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Agri-PV dans le houblon bavarois: des panneaux innovants face à la crise climatique

Des panneaux solaires à sept mètres de hauteur ombragent les plants de houblon
À sept mètres de haut, des panneaux solaires ombragent les plants de houblon Tous droits réservés  Hans von der Brelie
Tous droits réservés Hans von der Brelie
Par Hans von der Brelie
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Sans houblon, pas de bière. Sans pluie, pas de houblon. Le changement climatique assèche les sols et menace la plante phare de Bavière : des panneaux solaires à sept mètres peuvent-ils aider les cultivateurs ?

C’est une mort silencieuse qui s’est mise en marche à travers ce paradis du houblon en Allemagne, en apparence si vert, si florissant. Le nom de cette maladie qui menace l’existence même des exploitations ? Le « Höfesterben », la disparition des fermes. Aujourd’hui, en 2026, il reste en Allemagne 904 exploitations agricoles spécialisées dans cette culture particulière qu’est le houblon. Un chiffre spectaculaire si on le compare à la situation en 2006 : en l’espace de seulement deux décennies, 40 % de tous les producteurs de houblon ont soit basculé vers d’autres cultures, soit arrêté complètement.

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Les raisons sont évidemment multiples. Quiconque parle avec les producteurs de houblon sur place, tôt le matin dans les champs ou le soir au comptoir du village, entend depuis des années les mêmes plaintes sur la chute des prix à l’échelle mondiale et la baisse de la consommation de bière. Mais, de plus en plus souvent, même les agriculteurs bavarois les plus attachés à leur terre évoquent ouvertement le changement climatique, la hausse des températures, le manque d’eau et les pertes de rendement liées à l’assèchement des sols.

La Hallertau est la plus grande région continue de culture du houblon au monde. Ce paysage de collines agricoles se situe au cœur de la Bavière, le Land tout au sud de l’Allemagne. Sur les 904 exploitations allemandes de houblon, 722 se trouvent ici. L’une d’elles est dirigée par Josef Wimmer : « Les années deviennent toujours plus chaudes et plus sèches », avertit l’agriculteur au micro de Euronews Earth.

« Les années deviennent toujours plus chaudes et plus sèches », a constaté le producteur de houblon Josef Wimmer, originaire de Neuhub près d’Osseltshausen.
« Les années deviennent toujours plus chaudes et plus sèches », a constaté le producteur de houblon Josef Wimmer, originaire de Neuhub près d’Osseltshausen. Hans von der Brelie

Le houblonnier Wimmer veut que sa ferme survive

Josef Wimmer confirme aussi la diminution du nombre d’exploitations de houblon : « Quand j’ai fait ma formation il y a 30 ans, il y avait encore plus de 2 000 planteurs de houblon en Hallertau ; aujourd’hui, ils sont largement en dessous de 1 000. » Pour assurer l’avenir de sa ferme, il a dû agir, explique Wimmer, un homme énergique dont on comprend immédiatement qu’il ne fuit pas les problèmes.

Quand j’ai fait ma formation il y a 30 ans, il y avait encore plus de 2 000 planteurs de houblon en Hallertau ; aujourd’hui, ils sont largement en dessous de 1 000.
Josef Wimmer
Producteur de houblon de quatrième génération

Depuis son imposante ferme en carré à Neuhub, près d’Osseltshausen, un petit village situé au centre de la Hallertau, il ne faut que quelques mètres pour rejoindre le bord des plantations de houblon. À perte de vue, les houblonnières épousent la douceur du paysage vallonné. À intervalles réguliers se dressent des poteaux de sept mètres de haut, autour desquels grimpent les plants de houblon, d’un vert doré au contre-jour. À la fin de l’été, on récolte les cônes ; l’extrait de houblon qui en est tiré donne à la bière son goût typique, légèrement amer.

