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Pourquoi l'essence et le diesel restent chers malgré un pétrole brut loin des records ?

Photo d’archives - Réservoirs de pétrole vides dans une grande raffinerie BP à Gelsenkirchen, en Allemagne, mercredi 1er avril 2026.
Photo d'archives - Réservoirs de pétrole vides dans une grande raffinerie BP à Gelsenkirchen, en Allemagne, le mercredi 1er avril 2026. Tous droits réservés  AP Photo/Martin Meissner
Tous droits réservés AP Photo/Martin Meissner
Par Doloresz Katanich
Publié le Mis à jour
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Les prix à la pompe devraient rester élevés en Europe, renforçant l'inflation, en raison de capacités de raffinage limitées, de flux commerciaux perturbés et de pénuries de carburants, surtout de diesel.

La perspective d’un accord de paix entre l’Iran et les États‑Unis a fait fortement varier les cours du pétrole ces derniers mois. Le Brent, référence internationale, a oscillé entre environ 73 et 126 dollars le baril depuis fin février et se situait autour de 95 dollars vendredi.

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Les prix des carburants en Europe ont suivi ces mouvements. Mais l’essence et le diesel restent particulièrement chers, car leurs prix reflètent aussi le coût et la disponibilité du raffinage, et pas seulement le prix du brut.

Bien que les voitures électriques représentent une part croissante des nouvelles immatriculations, l’essence et le diesel alimentent encore près de neuf voitures particulières sur dix sur les routes de l’UE. Selon les dernières données de parc de l’ACEA, 49,2 % roulent à l’essence et 38,4 % au diesel, ce qui donne aux deux carburants une part combinée de 87,6 %.

Depuis le début du choc énergétique, certains gouvernements européens ont temporairement réduit les taxes sur les carburants ou mis en place d’autres mesures de soutien, même si la réponse varie selon les pays. Malgré cela, les prix de l’essence et du diesel restent proches de leurs plus hauts historiques.

Au cours de la semaine du 31 août, le prix moyen de l’essence dans l’UE s’élevait à 1,95 € le litre, soit environ 4 % de moins que son pic de 2,03 € en juin 2022. Le diesel coûtait en moyenne 2,04 €, soit environ 3 % sous son record de 2,11 € en avril 2026.

Ces chiffres proviennent du Bulletin hebdomadaire sur le pétrole de la Commission européenne et incluent droits et taxes. Les séries historiques commencent en janvier 2005.

"La principale raison de l’écart grandissant entre le brut et les prix des carburants en Europe, c’est que le problème tient de plus en plus au raffinage et à l’approvisionnement en produits finis, plutôt qu’à l’offre de brut uniquement", a expliqué à Euronews Business Sumit Ritolia, analyste principal pour l’offre et la modélisation du raffinage chez Kpler.

"Le brut peut être disponible, mais la capacité à le convertir en bons produits – en particulier du diesel – s’est nettement resserrée", a‑t‑il ajouté.

Les prix du diesel influent aussi sur les ménages qui ne possèdent pas de voiture diesel. Le carburant fait tourner une grande partie du transport routier de marchandises, de l’agriculture et du secteur de la construction en Europe, ce qui signifie que des hausses durables finissent par renchérir le coût des denrées alimentaires et d’autres biens.

Les dernières données sur l’inflation de la zone euro montrent que l’inflation est montée à 3,3 %, principalement sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie.

Pourquoi l’Europe manque de diesel

Les stocks de carburants en Europe sont faibles, tandis que les conflits au Moyen‑Orient et les attaques contre des raffineries russes ont perturbé l’offre mondiale de produits raffinés.

Après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, l’Europe a réorienté une grande partie de ses approvisionnements en diesel et en kérosène vers les États‑Unis, l’Inde et le Moyen‑Orient.

"En matière de diesel et de kérosène, l’Europe est le grand importateur, c’est donc elle qui fait les prix à l’échelle mondiale", explique Alan Gelder, vice‑président senior pour le raffinage, la chimie et les marchés pétroliers chez Wood Mackenzie. "Les prix sont élevés ici, mais ils sont élevés partout. La situation est simplement plus exacerbée en Europe parce que nous sommes la principale zone d’importation."

Avec des exportations de produits en provenance du Moyen‑Orient et de la Russie limitées, les acheteurs traditionnels de diesel russe, comme la Turquie et le Brésil, sont de plus en plus en concurrence avec les acheteurs européens pour s’approvisionner aux États‑Unis, en Inde et ailleurs. Une perturbation dans une région peut donc resserrer l’offre à l’échelle mondiale, à mesure que les flux commerciaux s’ajustent.

Les marges de raffinage, qui influencent les prix à la pompe, sont à des niveaux élevés. Selon Reuters, les barges d’essence Eurobob E5 se sont négociées avec une prime de 62,07 dollars le baril par rapport aux contrats à terme sur le Brent, à peine en dessous du record de 62,10 dollars atteint en juin 2022.

