la nation, de la mentalité d'un pays unifié."