Wimmer pointe du doigt vers le ciel. À quelques centimètres au-dessus des poteaux de houblon, il a installé des modules photovoltaïques. Le vert profond des plants se mêle, dans le paysage, au bleu doux des panneaux solaires. L’objectif est d’atténuer les effets du changement climatique, explique Wimmer : « Nous voulions offrir de l’ombre au houblon, car le houblon est une plante d’ombre. »

Le houblon est une plante d’ombre. Les tiges grimpent le long de poteaux de sept mètres de haut.
Le houblon est une plante d’ombre. Les tiges grimpent le long de poteaux de sept mètres de haut. Hans von der Brelie

De l’aéronautique à l’agri-PV

Ce jour-là, l’agriculteur Wimmer reçoit la visite de Bernhard Gruber, un ancien ingénieur d’Airbus qui a changé de voie. Au lieu de concevoir des avions, Gruber construit désormais des installations d’agri-PV, il mène des recherches, améliore, conçoit et expérimente, calcule et vérifie. La houblonnière photovoltaïque de Wimmer est en quelque sorte aussi son bébé. Cet ingénieur en chef, riche de plusieurs décennies d’expérience, a dessiné sur le papier l’ensemble de l’installation agrivoltaïque : il s’est cassé la tête sur la statique et la trajectoire du soleil, les surfaces exposées au vent et les angles d’inclinaison idéaux des panneaux, installés à sept ou huit mètres au-dessus du sol.

« Dans un premier temps, nous avons recouvert cinq hectares de houblon avec des panneaux photovoltaïques », raconte Wimmer. « Cela représente une puissance de deux mégawatts-crête. » Les résultats de cette installation pilote l’ont tellement surpris positivement qu’il veut désormais couvrir aussi ses autres houblonnières de modules d’agri-PV : « Dans les deux ou trois prochaines années, nous allons passer à 20 hectares ; nous disposerons alors de huit mégawatts-crête de puissance photovoltaïque, auxquels s’ajoutera un système de stockage d’une capacité d’un mégawatt. » Le mégawatt-crête (MWc), noté MWp, est l’unité qui sert à mesurer la puissance maximale d’une installation solaire.

L’ingénieur Gruber promène un regard satisfait sur le dense feuillage vert et sain des plants de houblon. « La ligne électrique et le raccordement au poste de transformation sont-ils désormais sécurisés ? », demande-t-il. Le producteur de houblon Wimmer confirme : « Oui. Nous devons poser une ligne de cinq kilomètres, mais à nos frais. »

« Et le permis de construire, combien de temps a-t-il fallu pour l’obtenir ? », veut savoir Gruber. L’agriculteur Wimmer laisse échapper un léger soupir : « Presque deux ans ! » Bernhard Gruber apprécie peu cette réponse : « Deux ans, c’est très long si l’on veut accélérer le déploiement des énergies renouvelables. »

L’ingénieur Bernhard Gruber en discussion avec le producteur de houblon Josef Wimmer.
L’ingénieur Bernhard Gruber en discussion avec le producteur de houblon Josef Wimmer. Hans von der Brelie

En Bavière, en Allemagne, dans l’Union européenne, on parle partout de réduction de la bureaucratie. L’exemple de l’agri-PV au-dessus des houblonnières de Wimmer montre très concrètement ce que cela pourrait signifier. L’ingénieur Gruber résume : « Les longs délais d’autorisation sont un problème. Ils dissuadent certains agriculteurs de se lancer dans l’agri-PV à grande échelle, car la charge administrative est trop lourde pour beaucoup. »

Les longs délais d’autorisation dissuadent les agriculteurs.
Bernhard Gruber
Ingénieur en chef, AgrarEnergie & feld.energy

Au final, c’est au monde politique d’agir. « En particulier pour le houblon, mais aussi pour d’autres cultures spécialisées, on pourrait décider et autoriser bien plus facilement. Pourquoi cela n’avance-t-il pas plus vite ? Franchement, cela reste un mystère pour moi », estime l’ingénieur Gruber. Dans l’ombre verte des immenses rangs de houblon, le paysan Wimmer acquiesce.

