Après plus de 40 ans de service, le légendaire "Polarstern" aura un successeur high-tech. Le nouveau brise-glace allemand ne doit pas seulement naviguer dans des glaces de plusieurs mètres d'épaisseur, mais aussi poser de nouveaux jalons dans la recherche climatique et polaire.
Grand comité d'accueil à Bremerhaven ! Le navire de recherche Polarstern est rentré de son expédition dans l'Arctique, l'affluence était grande dans le port.
Le navire a sillonné les mers pendant environ 183 jours. Les scientifiques ont rapporté de nouvelles connaissances sur le recul de la glace de mer, comme l'a indiqué l'institut. L'expédition était également importante pour la protection des espèces : une équipe de chercheurs a étudié comment la biodiversité et l'écosystème de la mer de Weddell orientale, un point chaud de la biodiversité, se modifient.
Avant même l'arrivée à Bremerhaven, la ministre fédérale de la Recherche Dorothee Bär (CSU) avait embarqué à Amsterdam. Les conséquences du changement climatique sont à nouveau mises en évidence par l'expédition du Polarstern, a-t-elle déclaré dans un discours. Ce phénomène concerne tous les hommes.
Avec son travail de recherche, l'étoile polaire apporte une contribution importante à la recherche climatique et à une meilleure compréhension des conséquences du changement climatique sur l'environnement et les écosystèmes.
Mais qu'est-ce qui rend l'"étoile polaire" si particulière ? Euronews a jeté un coup d'œil sur les décennies d'histoire du navire de recherche, et sur son avenir prometteur.
Brise-glace depuis 1982
Le "Polarstern" est bien plus qu'un simple navire de recherche - c'est le cœur de la recherche polaire allemande. Même des couches de glace massives ne poussent guère le puissant brise-glace à ses limites : le navire est capable de briser sans effort une glace pouvant atteindre 1,2 mètre d'épaisseur.
C'est précisément cette force qui rend le "Polarstern" indispensable depuis des décennies. Depuis sa mise en service en 1982, il parcourt les régions polaires et compte parmi les principales plates-formes de recherche d'Allemagne.
Le navire est en route pour l'institut Alfred Wegener. Ce centre de compétence de la recherche polaire et marine fait partie, selon ses propres dires, des rares institutions scientifiques au monde à être actives à la fois dans l'Arctique et l'Antarctique.
L'institut de recherche coordonne la recherche polaire allemande, mais explore également la mer du Nord et ses régions côtières allemandes.
Le Polarstern est en service en moyenne 305 jours par an. Il transporte des scientifiques, étudie les conséquences du changement climatique et approvisionne des stations de recherche éloignées, comme la station Neumayer III en Antarctique, en denrées alimentaires, en équipements techniques et en pièces de rechange indispensables.
Le succès le plus récent : la découverte d'une nouvelle île
Les missions longues et souvent extrêmes ne restent pas sans résultats. Lors de la dernière expédition, les chercheurs ont même découvert une île jusqu'alors inconnue.
Sur les cartes maritimes, le rocher n'était auparavant indiqué que comme une zone dangereuse inexplorée. Grâce aux scientifiques de l'Institut Alfred Wegener, on dispose désormais de connaissances beaucoup plus précises : l'île a été officiellement mesurée et mesure environ 130 mètres de long et 50 mètres de large.
Outre ces découvertes spectaculaires, le "Polarstern" remplit avant tout une mission sérieuse et importante : mieux comprendre les conséquences du changement climatique, par exemple la fonte drastique des glaces dans l'Arctique.
Au cours de l'expédition qui vient de s'achever, les chercheurs ont notamment étudié pourquoi la glace de mer recule autant dans l'Arctique et quelles en sont les conséquences pour l'écosystème sensible.
Pour cela, des mesures ont été effectuées depuis le fond de la mer jusqu'à l'atmosphère. Des systèmes de recherche modernes et classiques ont été utilisés, notamment des hélicoptères pour mesurer l'épaisseur de la glace de mer, des sondes, des chaluts et des appareils pour prélever des échantillons de sol.
Les données obtenues doivent permettre d'améliorer les modèles climatiques et d'observer plus précisément les évolutions à long terme du système antarctique.
Avec près de deux millions de miles nautiques parcourus, soit près de 90 tours de la Terre à l'équateur, le navire est encore étonnamment en bon état.
Mais après plus de 40 ans de service, souvent dans des conditions extrêmes par un froid glacial, l'institut Alfred Wegener est convaincu que "même un navire aussi exceptionnel que le Polarstern peut prendre une retraite bien méritée".
C'est pourquoi l'institut de recherche travaille déjà sur son successeur. Et celui-ci doit avoir de l'allure.
Un successeur avec "moonpool" et un robot sous-marin
Le navire qui lui succédera devra suivre de grandes traces. Mais dès ses dimensions, le nouveau Polarstern II montre clairement l'ambition du projet.