Parallèlement, les contrats à terme sur le diesel européen ont atteint mardi une prime record de 78,91 dollars le baril sur le Brent, avant de refluer autour de 77 dollars mercredi.

La marge de raffinage mesure combien l’essence ou le diesel vaut de plus que le brut utilisé pour le produire.

Le prix d’un litre acheté en station‑service intègre donc bien plus que le coût du brut. L’illustration ci‑dessous s’appuie sur les niveaux récents du marché et sur des références de l’UE pour montrer comment le brut, le raffinage, la distribution et les taxes se combinent dans un litre représentatif d’essence. Il s’agit d’une illustration et non d’une décomposition mesurée des prix au niveau de l’UE.

Schéma illustrant la façon dont le pétrole brut, les coûts de raffinage, la distribution et les taxes contribuent au prix d’un litre d’essence en Europe. Les chiffres sont donnés à titre indicatif.
Schéma illustrant la façon dont le pétrole brut, les coûts de raffinage, la distribution et les taxes contribuent au prix d’un litre d’essence en Europe. Les chiffres sont donnés à titre indicatif. Euronews

En Europe, les raffineries tournent à un rythme élevé alors que les stocks sont faibles. Les données du cabinet néerlandais Insights Global montrent que les stocks d’essence détenus de manière indépendante dans le hub Amsterdam‑Rotterdam‑Anvers sont tombés à 752 000 tonnes fin août, leur niveau le plus bas depuis septembre 2021, avant de rebondir la semaine suivante.

Les raffineries en Europe et aux États‑Unis fonctionnent déjà à des cadences élevées. Ritolia indique que les raffineries européennes tournent actuellement à des niveaux proches de leurs plus hauts depuis trois à quatre ans, tandis que le taux d’utilisation des raffineries américaines a atteint environ 98 % lors de la dernière semaine d’août. Cela signifie aussi qu’il reste peu de capacité de raffinage disponible pour répondre à un éventuel choc d’offre.

Gelder évoque également l’arrivée de la saison de maintenance automnale et le risque d’ouragans perturbant les raffineries de la côte américaine du golfe du Mexique. Selon lui, des marges élevées peuvent inciter les exploitants à repousser les opérations de maintenance, mais il prévient qu’un report trop long pourrait poser des problèmes de fiabilité et accroître le risque d’arrêts imprévus.

Combien de temps les prix des carburants peuvent-ils rester élevés ?

Les prix de l’essence pourraient bénéficier d’un répit saisonnier, la demande de conduite estivale s’atténuant et le marché s’éloignant des carburants d’été plus coûteux, estime Ritolia.

"Le diesel ne dispose pas du même mécanisme saisonnier de détente, notamment à l’approche de la demande hivernale et de spécifications plus strictes, de sorte que les marges sur le diesel pourraient rester élevées tout au long de l’automne et en hiver", poursuit‑il.

L’offre de diesel est particulièrement vulnérable, car la maintenance des raffineries en automne peut réduire la production juste au moment où le marché bascule vers les carburants d’hiver et où la demande de chauffage commence à augmenter.

Selon les analystes, une hausse des exportations de diesel chinois pourrait apporter un certain répit, même si la question clé est de savoir si elle peut durer, la Chine ayant tendance à privilégier la sécurité de son approvisionnement intérieur. Ritolia ajoute que l’Inde pourrait fournir davantage de carburant à l’Europe, disposant à la fois de capacités de raffinage et de produits disponibles pour l’exportation.

Même si les prix du brut venaient à baisser, cela ne se traduirait pas nécessairement immédiatement par une diminution substantielle des prix à la pompe. Les principaux goulets d’étranglement tiennent actuellement au manque de capacité de raffinage disponible, aux pénuries de produits finis et à des stocks faibles.

Les deux experts estiment qu’une réouverture durable du détroit d’Ormuz et un redémarrage des exportations de carburants en provenance du Moyen‑Orient seraient essentiels pour faire baisser les prix.

"Une poursuite des conflits ne fait que pousser les prix progressivement à la hausse, car la demande mondiale continue de dépasser l’offre mondiale", souligne Gelder. "Si la situation se prolonge, la seule façon de rééquilibrer le marché mondial est de freiner la demande par des prix encore plus élevés."

Il estime que les marchés pourraient réagir rapidement à un accord politique crédible et au rétablissement du trafic maritime dans le détroit.

"Si le détroit rouvre, le prix du brut baissera probablement assez fortement", anticipe‑t‑il. "La prime du diesel reculerait un peu plus lentement, mais on verrait une baisse des prix."

Pour que les consommateurs européens ressentent un véritable soulagement, les analystes jugent qu’il faudrait que plusieurs éléments se concrétisent, notamment un redressement des exportations de produits en provenance du Moyen‑Orient et de la Russie, le maintien d’une forte disponibilité des raffineries, une hausse des exportations de fournisseurs alternatifs comme l’Inde et la Chine, et, à terme, une reconstitution des stocks.

"Sans cela, la concurrence pour les cargaisons de diesel disponibles restera probablement forte", conclut Ritolia.

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