Agri-PV maintient les sols humides – le houblon apprécie

Wimmer et Gruber cheminent à l’ombre de la houblonnière qui se dresse haut dans le ciel bleu et blanc bavarois jusqu’à un capteur d’humidité. « Nous avons constaté que, depuis l’installation des modules d’agri-PV, le sol est devenu plus humide », explique Wimmer en montrant la terre entre les plants. « L’évaporation est moindre, nous pouvons conserver plus longtemps l’eau des précipitations dans le sol – et c’est bon pour le houblon, surtout en juin, juillet et août. À cette période, le houblon a besoin d’eau. »

L’idée d’installer au-dessus de ses plants de houblon une sorte de « chapeau solaire » en panneaux photovoltaïques est venue à l’agriculteur Wimmer il y a plus de dix ans. Mais, comme c’est souvent le cas pour les véritables pionniers, il a d’abord fallu surmonter de nombreuses résistances. Il n’a pas été simple de convaincre une entreprise de photovoltaïque de s’aventurer en terrain totalement inconnu avec lui. Car l’installation agrivoltaïque de Wimmer au-dessus de houblonnières est une première mondiale.

Innovation dans la houblonnière : en Hallertau, l’agri-PV est en plein développement.
Innovation dans la houblonnière : en Hallertau, l’agri-PV est en plein développement. Hans von der Brelie

Josef Wimmer se souvient bien des débuts : « Mon père, dont j’ai repris l’exploitation, a accueilli l’idée positivement. Mais dans la population, certains disaient déjà : “Wimmer est en train de perdre la tête, ça ne marchera jamais !” Quand nous avons commencé le montage, nous sommes devenus le point chaud de la Hallertau. Tout le monde est venu voir. Et après chaque gros orage, c’était pareil… Tout le monde voulait savoir si l’installation tenait encore ou si elle s’était envolée », raconte-t-il en riant. Puis il ajoute, non sans fierté : « Mais tout est toujours là, même après les tempêtes. »

Tout est toujours là, même après la tempête.
Josef Wimmer
Producteur de houblon de quatrième génération

Après les voisins curieux, ce sont les producteurs de houblon des villages plus éloignés qui sont venus visiter l’installation. Puis les élus locaux et les responsables de district, jusqu’aux ministres venus de la capitale bavaroise, Munich. Grâce à sa houblonnière photovoltaïque innovante, le paysan Wimmer est désormais connu comme le loup blanc en Hallertau.

L’exploitation de Josef Wimmer est connue dans toute la région : la très moderne installation d’agri-PV attire des visiteurs de toute la Bavière.
L’exploitation de Josef Wimmer est connue dans toute la région : la très moderne installation d’agri-PV attire des visiteurs de toute la Bavière. Hans von der Brelie

Le prototype 2 entre en scène

L’ingénieur Gruber est lui aussi fier de « ses » installations. Le tandem Wimmer-Gruber en est déjà au prototype numéro 2. Sur la première installation d’essai, mise en service en 2023, Gruber avait fixé les modules solaires avec un angle de 20 degrés au-dessus des plants de houblon : « Cela signifie que davantage de soleil est transformé en énergie, mais, en contrepartie, le houblon se retrouve davantage à l’ombre », explique-t-il.

Un peu plus d’ombre est certes bénéfique pour la culture (en raison d’une humidité plus élevée du sol), mais la marge de manœuvre agricole est étroite. Trop d’ombre pose problème, comme le producteur Wimmer l’a découvert lors de la première phase d’essai. Dès que le houblon atteignait sept mètres de haut et se retrouvait sous le toit photovoltaïque, la plante produisait dans la zone supérieure ombragée des rameaux touffus – mais moins de cônes. Le rendement global diminuait, moins d’extrait de houblon était produit.

