Emmanuel Macron se rend à Saint-Pierre-et-Miquelon ce week-end, "un archipel central pour la France d'aujourd'hui", bordé par le Canada. Le Premier ministre Mark Carney l'y rejoindra pour une visite historique.
À l'Élysée, une conviction domine : il est rare, souligne-t-on, qu'un territoire de 5 800 habitants concentre "autant d'enjeux qui sont importants pour la France dans son ensemble". Emmanuel Macron se rend ce week-end à Saint-Pierre-et-Miquelon pour parler de l'avenir de l'archipel, mais aussi de la présence géostratégique française dans l'Atlantique Nord, de la souveraineté maritime et de la coopération avec Ottawa.
La dernière fois qu'un président français a visité cette collectivité d'outre-mer, située à une vingtaine de kilomètres de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador, c'était François Hollande, en décembre 2014. Onze ans plus tard, Emmanuel Macron y sera dimanche aux côtés de Mark Carney, le Premier ministre canadien. Une première : jamais un chef de gouvernement canadien ne s'était officiellement déplacé à Saint-Pierre-et-Miquelon. Pierre Trudeau y avait passé des vacances en 1971, selon Radio-Canada.
Cette séquence franco-canadienne intervient alors que les relations entre l'Union européenne et le Canada suscitent un regain d'intérêt. Mark Carney a notamment pris la parole cette semaine au Parlement européen, où il a accueilli favorablement la proposition d'Ursula von der Leyen de faire du Canada un membre associé de l'UE.
"Un archipel central pour la France d'aujourd'hui"
L'objectif global de ce déplacement : "délivrer un message (...) de la France des cinq océans", présente dans l'Atlantique, l'Indien, le Pacifique, "l'Arctique, avec Saint-Pierre-et-Miquelon", mais aussi dans l'Austral, indique la présidence de la République lors d'un briefing téléphonique avec les médias, dont Euronews.
Aux portes de l'Arctique, Saint-Pierre-et-Miquelon permet à la France de disposer d'une zone économique exclusive non négligeable et d'y maintenir une présence militaire. Celle-ci est notamment assurée par le Fulmar, patrouilleur de la Marine et seul bâtiment militaire français stationné en permanence dans l'archipel, dont le renouvellement est nécessaire.
Saint-Pierre-et-Miquelon n'est pas une périphérie, souligne l'Élysée, mais au contraire "un territoire, un archipel central pour la France d'aujourd'hui".
Lors de la visite présidentielle, ces enjeux de souveraineté seront également abordés à travers les câbles numériques et les liaisons entre l'archipel et le continent européen, ainsi que les activités spatiales, avec des investissements attendus.
Autre sujet au programme : la coopération régionale. Paris souhaite faire de Saint-Pierre-et-Miquelon une "base arrière d'une coopération polaire", non seulement avec le voisin canadien, mais aussi avec le Danemark et le Groenland.
Les difficultés d'une périphérie
Le président doit également s'intéresser aux difficultés du quotidien des habitants. Saint-Pierre-et-Miquelon connaît des difficultés économiques et sociales que l'on retrouve dans de nombreux territoires isolés à travers le monde, et subit également les conséquences du changement climatique.
L'archipel se dépeuple. Le principal coup dur est venu de l'effondrement de la filière de la pêche, après des années de moratoire canadien sur la pêche à la morue. La France a par ailleurs vu sa zone économique exclusive réduite à la suite d'une décision de justice, en 1992.
Le territoire est également menacé par la montée des eaux. Le village de Miquelon-Langlade, situé sur une bande sableuse à seulement deux mètres d'altitude, est en cours de déplacement vers l'intérieur des terres. Il s'agit de la première opération de relocalisation en France menée face aux conséquences du dérèglement climatique.
L'archipel reste peu visible dans le débat national, où il apparaît parfois sous une forme caricaturale. En avril 2025, le chef de file des députés Les Républicains, Laurent Wauquiez, avait ainsi proposé de renvoyer à Saint-Pierre-et-Miquelon des étrangers sous obligation de quitter le territoire français (OQTF) jugés dangereux. Il avait également avancé un argument de ''dissuasion'' climatique : "Il fait 5 °C de moyenne pendant l’année, avec 146 jours de pluie et de neige. Je pense qu’assez rapidement, ça va amener tout le monde à réfléchir."
La collectivité avait alors riposté avec une campagne détournant positivement l'acronyme OQTF, en créant des slogans promotionnels comme "On Quitte Tout Facilement" pour vivre à Saint-Pierre-et-Miquelon, "On vient en Quête de Tranquillité Familiale" ou encore "Ouvriers Qualifiés pour Travailler dans le Froid".
Canada, nouvel allié énergétique ?
Paris soutient le rapprochement entre Bruxelles et Ottawa et réaffirme sa volonté de travailler avec tous les pays qui "partagent nos valeurs et veulent renforcer leur capacité à décider, produire, agir par eux-mêmes". Les modalités concrètes de ce nouveau partenariat restent toutefois à définir.
L'énergie pourrait constituer l'un de ses axes majeurs. La France compte aussi sur le Canada pour contribuer à sécuriser les approvisionnements européens en hydrocarbures, alors que les prix du carburant flambent sous l'effet du blocage du détroit d'Ormuz et de la déstabilisation par les Houthis du détroit de Bab-el-Mandeb. Cette situation pèse déjà sur les finances publiques françaises, largement déficitaires, confrontées à la nécessité de prolonger des aides existantes, et pousse le gouvernement à multiplier les échanges avec ses partenaires, notamment au Moyen-Orient.
Devant les députés européens réunis jeudi à Strasbourg, Mark Carney a insisté sur les complémentarités entre le Canada et l'Europe : "Notre alliance peut contribuer à répondre aux besoins de l'Europe en matière d’approvisionnement fiable et à ceux du Canada en matière de capacités de transformation avancées".
Le Premier ministre canadien a proposé des livraisons de GNL et d’hydrogène "à grande échelle".
Emmanuel Macron et Mark Carney poursuivront leurs échanges la semaine prochaine à New York, à l'occasion de l'Assemblée générale des Nations unies.