"Un jour, les Russes prendront conscience de l'énormité du crime commis en leur nom, de la futilité des prétextes invoqués et des effets dévastateurs à long terme sur leur pays", a déclaré mardi matin le président français dans une publication sur X.
À l'occasion du quatrième anniversaire du lancement de l'invasion russe en Ukraine, le président français, Emmanuel Macron, a publié ce mardi un message cinglant sur le réseau social X, dans lequel il souligne "le triple échec" de Moscou.
"Cela fait quatre ans que l’Europe s’est réveillée au bruit des bombes russes en Ukraine", écrit-il. "Quatre ans d’une guerre d’agression choisie par la Russie, au mépris flagrant du droit international, de la souveraineté d’un peuple, et de la vie humaine".
"Quatre ans de villes frappées, d’écoles et d’hôpitaux détruits, d’infrastructures énergétiques méthodiquement ciblées pour plonger des familles dans le froid et l’effroi. Quatre ans, 15 000 civils ukrainiens tués".
Le président de la République condamne également les "viols, tortures, crimes de guerre et de terreur", et rappelle que "des milliers d'enfants ukrainiens [ont été] arrachés à leur terre et à leurs familles" dans le cadre de l'invasion russe.
En mars 2023, la Cour pénale internationale (CPI), qui siège à La Haye, a émis des mandats d'arrêt à l'encontre du président russe, Vladimir Poutine, et de la Commissaire russe aux droits de l'enfant, Maria Lvova-Belova, pour "déportation illégale" d'enfants ukrainiens.
Kyiv estime à plus de 20 000 le nombre d'enfants ukrainiens déportés en Russie ou dans les territoires occupés, où se trouveraient au moins 210 centres de rééducation ou de militarisation.
Un "triple échec pour la Russie"
"Un jour, les Russes prendront conscience de l'énormité du crime commis en leur nom, de la futilité des prétextes invoqués et des effets dévastateurs à long terme sur leur pays", poursuit Emmanuel Macron.
Le chef de l'État rappelle que l'armée russe n'a réussi à conquérir que "seulement 1 % du territoire ukrainien depuis la stabilisation du front en novembre 2022", soulignant que "l'Ukraine a même repris du terrain" le mois dernier.
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a en effet affirmé le mois dernier que "300 kilomètres carrés ont été libérés" récemment par les forces ukrainiennes. Kyiv contrôle toujours environ un cinquième de la région de Donetsk, tandis que la Russie occupe la quasi-totalité de la région de Louhansk.
Emmanuel Macron poursuit en soulignant le lourd tribut payé par les forces russes depuis quatre ans en Ukraine.
"Plus de 1,2 million de soldats russes ont été blessés ou tués, c’est le plus grand nombre de victimes russes au combat depuis la Seconde Guerre mondiale. Face aux pertes, la Russie enrôle des individus sur le continent africain pour les envoyer combattre sur le front ukrainien, souvent sans aucune formation préalable".
Pour le président français, "cette guerre est un triple échec pour la Russie : militaire, économique, stratégique".
"Elle a renforcé l’OTAN dont elle voulait éviter l’expansion, soudé les Européens qu’elle voulait affaiblir, et mis à nu la fragilité d’un impérialisme d’un autre âge. Parce que l’Ukraine est la première ligne de défense de notre continent, la France et l’Europe se tiennent résolument à ses côtés".
Aide à l'Ukraine
Rappelant que l'Europe a déjà mobilisé près de 170 milliards d'euros pour soutenir l'Ukraine, Emmanuel Macron condamne, sans le mentionner nommément, le veto opposé lundi par le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, au nouveau prêt de 90 milliards d'euros à Kyiv.
Alors que ce prêt avait été approuvé en décembre par les chefs d'État et de gouvernement de l'UE, à l'issue d'âpres négociations, Budapest s'y est finalement opposé cette semaine en raison d'un différend d'ordre énergétique avec l'UE.
Une décision "vraiment regrettable", selon la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, qui déplore un veto contraire "à la clause de coopération sincère que nous avons dans les traités [de l'UE]".
"Nous devons désormais concrétiser [le prêt]", abonde Emmanuel Macron. "Les livraisons de matériels et de munitions, la formation, le renforcement de la défense aérienne et de la lutte anti-drones, et le soutien aux équipements déjà fournis se poursuivront".
Selon le chef de l'État, ces fonds sont indispensables "pour que l’Ukraine tienne et pour que la Russie comprenne que le temps ne joue pas pour elle".
Coalition des volontaires
Emmanuel Macron assure que les alliés de Kyiv continueront à "s'en prendre à l'économie de guerre russe" en tenant "le cap sur les sanctions" et en poursuivant leurs "actions contre la flotte fantôme".
Il réaffirme également son engagement dans la Coalition des volontaires, co-présidée par la France et le Royaume, qui vise à mettre en place des garanties de sécurité solides en cas de cessez-le-feu en Ukraine.
"La nouvelle réunion d'aujourd'hui (mardi 24 février) doit nous permettre de continuer à avancer. Nous veillerons également à ce que les intérêts des Européens soient bien pris en compte dans les discussions, y compris le moment venu quand il sera question de l'architecture de sécurité nécessaire pour notre continent".
"Aux Ukrainiennes et aux Ukrainiens : nous pensons à vous avec émotion. À vos familles éprouvées, à vos enfants, à celles et ceux qui résistent sous les frappes. À ceux qui croient pouvoir compter sur notre fatigue : ils se trompent. Nous sommes et resterons aux côtés de l'Ukraine", conclut Emmanuel Macron.
Baisse du soutien à l'Ukraine en France
Cette déclaration du président de la République intervient alors que le soutien populaire à l'Ukraine faiblit notablement dans l'Hexagone.
Un sondage Ifop réalisé du 18 au 19 février dernier pour La Tribune du Dimanche révèle en effet que moins de la moitié des Français (47 %) sont favorables aux livraisons d'armes à l'Ukraine (contre 65 % en mars 2022), tandis que 39 % les désapprouvent.
Environ 58 % des personnes interrogées sont par ailleurs favorables à une gestion collective du conflit en cas de cessez-le-feu, mais seuls 40 % sont ouverts à l’envoi de soldats français en Ukraine dans cette hypothèse.
D'après le sondage, le soutien à l'Ukraine est plus élevé chez les cadres (57 %) et les sympathisants de la majorité présidentielle (71 %), mais nettement plus faible chez les catégories populaires (31 %) et les partisans du Rassemblement national (27 %).
Enfin, une majorité de Français 53 % estime qu’Emmanuel Macron a raison de vouloir reprendre le dialogue avec Vladimir Poutine ; cette position est également la plus partagée par les sympathisants de la majorité présidentielle (69 %).