C’est là que l’ingénieur Gruber est intervenu. « Pendant deux ans, j’ai réfléchi et amélioré le modèle », se souvient-il. Il lui fallait intégrer à la fois des facteurs agricoles, économiques et saisonniers : quel est le trajet du soleil en été ? Et en hiver ? Comment évoluent les prix sur la bourse de l’électricité le matin, à midi et le soir ? Quelle quantité d’ombre est bénéfique pour le houblon et pour les sols ? Où se situe la frontière entre trop peu et trop ? Comment l’angle d’inclinaison des modules modifie-t-il les zones d’ombre au fil de la journée ? Une équation mathématique à de multiples inconnues. L’ingénieur Gruber l’a résolue. Puis il est revenu chez le paysan Wimmer avec les plans de son prototype numéro 2.

Les pionniers de l’agri-PV, Bernhard Gruber et Josef Wimmer, en visite sur le terrain dans la houblonnière.
Les pionniers de l’agri-PV, Bernhard Gruber et Josef Wimmer, en visite sur le terrain dans la houblonnière. Hans von der Brelie

Le coup de génie : des panneaux inclinés à 45 degrés

Sur ce prototype numéro 2, installé en 2025 sur les terres de Wimmer, les modules sont plus inclinés, à 45 degrés. Les panneaux photovoltaïques reçoivent un peu moins de soleil, mais le houblon forme davantage de cônes. D’un point de vue économique, le calcul est doublement gagnant. Lorsque les panneaux sont très plats (comme sur le premier prototype), l’installation produit surtout beaucoup d’électricité à la mi-journée, au moment où il y a déjà trop d’offre sur le réseau – et où les prix de vente sont donc bas.

La solution à 45 degrés (prototype 2) relève en revanche du coup de génie : désormais, l’installation commence à fonctionner efficacement dès les premières heures du matin, dès que le soleil se lève, ou, selon l’orientation, en fin d’après-midi et en début de soirée, c’est-à-dire au moment où les prix de l’électricité sont élevés. Avec ce prototype 2, le paysan Wimmer produit donc une quantité d’électricité légèrement inférieure, mais il gagne plus d’argent. Et il peut en plus se réjouir d’un grand nombre de cônes sur ses plants de houblon.

Sur l’ensemble de l’année, la solution à 45 degrés est également beaucoup plus performante. En hiver, le soleil reste de longues heures bas à l’horizon ; les rayons sont donc mieux captés et convertis en électricité avec des panneaux inclinés à 45 degrés. « Et, surtout en hiver, chaque kilowattheure compte », souligne l’ingénieur Gruber.

Avec l’agri-PV, deux activités coexistent : la culture du houblon et la production d’énergie solaire.
Avec l’agri-PV, deux activités coexistent : la culture du houblon et la production d’énergie solaire. Hans von der Brelie

Une recherche de pointe dans la houblonnière

Wimmer et Gruber ne sont pas seuls. Leur projet pilote est solidement intégré à plusieurs programmes de recherche. Parmi les partenaires de coopération et de financement figurent la Hochschule Weihenstephan-Triesdorf, le renommé Institut Fraunhofer pour la recherche solaire à Fribourg, ainsi que l’Office fédéral de l’agriculture et de l’alimentation, qui soutiennent cette innovation potentiellement révolutionnaire. L’Université technique de Munich et son centre de recherche agricole de Dürnast, ainsi que l’Institut de recherche sur le houblon de Hüll, accompagnent également scientifiquement le projet d’agri-PV. Sans oublier que le ministère de l’Agriculture finance cette phase d’essai de trois ans à hauteur de 1,4 million d’euros.

À l’international aussi, la recherche sur l’agri-PV commence progressivement. « Les Japonais disposent déjà de données et de bons résultats », reconnaît Gruber. Ailleurs en Asie et en Amérique, les tests se multiplient, mais pour l’instant la recherche agrivoltaïque « made in Germany », et plus largement « made in Europe », est encore considérée comme la plus avancée au monde.

