Après les dernières municipales, plusieurs édiles du Rassemblement national ont retiré le drapeau européen de leurs mairies. Le camp présidentiel dénonce du "populisme" et un "Frexit qui ne dit pas son nom".
Plusieurs maires du Rassemblement national (RN), élus lors des dernières municipales, ont retiré les drapeaux européens des façades de leurs mairies, un geste soutenu par des cadres du parti d'extrême droite.
Bryan Masson, nouveau maire RN de Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), a publié lundi une photo de la façade de l'hôtel de ville, elle aussi dépourvue de drapeau européen. À Harnes (Pas-de-Calais), le maire RN Anthony Garénaux-Glinkowski avait, dès son installation le 24 mars, retiré les drapeaux européen et ukrainien.
"Dehors les drapeaux européens à la mairie ! Place aux drapeaux français", a notamment écrit dimanche 29 mars sur X le maire de Carcassonne (Aude), Christophe Barthès, accompagnant son message d'une vidéo le montrant décrocher lui-même le drapeau européen.
Pour le ministre chargé de l'Europe, Benjamin Haddad, il s'agit de "populisme de bas étage, contre l’intérêt des Français".
"Et les 3,4 M€ de fonds européens pour l’hôpital de Carcassonne, on les rend aussi ? Sans parler des fonds pour les écoles de la ville, pour la rénovation du quartier du Viguier, ou de l’IUT ?", a écrit le ministre sur X. Ces dernières années, le Centre Hospitalier de Carcassonne a effectivement reçu plus de 3 millions d'euros d'aides européennes.
Le HuffPost révèle en outre que Christophe Barthès, gérant d'une société viticole, a perçu entre 2010 et 2012, puis entre 2015 et 2025, la somme de 296 000 € d'aides au titre de la Politique agricole commune (PAC) européenne.
"Un Frexit qui ne dit pas son nom"
Ces retraits de drapeaux ont également fait réagir la cheffe de file des députés Rassemblement national, souvent accusée d'europhobie, Marine Le Pen.
"Dans la Constitution européenne, il y avait le drapeau européen, il y avait l’hymne. Elle a été rejetée par référendum. Rien ne prévoit aujourd’hui le déploiement du drapeau européen sur les mairies", a-t-elle déclaré ce mardi. La veille, le député RN Jean-Philippe Tanguy dénonçait un drapeau "refusé par référendum en 2005 (...), donc illégitime en France".
Une "trahison de ce que nous sommes", a réagi le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. La députée européenne Renaissance Valérie Hayer a, elle, dénoncé un "Frexit qui ne dit pas son nom", qualifiant le retrait des drapeaux européen et ukrainien des frontons des mairies de "geste pseudo patriotique".
Les mairies françaises n’ont aucune obligation d’accrocher le drapeau européen à leurs frontons. En 2023, une proposition de loi visant à le rendre obligatoire pour les communes de plus de 1 500 habitants avait été adoptée par l’Assemblée nationale, mais elle n’a jamais été examinée par le Sénat jusqu’à présent.
En janvier, plusieurs mairies, en majorité rurales, avaient aussi décroché le drapeau européen en soutien aux agriculteurs dénonçantle traité de libre-échange entre l'UE et les pays du Mercosur.