La compagnie française, bousculée sur le marché national, notamment par Trenitalia, a gagné un recours contre le gestionnaire du réseau local et se verra proposer au moins 18 sillons quotidiens sur les lignes Turin-Venise et Turin-Rome.
SNCF, qui a déclaré déjà en 2024 vouloir se lancer sur le marché transalpin, mais était freinée par les autorités de compétition italiennes, va enfin pouvoir jouer son fameux jingle de l'autre côté de la montagne.
Comme l'a précisé l'autorité italienne de la concurrence (AGCM) dans un communiqué, le gestionnaire national Rete Ferroviaria Italiana (RFI) attribuera au "nouvel entrant" un ensemble minimal de 18 sillons ferroviaires sur les lignes à grande vitesse (Turin/Milan/Rome – Turin/Milan/Venise), en garantissant leur stabilité pendant dix ans, afin de rendre l'entrée du nouvel opérateur sur le marché à la fois efficace et durable.
Notons de passage (à niveau?) que le communiqué ne mentionne même pas SNCF de nom (la décision de justice, si), en parlant juste de ce "troisième entrant". Bonjour, l'ambiance...
En effet, SNCF, qui n'opère pour le moment en Italie que sur la ligne internationale Milan-Turin-Paris, sera la deuxième concurrente du local Trenitalia après la société Italo (détenue à 50% par l'armateur MSC).
Le verdict couronne ainsi l'enquête, ouverte par AGCM en mars 2025 après une plante déposée par l'opérateur français à l'été 2024, portant sur un éventuel abus de position dominante et se concentrant sur les procédures d'attribution des capacités sur le réseau ferroviaire à grande vitesse mises en place par RFI.
Faisant una buona figura, l'autorité de la concurrence reconnaît dans cette ouverture "une avancée significative pour le marché du train à grande vitesse, car elle favorise une plus grande concurrence grâce à l'arrivée d'un troisième opérateur et crée de nouvelles opportunités pour améliorer les services, la qualité et la compétitivité au bénéfice des passagers".
"SNCF Voyages Italia, filiale de la société SNCF Voyageurs, accueille cette décision avec satisfaction, mais à cette première étape, devront également s’ajouter les autres conditions nécessaires pour garantir l’accès aux sillons ferroviaires. Si la décision de l’Autorité garante de la concurrence et du marché représente un pas en avant, celle-ci n’est toutefois pas suffisante pour permettre la réalisation de l’ensemble du plan industriel de SNCF Voyages Italia", prévient le groupe qui visait au total 26 sillons et ne reçoit donc que 70% de la demande initiale.
Trenitalia a critiqué de son côté cette décision « qui finit par revêtir un caractère punitif à l'égard de l'opérateur historique », selon l'autorité.
Avanti ! et Adelante !
En présentant sa stratégie en 2024, SNCF Voyageurs avait indiqué qu'elle espérait conquérir 15% des parts du marché italien de la grande vitesse d'ici une décennie et transporter dix millions de passagers par an entre Turin, Milan, Rome, Naples et Venise.
Avec le TGV M, l'opérateur sera le seul à proposer des trains à deux niveaux, c'est 40% de capacité en plus que les opérateurs présents en Italie: Trenitalia et Italo dont les trains à grande vitesse n'ont qu'un niveau. En remplissant ses trains à plus de 700 sièges, SNCF Voyageurs estime pouvoir faire baisser les prix de 20% en moyenne sur les liaisons opérées. Et entend atteindre, en 10 ans, une part de marché de 15%.
En Espagne, la société française a réussi à conquérir de larges parts de marché grâce à son offre low-cost Ouigo, qui a cassé les prix par rapport aux tarifs pratiqués par la compagnie locale Renfe et est parvenu en 2025 à dégager ses premiers bénéfices après quatre années de pertes.
Trenitalia, de son côté, est en compétition directe - et à fort renfort de campagnes publicitaires - avec la SNCF en France depuis quatre ans, avec des trajets depuis Paris vers Lyon, Marseille et Milan, même si ceux ne sont pas encore rentables, et compte concurrencer à terme l'Eurostar sur la ligne sous La Manche Paris-Londres.