L’ingénieur Gruber entre dans le détail : « Nous avons installé, dans la houblonnière de M. Wimmer, des capteurs d’humidité dans le sol. » L’humidité est mesurée à la surface mais aussi plus en profondeur. Wimmer et son équipe scientifique suivent en outre en continu la température et l’humidité de l’air entre les rangées de houblon, à différentes hauteurs. Afin que les données soient scientifiquement exploitables, toutes les mesures sont doublées : une fois dans la parcelle avec l’installation d’agri-PV ombragée, et une fois sur une parcelle de référence sans modules au-dessus des plants.

L’humidité du sol est elle aussi mesurée avec précision.
L’humidité du sol est elle aussi mesurée avec précision. Hans von der Brelie

Les premières analyses sont désormais disponibles et sans ambiguïté, du moins pour le prototype 1 : le léger surplus d’ombre généré par les structures agrivoltaïques au-dessus du houblon a amélioré de façon significative la santé des sols. Sur ce point, les résultats de la Hochschule Weihenstephan et de l’Institut Fraunhofer de Fribourg convergent. Reste à savoir dans quelle mesure le prototype 2 fait mieux : l’essai en plein champ est toujours en cours.

Les zones de végétation se déplacent vers le nord

L’expérience menée par Wimmer dans sa houblonnière fait parler bien au-delà de la Hallertau, dans toute l’Allemagne et dans toute l’Europe. Car un spectre hante le continent : les zones de végétation vont-elles se déplacer vers le nord sous l’effet du réchauffement climatique ?

Faudra-t-il abandonner des régions de culture traditionnelles, façonnées au fil des siècles, pour déplacer la production vers des latitudes plus fraîches ? Avec elles disparaîtraient des usages ruraux, des traditions, des paysages agraires. Verra-t-on bientôt du « vin français » produit en Angleterre, du « houblon allemand » cultivé en Scandinavie ?

Chez les producteurs de houblon bavarois, l’inquiétude est palpable. Entre eux, les agriculteurs plaisantent en disant que, dans 30 ans, le houblon indispensable à la bonne bière bavaroise sera peut-être importé de Norvège. Pour l’instant, la boutade fait sourire – mais pour combien de temps encore ? Certains craignent qu’un jour, cette plaisanterie ne devienne une réalité amère.

La première mention écrite attestant la culture du houblon dans le monde se trouve en Bavière.
La première mention écrite attestant la culture du houblon dans le monde se trouve en Bavière. Hans von der Brelie

Agri-PV pour la vigne, les vergers et les asperges

Il n’est pas seulement question de houblon. « Les premiers vignerons testent des systèmes similaires au-dessus de leurs vignes », indique l’ingénieur Gruber. Eux aussi, comme leurs plants, souffrent du changement climatique et des sols asséchés. Tandis qu’en Hallertau on expérimente l’agri-PV pour le houblon, d’autres régions allemandes mènent des essais comparables : installations agrivoltaïques au-dessus de cultures de baies, au-dessus de vergers, au-dessus de champs d’asperges.

Quelque chose est en train de bouger, qui pourrait rapidement prendre de l’ampleur. Au vu des résultats de recherche prometteurs, on peut parier que l’agri-PV fera bientôt partie du paysage quotidien de l’agriculture européenne.

Un tiers de la production mondiale

Revenons au houblon. Même si 86 % du houblon allemand provient de la Hallertau et que cette région bavaroise produit à elle seule environ un tiers du houblon mondial, l’Europe compte d’autres zones de culture confrontées à des problèmes similaires. En France, les producteurs de houblon doivent faire face au sable qui envahit les champs et, là aussi, à la sécheresse. En République tchèque, en Slovénie, en Slovaquie, en Pologne, en Autriche, on cultive également du houblon. « Notre concept pourrait servir de modèle pour toute l’Europe », veut croire l’ingénieur Gruber.