Avec une longueur de 159 mètres et une largeur de 27,3 mètres, le nouveau brise-glace dépassera largement l'actuel "Polarstern". En comparaison, le navire de recherche actuel mesure 118 mètres de long et 25 mètres de large.
Avec cette taille accrue, le navire doit faire entrer la recherche polaire allemande dans une nouvelle ère sur le plan technique. Le Polarstern II ne sera pas seulement plus performant, il deviendra également un laboratoire flottant de haute technologie pour les missions dans les conditions les plus extrêmes.
Le nouveau brise-glace doit être capable de traverser durablement une glace de 1,8 mètre d'épaisseur avec une couche de neige supplémentaire - et ce, en naviguant en continu. En même temps, le navire sera si précis dans ses manœuvres que les chercheurs pourront travailler exactement aux endroits où ils ont besoin d'échantillons, même dans une banquise épaisse.
La pièce maîtresse de la nouvelle construction est un énorme "moonpool", un accès à l'eau libre en forme de puits qui traverse toute la partie immergée du navire. Même si le navire est complètement pris par les glaces, les scientifiques peuvent y descendre des appareils directement dans la mer.
Les technologies sous-marines les plus modernes sont utilisées à cet effet : outre les robots de plongée et les sondes spéciales, le navire est équipé de trois systèmes robotiques ultramodernes, dont des véhicules sous-marins autonomes capables de travailler à des profondeurs allant jusqu'à 6000 mètres. Ils doivent collecter des données même sous des mètres de glace et explorer des régions jusqu'ici inaccessibles.
Au-dessus de la glace également, le nouveau bâtiment mise sur une technologie de pointe. Une flotte de drones est prévue, allant de petits drones équipés de caméras à des appareils spéciaux de plusieurs tonnes équipés de scanners laser et de capteurs à haute résolution. Ils établissent des cartes tridimensionnelles de la surface de la glace, analysent la nature de la glace et aident l'équipage à trouver des itinéraires sûrs à travers la banquise.
C'est particulièrement ambitieux : à l'avenir, les grands drones de transport devraient même pouvoir prélever eux-mêmes des échantillons d'air, d'eau et de glace. Pour ce faire, les chercheurs n'auraient plus besoin de s'aventurer dangereusement sur la glace.
Efforts en faveur de la durabilité
La durabilité joue un rôle central pour un navire de recherche qui navigue dans les écosystèmes fragiles des régions polaires. Le successeur du Polarstern doit donc faire partie des brise-glaces les plus écologiques du monde.
Pour cela, le concept intervient à plusieurs niveaux. Ainsi, des générateurs à double carburant doivent assurer la majeure partie de la propulsion et de l'alimentation en énergie. Ces moteurs peuvent fonctionner aussi bien avec du diesel traditionnel qu'avec des carburants alternatifs comme le HVO ou le méthanol.
La durabilité est également au cœur de la construction du navire. Les matériaux utilisés doivent être aussi écologiques que possible, par exemple pour le bois des ponts, l'aménagement intérieur ou les peintures, huiles et autres revêtements nécessaires en grande quantité sur un navire.
De plus, le nouveau navire de recherche doit être particulièrement silencieux. Les mammifères marins et autres animaux sous-marins devraient ainsi être dérangés le moins possible.
Première mission prévue pour 2030
Tout cela ressemble à un projet du siècle pour la recherche allemande, et c'est exactement comme cela qu'il sera traité. La construction est soutenue par le ministère fédéral de la Recherche, de la Technologie et de l'Espace.
La construction du nouveau "Polarstern" devrait enfin commencer en avril 2027. C'est le chantier naval TKMS de Wismar qui en est responsable. Avec près de 8 000 collaborateurs et des sites en Allemagne et au Brésil, l'entreprise compte parmi les principaux acteurs mondiaux de l'industrie navale.
Lors de la signature du contrat en février, le coût total du projet a été chiffré à environ 1,2 milliard d'euros. Le nouveau navire de recherche brise-glace devrait être achevé dès 2030 et partir vers les régions polaires pour l'Institut Alfred Wegener.
Un navire de recherche garant d'une influence géopolitique
Mais le "Polarstern" est bien plus qu'un simple outil scientifique. Tant le navire actuel que son successeur jouent également un rôle important sur le plan géopolitique.
En effet, ce n'est que grâce à l'exploitation du "Polarstern" et de la station de recherche allemande Neumayer III que l'Allemagne conserve son statut consultatif dans le Traité sur l'Antarctique, et donc un droit de vote dans les décisions internationales concernant l'avenir de l'Antarctique.
Depuis 1959, le traité réglemente entre autres l'utilisation exclusivement pacifique de l'Antarctique, protège la coopération scientifique et interdit les activités militaires ainsi que les nouvelles revendications territoriales. C'est précisément dans le contexte de tensions géopolitiques croissantes et d'intérêts stratégiques dans les régions polaires que ce rôle prend de plus en plus d'importance.