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COP31 : la Turquie, hôte doté d’un immense parc solaire, reste dépendante du charbon

PHOTO D'ARCHIVE - Des ouvriers marchent dans la centrale solaire Kalyon Karapinar à Karapinar, dans la province de Konya, en Turquie, le 14 octobre 2026.
ARCHIVES - Des ouvriers marchent dans la centrale solaire Kalyon Karapinar à Karapinar, dans la province de Konya, en Turquie, le 14 octobre 2026. -  Tous droits réservés  AP Photo/Emrah Gurel, File
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Par Angela Symons avec AP
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Alors que la Turquie se prépare à accueillir le sommet sur le climat de l'ONU, un critique décrit les objectifs et les politiques climatiques du pays comme "*gravement insuffisants*".

Rangée après rangée, des panneaux solaires s'étendent sur un vaste paysage dans la province centrale de Konya, transformant la lumière du soleil en électricité et aidant la Turquie, qui accueillera prochainement le sommet climatique de l'ONU, à mettre en avant ses efforts pour développer les énergies renouvelables.

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Pourtant, les défenseurs d'une action forte contre le changement climatique affirment que les ambitions de la Turquie en matière d'énergie plus propre tranchent nettement avec sa dépendance persistante au charbon.

Les militants soutiennent aussi que le pays ne dispose pas de plans concrets pour sortir des combustibles fossiles comme le pétrole, le gaz et le charbon, qui, lorsqu'ils sont brûlés, libèrent des gaz à effet de serre qui réchauffent la planète.

Le ministère de l'Énergie de la Turquie indique que le charbon est resté la principale source d'électricité du pays l'an dernier, représentant 33 % de la production. Il souligne toutefois que la part du solaire et de l'éolien dans la production électrique atteignait près de 23 %.

La Turquie abrite l'une des plus grandes fermes solaires d'Europe

La ville de Karapinar, dans la province de Konya, abrite la centrale solaire Kalyon Karapınar YEKA-1, qui compte plus de trois millions de panneaux solaires installés sur un terrain équivalent à 2 600 terrains de football.

En service depuis 2023, elle produit chaque année suffisamment d'électricité pour couvrir environ 0,7 % de la demande énergétique du pays, selon son directeur, Burak Dogru.

« Nous évitons environ 1,75 million de tonnes métriques d'émissions de carbone chaque année », a déclaré Dogru à l'agence Associated Press, une preuve, selon lui, de la façon dont la Turquie oriente son économie et son secteur énergétique vers des sources d'énergie plus propres.

Les émissions totales de gaz à effet de serre de la Turquie en 2024, dernière année pour laquelle des données sont disponibles, ont atteint 584,5 millions de tonnes équivalent CO2, selon l'Institut statistique turc.

Selon Duygu Kutluay, militante du groupe de défense Beyond Fossil Fuels, la Turquie a élaboré des plans pour un important essor des énergies renouvelables.

« Mais ces plans ne contiennent ni feuille de route pour une sortie du charbon, ni planification d'une élimination progressive des autres combustibles fossiles, y compris le gaz », a averti Kutluay, ajoutant que cela « n'est pas compatible » avec l'engagement de la Turquie d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2053.

La Turquie se tourne aussi vers l'énergie nucléaire pour réduire sa dépendance énergétique. Sa première centrale est en construction sur la côte méditerranéenne et des projets de réacteurs supplémentaires sont toujours à l'étude.

Inquiétudes et critiques à l'approche du sommet de la COP31

À quelque 265 kilomètres de Konya, le sommet prévu du 9 au 20 novembre dans la ville méditerranéenne d'Antalya réunira des dizaines de milliers de délégués, des dirigeants mondiaux ainsi que des représentants du monde des affaires et de la société civile pour des discussions sur la mise en œuvre des objectifs climatiques.

Le sommet, officiellement la Conférence des parties, ou COP31, se tient dans un contexte d'inquiétudes croissantes concernant la sécurité énergétique et la guerre en Iran, qui a entraîné une hausse des prix du gaz et du pétrole et poussé les pays à se démener pour répondre à leurs besoins énergétiques.

De nombreux experts ont récemment soutenu qu'une mission essentielle, lutter contre le changement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, est en train d'échouer.