Il est temps d’agir, Gruber et Wimmer en conviennent. Après quelques rares années de sécheresse au Moyen Âge (1302-1307 et 1540), les périodes de sécheresse extrême se multiplient aujourd’hui en Allemagne. Le « Dürremonitor » du centre Helmholtz pour la recherche environnementale signale des sécheresses extrêmes en 1976, 2003, puis quasiment sans interruption à partir de 2018 : 2019, 2020, 2022, 2023, 2025…

Les producteurs de houblon en Allemagne le ressentent. La chaleur freine la production d’acides alpha, ces substances qui donnent à la bière sa note aromatique amère. Mais plus grave encore que la baisse de la teneur en acides alpha : les agriculteurs signalent des pertes de rendement parfois spectaculaires. La sécheresse nuit à la qualité du houblon, mais surtout à la quantité. On récolte moins de cônes.

On cherche donc des solutions désespérément. Des systèmes d’irrigation sont installés, y compris en Hallertau, pour des sommes considérables. Mais tous les agriculteurs ne peuvent pas se les permettre et ces projets sont politiquement controversés. D’autres producteurs de houblon expérimentent des plantations de couverture entre les rangées, afin de réduire l’évaporation. Les chercheurs en houblon développent des variétés capables de mieux supporter la sécheresse, mais tous les brasseurs ne les acceptent pas d’emblée.

Face à une crise qui se durcit au fil des ans, nombre d’agriculteurs prennent la charrue, coupent les racines pluriannuelles de leurs plants, arrachent les « forêts » de poteaux de sept mètres – et disent adieu, la mort dans l’âme, à l’économie du houblon. Pourtant, la culture du houblon fait partie de la Bavière et de l’Allemagne comme la vigne fait partie de la France ou les oliveraies de la Grèce et de l’Italie.

La cinquième génération est prête

La première preuve écrite au monde attestant la culture du houblon provient de la région de Freising, aux portes de l’actuelle Hallertau, et remonte à l’an 860 après Jésus-Christ. La région bavaroise compte donc parmi les plus anciennes zones de culture de houblon au monde. Cela reste vrai aujourd’hui. De nombreux producteurs exploitent leurs fermes depuis plusieurs générations, comme Josef Wimmer, houblonnier de quatrième génération.

« Et la cinquième génération est déjà dans les starting-blocks », sourit Wimmer. « Mon fils a 17 ans. Il suit actuellement une formation d’agriculteur. Il est en deuxième année d’apprentissage et reprendra plus tard l’exploitation. En réalité, j’investis dans ces installations d’agri-PV au-dessus du houblon pour mon fils, car, le temps que tout soit remboursé, je serai probablement déjà à la retraite », plaisante-t-il. « Mon fils prendra la suite. »

Tout ce travail en vaut-il la peine ? Ou, pour le dire autrement : l’investissement dans l’agri-PV est-il rentable pour l’exploitation ? L’ingénieur Gruber est convaincu que l’agri-PV pourrait devenir un nouveau modèle économique pour de nombreux agriculteurs : « Aujourd’hui, nous sommes sur une durée d’amortissement d’environ 14 ans, pour une installation prévue pour au moins 30 ans, explique-t-il. On imagine facilement ce que cela permet de gagner. »

Une situation gagnant-gagnant

Mais, à ce stade, beaucoup d’agriculteurs posent des questions très précises. Car chacun sait qu’il s’agit d’un équilibre délicat : face aux (légères) pertes de rendement agricole, il y a des revenus supplémentaires, variables, provenant de l’électricité solaire produite.

