NASA : les activités humaines rejettent 100 fois plus de dioxyde de carbone que les volcans de la planète
Le volcan le plus actif d'Europe offre un spectacle flamboyant et les spécialistes estiment que ce n'est qu'un début.
Les touristes affluent en masse pour admirer la lave en fusion qui jaillit de l'Etna, un stratovolcan situé sur la côte est de la Sicile.
Alors que l'éruption entame son septième jour consécutif, d'épais panaches de fumée noire continuent de semer le chaos dans les transports de la région, clouant au sol des dizaines de vols à l'aéroport de Catane-Fontanarossa et suspendant temporairement les arrivées.
Et pourtant, malgré la puissance incendiaire que déploie l'Etna, les conséquences environnementales de ses éruptions ne sont pas forcément aussi étendues ni aussi dévastatrices qu'on pourrait le croire.
L'activité éruptive se poursuit sur l'Etna, où les coulées de lave continuent de descendre les pentes du volcan, ici vues depuis Serracozzo près de Catane, en Italie, le 11 août 2026.L'activité éruptive se poursuit sur l'Etna, où les coulées de lave continuent de descendre les pentes du volcan, ici vues depuis Serracozzo près de Catane, en Italie, le 11 août 2026.
L'Etna est presque toujours en éruption
D'abord, ce type d'activité n'a rien d'inhabituel pour l'Etna. Le volcan entre en éruption plusieurs fois par an, parfois même plusieurs fois par mois. Il est d'ailleurs entré en éruption fin juillet.
Ce symbole sicilien est l'un des volcans les plus actifs au monde et a enregistré plus de 70 éruptions paroxystiques au cours des six dernières années, explique à Euronews Earth Giorgio Costa, doctorant au département des sciences biologiques, géologiques et environnementales de l'université de Catane.
Ces poussées d'activité très intenses peuvent projeter des fontaines de lave à plusieurs centaines de mètres de hauteur et des nuages de cendres à plusieurs kilomètres. Elles durent généralement plusieurs heures.
"En réalité, l'activité du volcan est actuellement parfaitement normale", indique Costa.
L'activité éruptive se poursuit sur l'Etna, où les coulées de lave continuent de descendre les pentes du volcan, ici vues depuis Serracozzo près de Catane, en Italie, le 11 août 2026.L'activité éruptive se poursuit sur l'Etna, où les coulées de lave continuent de descendre les pentes du volcan, ici vues depuis Serracozzo près de Catane, en Italie, le 11 août 2026.
L'Etna, une catastrophe écologique en puissance ?
Les éruptions volcaniques propulsent dans l'atmosphère un cocktail de débris et d'émissions. Le plus visible est la cendre, mais les volcans rejettent aussi du dioxyde de carbone et du dioxyde de soufre, ainsi que de petites quantités de sulfure d'hydrogène, de chlorure d'hydrogène et de fluorure d'hydrogène.
De quoi faire passer les éruptions régulières de l'Etna pour de potentielles catastrophes environnementales, mais la réalité est plus nuancée.
Le service géologique des États-Unis (US Geological Survey) explique que des gaz comme le dioxyde de soufre peuvent entraîner un refroidissement global, tandis que le dioxyde de carbone peut contribuer au réchauffement planétaire.
L'impact reste toutefois limité. La NASA souligne que les activités humaines produisent 100 fois plus de dioxyde de carbone que l'ensemble des éruptions volcaniques de la planète.
Et le changement climatique en lui-même n'a aucune influence sur les éruptions. "Il n'existe aucune corrélation entre les phénomènes météorologiques, y compris le changement climatique, et l'activité volcanique ou tectonique de la Terre", indique Costa à Euronews Earth.
L'activité éruptive se poursuit sur l'Etna, où les coulées de lave continuent de descendre les pentes du volcan, ici vues depuis Mareneve près de Catane, en Italie, le 13 août 2026.L'activité éruptive se poursuit sur l'Etna, où les coulées de lave continuent de descendre les pentes du volcan, ici vues depuis Mareneve près de Catane, en Italie, le 13 août 2026.
La cendre, un problème plus sérieux – mais toujours limité
"Le principal problème actuellement lié aux éruptions de l'Etna concerne les retombées de matériaux pyroclastiques, principalement de la cendre et de petits lapilli, que le vent peut transporter sur les pentes", explique Costa.