ARCHIVES - Un véhicule passe devant des éoliennes à Balabanli, près de Tekirdag, dans le nord-ouest de la Turquie, le 9 octobre 2026.
ARCHIVES - Un véhicule passe devant des éoliennes à Balabanli, près de Tekirdag, dans le nord-ouest de la Turquie, le 9 octobre 2026. AP Photo/Emrah Gurel, File

Les États-Unis, nation la plus riche du monde et deuxième plus grand émetteur de carbone après la Chine, seront de nouveau absents du sommet, après que le président américain Donald Trump a retiré son pays des négociations climatiques internationales.

Les deux derniers sommets se sont par ailleurs achevés sur peu d'accords sur la manière de réduire les émissions, les textes finaux ne mentionnant même pas les combustibles fossiles.

Le ministre turc de l'Environnement et du Changement climatique, Murat Kurum, qui présidera le sommet, a déclaré vouloir que la COP31 se concentre sur la transformation des engagements climatiques en actions plutôt que sur de nouveaux objectifs.

Pour atteindre cet objectif, la Turquie va promouvoir un « pont de mise en œuvre climatique », une initiative destinée à aider les pays à traduire leurs promesses climatiques en actions en les mettant en relation avec des financements, des technologies et d'autres formes de soutien.

« Aujourd'hui, le monde n'attend pas seulement de nouvelles décisions, a déclaré Kurum en présentant les priorités du sommet plus tôt cette année. Ce que le monde veut, c'est voir les décisions passées mises en pratique. »

La Turquie se présente comme un gardien de l'environnement

Le président turc Recep Tayyip Erdogan affirme que son pays est engagé en faveur de la protection de l'environnement et de la lutte contre le changement climatique, et la Première dame Emine Erdogan a porté une campagne « zéro déchet » pour encourager le recyclage et une utilisation plus responsable des ressources.

Kurum a indiqué que la COP31 donnera également la priorité à l'électrification ainsi qu'à la réduction des déchets et des émissions de méthane.

Cependant, le Climate Action Tracker, qui mesure les progrès des pays au regard des objectifs de l'Accord de Paris de 2015, a qualifié les objectifs et politiques climatiques de la Turquie de « extrêmement insuffisants ».

Cet accord fixe un objectif de limitation de la hausse de la température mondiale à 1,5 degré Celsius par rapport au début des années 1800 et demande aux pays d'élaborer des politiques permettant de l'atteindre.

Parallèlement, des organisations de défense des droits humains accusent Ankara d'ignorer les préoccupations environnementales et d'arrêter fréquemment des militants.

Plus tôt cette année, un tribunal a annulé une étude d'impact environnemental concernant un projet d'extension d'une centrale électrique au charbon à Afsin-Elbistan, dans le sud-est de la Turquie. Les écologistes ont salué cette décision comme une victoire majeure.

Mais peu après, des projets sont apparus pour agrandir une autre centrale au charbon à Canakkale, dans le nord-ouest du pays.

Comme d'autres pays méditerranéens, la Turquie est confrontée à des risques croissants liés aux vagues de chaleur, à la sécheresse, au manque d'eau, aux incendies de forêt et aux inondations. Le mois dernier, des pluies décrites comme les plus fortes depuis plus de 80 ans ont provoqué de graves inondations à Istanbul, la plus grande ville du pays, et fait huit morts.

La Turquie a été annoncée comme pays hôte de la COP31 à l'issue d'un bras de fer avec l'Australie, qui souhaitait également accueillir le sommet. À titre de compromis, l'Australie dirige les consultations visant à définir l'ordre du jour et sera chargée de conduire les discussions du sommet.

Des défenseurs du climat ont critiqué le choix d'un pays très dépendant du charbon comme la Turquie pour accueillir le sommet, et l'Australie, exportatrice de charbon, a elle aussi essuyé des critiques.

Mais le secrétaire exécutif de l'ONU pour le climat, Simon Stiell, a défendu ce choix, déclarant en février que la situation d'un pays hôte de la COP en matière de combustibles fossiles ne détermine pas le succès ou l'échec d'un sommet.

« Avec la Turquie et l'Australie à la tête de ce processus, il existe toutes les chances d'obtenir un résultat très solide », a-t-il déclaré.

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