On demande donc à l’agriculteur Josef Wimmer si, et comment, son calcul tient la route. « La Hochschule Weihenstephan a mesuré précisément les baisses de rendement du houblon ; elles sont comprises entre 10 et 20 %. Si, chez nous, nous restons entre 10 et 15 %, l’ensemble de l’opération demeure rentable, car, en parallèle, les gains issus de la production d’électricité sont excellents, vraiment très bons. Les bons résultats de la production d’électricité compensent la baisse de rendement du houblon. »

Un jeu à somme nulle ? Ni gain ni perte ? Wimmer précise : « Sur le houblon, je perds un peu d’argent ; avec l’installation photovoltaïque au-dessus, j’en gagne beaucoup. » Il éclate de rire et ajoute : « Ça vaut le coup ! Ça vaut le coup ! » L’ingénieur Gruber abonde : « Au final, c’est une situation gagnant-gagnant : tu récoltes de l’argent grâce à l’électricité, mais aussi un revenu sûr grâce à la récolte de houblon. »

Ça vaut le coup ! Ça vaut le coup !
Josef Wimmer
Producteur de houblon de quatrième génération

Il est aussi question de continuité et de pérennité dans le temps, car, comme le souligne Gruber : « Même pendant la saison où le houblon ne pousse pas, le sol reste en partie ombragé par les modules. La structure d’humidité du sol demeure plus homogène dans l’ensemble – ce qui le prépare mieux à la saison suivante. »

En Allemagne, près de 19 000 hectares étaient consacrés au houblon l’an dernier. Derrière les États-Unis, l’Allemagne est donc le deuxième pays producteur de houblon au monde en volume. La récolte allemande de 2025 s’est élevée à un peu plus de 43 000 tonnes (38 % de la production mondiale), dont plus de 37 000 tonnes produites en Hallertau.

Le houblon fait partie de l’identité culturelle de la Bavière

Les Bavarois sont fiers de cette performance. Le houblon et la bière, en Hallertau, ce n’est pas du folklore, mais le quotidien. Chaque année, une « reine du houblon » est élue. Le « hopfenzupfen », la récolte des cônes mûrs à la fin de l’été, est un grand événement. Depuis des siècles, le calendrier des vacances scolaires bavaroises est calé sur les périodes de récolte, lorsque les producteurs de houblon ont besoin de toutes les mains disponibles. Les nombreux festivals de la bière, dans les villages comme dans les villes – qu’ils s’appellent Oktoberfest ou autrement – sont, à l’origine, des fêtes de remerciement pour les récoltes.

En Hallertau, l’identité culturelle d’une région entière coïncide souvent avec les intérêts économiques de nombreux agriculteurs. On retrouve cette idée dans les propos de Josef Wimmer lorsqu’il explique : « L’une des principales raisons pour lesquelles j’ai installé une centrale d’agri-PV au-dessus du houblon était financière. Il s’agissait d’orienter l’exploitation vers l’avenir et de garantir un revenu stable, avec moins de fluctuations. Depuis 2009, nous avons déjà des panneaux photovoltaïques sur nos toits ; nous avons vu que cela fonctionnait bien. Nous nous sommes donc dit que nous allions désormais passer à grande échelle au-dessus du houblon. »

Ailleurs, certains agriculteurs abandonnent leur activité et couvrent leurs anciens champs de grandes centrales solaires au sol. Ils gagnent de l’argent, mais la résistance grandit chez les voisins, dans les villages, dans la population. Les habitants ne veulent pas voir leur paysage traditionnel « bétonné » par des installations photovoltaïques au sol. L’agri-PV, en revanche, est perçu différemment, car ce concept permet de concilier les deux : l’agriculteur peut continuer à cultiver ses terres tout en « récoltant le soleil ».