Les lapilli sont de petits fragments de roche, généralement compris entre deux et 64 millimètres.
Costa précise que si la cendre et les petits lapilli ne présentent pas de danger pour la santé humaine, ils peuvent le devenir lorsque les particules fines issues de la cendre sont remises en suspension dans l'air.
"Inhaler de grandes quantités de ce matériau n'est certainement pas bon pour le système respiratoire ; le port du masque est donc recommandé", ajoute-t-il.
La cendre représente également un sérieux problème pour les avions.
Si un avion traverse un nuage de cendres, les particules peuvent pénétrer dans les moteurs, où elles peuvent fondre et endommager les composants et, dans certains cas, provoquer une perte de puissance. C'est pourquoi la présence de cendres dans l'espace aérien autour de l'Etna peut contraindre l'aéroport de Catane à fermer.
L'aéroport est actuellement fermé jusqu'à 2 heures du matin samedi, et des centaines de vols ont été annulés ou déroutés au cours de la semaine écoulée.
De la fumée s'échappe en volutes du volcan de l'Etna, en Italie, lundi 2 juin 2025.De la fumée s'échappe en volutes du volcan de l'Etna, en Italie, lundi 2 juin 2025.
Pourquoi la cendre de l'Etna est aussi une aubaine pour la vie humaine
Si ces matériaux nuisent aux avions, ils peuvent en revanche bénéficier à la planète.
La cendre de l'Etna agit comme un fertilisant riche en minéraux et améliore le drainage des sols ainsi que la rétention d'eau, aidant les agriculteurs à produire les vins, pistaches et agrumes qui font la renommée de la Sicile.
Des recherches menées par le Scripps Institution of Oceanography, à San Diego, ont montré que la cendre volcanique peut faire bien plus (source en anglais) que simplement enrichir les sols en nutriments.
Lors d'expériences, la cendre a contribué à régénérer les communautés microbiennes dans des sols dégradés, augmentant l'activité des organismes qui jouent un rôle clé dans la décomposition de la matière organique et la mise à disposition des nutriments pour les plantes.
Les chercheurs ont également constaté que les plantes cultivées dans des sols riches en cendre développaient des systèmes racinaires plus importants et produisaient davantage de biomasse.
La cendre volcanique peut aussi améliorer le drainage des sols et leur capacité à retenir l'eau.
Les éruptions fréquentes de l'Etna déposent régulièrement de nouvelles couches de cendre, alimentant un cycle de destruction, d'enrichissement et de régénération à long terme. Même si la cendre cause des problèmes lorsqu'elle retombe, elle finit par s'intégrer au sol qui soutient une nouvelle vie, voire des cultures essentielles pour les agriculteurs siciliens.
L'activité éruptive se poursuit sur l'Etna, où deux coulées de lave continuent de descendre les pentes du volcan, ici vues depuis Nicolosi près de Catane, en Italie, le 26 août 2025.L'activité éruptive se poursuit sur l'Etna, où deux coulées de lave continuent de descendre les pentes du volcan, ici vues depuis Nicolosi près de Catane, en Italie, le 26 août 2025.
Les dangers de s'approcher trop près
Si certains s'inquiètent de l'impact de l'Etna sur l'environnement, le risque le plus immédiat pourrait bien venir des personnes qui s'approchent trop près du spectacle.
"Le principal facteur de risque est la présence d'un grand nombre de curieux qui s'engagent sur les sentiers les plus escarpés de l'Etna pour observer l'éruption en cours, totalement dépourvus d'équipement de montagne", explique Mirko Messina, cofondateur de Bùum (source en anglais), un service de visites spécialisées qui organise des excursions sur les volcans italiens, dont l'Etna.
"Le service de secours alpin a déjà effectué de nombreuses opérations de sauvetage, notamment la nuit, lorsque les contrôles des forces de l'ordre ne sont pas en place."
Messina ajoute que le versant nord-est de l'Etna, qui ne dispose que d'une petite route en montée, est désormais "embouteillé par des centaines de voitures, ce qui entrave la circulation normale et gêne les secours".
Messina rappelle que si les éruptions de l'Etna relèvent presque de la routine, elles ne doivent en aucun cas être traitées comme telles par ceux qui veulent les observer de près.
"Il est impossible de prévoir à l'avance comment l'éruption évoluera dans les prochains jours", explique-t-il, "mais elle fera l'objet d'une surveillance constante."