Josef Wimmer y a longuement réfléchi : « J’aurais pu dire : d’accord, j’arrache mon houblon et j’installe partout des panneaux au sol à la place des houblonnières. Mais, dans ce cas, je n’aurais plus été agriculteur, seulement exploitant de centrales solaires. Ce n’est pas ce que je voulais, ni ce que je veux aujourd’hui. »

Car Wimmer veut les deux : « Il s’agit de préserver la culture du houblon sur mes terres. Je veux transmettre l’exploitation à la prochaine génération en lui donnant des bases solides et un avenir. Mais avec un revenu complémentaire grâce au photovoltaïque. »

Il s’agit de préserver la culture du houblon.
Josef Wimmer
Producteur de houblon de quatrième génération

Un pionnier dans la houblonnière

Au fil de leur conversation, l’ingénieur Gruber et le paysan Wimmer ont traversé l’une des parcelles de houblon et reprennent à présent le chemin de la grande ferme située sur la colline. À l’horizon, un front orageux se forme ; des nuages d’un bleu d’encre s’amoncellent au-dessus de la propriété de Wimmer et de ses houblonnières. L’orage n’a pas encore atteint Neuhub près d’Osseltshausen : les rayons du soleil illuminent le clocher en bulbe du village voisin, puis viennent se refléter sur les modules d’agri-PV de Wimmer.

Gruber et Wimmer savent que le changement climatique ne peut pas être arrêté du jour au lendemain, pas plus que l’orage qui approche. Mais ils savent aussi qu’ils peuvent agir, au moins en partie, de manière préventive. L’ingénieur Gruber adresse un signe d’estime à son partenaire et ami : « Je trouve formidable que tu sois un tel pionnier. Et je trouve tout aussi formidable que, après nos premières expériences concluantes, tu continues et que tu couvres maintenant aussi le reste de tes parcelles de houblon de panneaux solaires. Je vois les choses comme toi : l’agri-PV est une formidable opportunité pour maintenir la culture du houblon en Bavière, plutôt que de la voir migrer vers le nord. »

L’agri-PV renforce la résistance des cultures de houblon de Hallertau face au changement climatique et au réchauffement de la planète.
L’agri-PV renforce la résistance des cultures de houblon de Hallertau face au changement climatique et au réchauffement de la planète. Hans von der Brelie

Un cinquième de centrale nucléaire

Au moment de prendre congé, Gruber avance un petit calcul : « Sur les quelque 17 000 hectares de houblon que compte la région, environ 20 % se prêtent bien à une mise à l’ombre, donc à l’installation d’agri-PV au-dessus des houblonnières. Si l’on exploitait réellement ce potentiel à grande échelle, sur ces 20 %, on installerait une puissance équivalente à un cinquième de centrale nucléaire. »

Encore faut-il, au préalable, améliorer ce que Gruber appelle prudemment « la situation des lignes électriques » – c’est-à-dire combler les manques de raccordement et renforcer un réseau aujourd’hui sous-dimensionné. L’électricité produite au-dessus du houblon doit pouvoir être transportée et injectée dans le réseau, « y compris dans les réseaux moyenne et haute tension ».

Un gain pour tous

Une fois cet obstacle d’infrastructure levé, tout serait réuni, estime Gruber : « Pour le producteur de houblon, c’est un gain. Pour la plante, c’est un gain. Pour le sol, c’est un gain. »

Après une courte pause, l’ingénieur Gruber ajoute : « Avec l’agri-PV, nous franchissons un pas immense vers les énergies renouvelables. » Un modèle qui permettrait aussi de garantir la coexistence entre agriculture et production d’électricité. « Car l’énergie, conclut Gruber, ne doit jamais entrer en concurrence avec la production alimentaire. Si l’on veut cela, il faut ouvrir la voie. »

La production d’énergie ne doit jamais entrer en concurrence avec la production alimentaire.
Bernhard Gruber
Ingénieur en chef, AgrarEnergie & feld.energy

Et pour finir, une petite précision pour les curieux : saviez-vous qu’il ne faut que deux grammes d’extrait de houblon pour brasser un litre de bière ? Avec un kilo de houblon, on peut donc produire 500 litres de bière.

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