L'euro a 25 ans : quel bilan et quelles perspectives d'avenir ?

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L'euro a 25 ans : quel bilan et quelles perspectives d'avenir ?
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Par Fanny GauretPaul Hackett & Thomas Bolton
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Alors que l'euro célèbre ses 25 ans en ce 1er janvier, nous revenons sur la création de la monnaie unique et les défis qu'elle a relevés avec l'ancien président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet et évoquons son avenir, en particulier le projet d'euro numérique.

Vingt pays, une seule monnaie… L'euro célèbre ses 25 ans d'existence, après avoir traversé plusieurs crises, une pandémie mondiale et être devenue l'une des monnaies les plus importantes au monde.

Une monnaie "sérieuse, solide" selon Jean-Claude Trichet

Ces 25 ans sont l'occasion d'évaluer comment la zone euro a navigué à travers ces défis et mis en œuvre des réformes pour assurer la stabilité de sa monnaie. Quel bilan peut-on en tirer et quelles sont les perspectives pour le futur de l'euro ? C'est ce que nous voyons en Italie et en France, mais aussi auprès de Jean-Claude Trichet, ex-président de la Banque centrale européenne.

"La création de l'euro est la nécessité d'avoir un véritable marché unique : c'était vraiment une décision absolument majeure, mais aussi une sorte de d'affirmation, de déclaration d'existence d'une Europe unie," souligne Jean-Claude Trichet. "Ce que nous avons prouvé, c'est que, en effet, les Européens étaient capables de créer une monnaie sérieuse, une monnaie solide," indique-t-il. "79% des Européens de la zone euro approuvent l'euro : pour moi, c'est la plus belle des récompenses," confie-t-il.

Des "décisions courageuses" face aux crises

Revenant sur l'histoire de la monnaie unique, l'ancien président de la BCE évoque deux temps forts de son mandat. "Le monde financier s'écroulait après le dépôt de bilan de Lehman Brothers et il fallait prendre très rapidement une multitude de décisions extrêmement importantes, cela demandait des efforts considérables," fait-il remarquer en premier lieu.

"Puis il y a eu la période de mai 2010 qui a été le véritable début de la crise des risques souverains en Europe, cinq pays européens au total, de mon temps, ont été placés dans une situation très difficile et cela a demandé des décisions, je crois qu'on peut le dire, extraordinairement courageuses des pays concernés pour surmonter la crise, de leurs gouvernements et bien entendu, de la Banque centrale européenne qui, dans tous ces sujets, était en première ligne," estime-t-il.

Jean-Claude Trichet, ancien président de la BCE, répond à Fanny Gauret, d'Euronews
Jean-Claude Trichet, ancien président de la BCE, répond à Fanny Gauret, d'EuronewsEuronews

Quand à l'avenir de l'euro, Jean-Claude Trichet l'assure : "Je suis pour ma part convaincu que la marche vers une vraie confédération européenne, avec encore beaucoup plus d'unité sur le plan budgétaire et sur le plan économique, mais aussi une véritable unité sur le plan de la défense, de la sécurité et de la diplomatie sont des nécessités à long terme."

Vers des "politiques plus égalitaires et accommodantes pour les investissements verts" de la part de la BCE ?

Suite à ces crises, l'Eurogroupe a créé le mécanisme européen de stabilité pour aider les pays membres en difficulté économique.

Dans les pays qui l'ont adopté, l'euro a changé la vie quotidienne des personnes, facilitant les déplacements, achats ou études à l'étranger.

Comment ceux qui sont nés avec l'euro perçoivent-ils la monnaie unique et qu'espèrent-ils pour le futur ? Des étudiants en économie à l'université de Nanterre nous répondent.

"En grandissant avec, j'ai trouvé qu'il y avait surtout un intérêt à avoir une monnaie stable et forte," estime Thomas. Son camarade Albin renchérit : "On vient de passer il n'y a pas longtemps à 20 pays et je pense que c'est une bonne chose."

Benjamin ajoute : "Il y a aussi une question qui se pose sur l'avenir de la Banque centrale européenne et les politiques qu'elle mettra en place dans le futur. Elles pourraient être plus égalitaires," assure-t-il. "S'il y a deux défis, à mon avis, qui doivent être relevés par l'euro, ce sont l'euro numérique et surtout la mise en place de politiques monétaires accommodantes pour l'investissement dans des projets verts," indique Thomas.

Des Italiens très partagés sur l'euro

Comme ces étudiants et selon l'Eurobaromètre, 79% des Européens vivant dans la zone euro approuvent la monnaie unique pour l'Europe et 69% l'approuvent pour leur propre pays. Avec, parmi les plus satisfaits, la Finlande, l'Irlande et l'Allemagne ; pour les moins satisfaits, la Croatie, Chypre et l'Italie.

Et effectivement, dans ce dernier pays, les avis sur la monnaie européenne sont effectivement mitigés, comme nous le constatons sur un marché de Rome.

Une dame âgée assure que l'euro "est une bonne chose de manière générale, mais pour l'Italie, non, et par sa faute selon moi." Une maraîchère estime pour sa part que l'euro "a entraîné une hausse énorme des prix de tous les produits que je vends."

"C'était mieux avec la lire parce qu'il y avait une souveraineté monétaire," nous assure un passant. Un autre ajoute : "Ici, on est pauvres alors qu'en Allemagne, ils sont très riches, en France aussi, en Belgique aussi."

Une politique fiscale unique qui fait défaut

Y a-t-il en effet des gagnants et des perdants parmi les membres de la zone euro ? Nous posons la question à Giovanni Farese, professeur associé d'économie de l'Université européenne de Rome.

"La politique monétaire n'est jamais neutre," reconnaît-il. "En Italie, par exemple, la croissance économique a été décevante pour beaucoup d'entre nous au cours des 25 ou 30 dernières années," dit-il. 

"Mais bien sûr, la politique monétaire n'est qu'un élément de la politique économique ; ce qu'il faut, c'est renforcer d'autres aspects et dimensions de la politique économique," estime-t-il avant d'ajouter : "Quand vous avez une politique monétaire unique sans avoir une politique fiscale unique, il vous manque une jambe, le processus est donc incomplet."

Giovanni Farese, professeur associé d'économie de l'Université européenne de Rome
Giovanni Farese, professeur associé d'économie de l'Université européenne de RomeEuronews

Un euro numérique pour "appréhender la réalité et s'adapter", affirme Piero Cipollone

Des réformes comme une politique fiscale unique pourraient permettre à la zone euro d'absorber plus facilement les chocs économiques.

Depuis la guerre en Ukraine, le taux annuel d'inflation de la zone euro a culminé à 10,6% en octobre 2022. Puis, il est retombé à 2,4% en novembre 2023. La moyenne de l'inflation annuelle depuis la création de l'euro, quant à elle, est de 1,95%.

La BCE, qui a pour mission, la stabilité financière et le maintien de l'inflation annuelle en dessous de 2%, poursuivra son engagement dans ce sens, assure Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE.

"Au fil des ans, l'Eurosystème a su réagir à l'évolution des circonstances," insiste-t-il. "Nous nous souvenons tous du 'whatever it takes' de Mario Draghi qui a changé et stabilisé le marché," fait-il remarquer.

Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE
Piero Cipollone, membre du directoire de la BCEEuronews

"L'important, c'est donc d'être prêts à appréhender la réalité, à comprendre comment s'adapter, à être prêts à s'adapter : l'économie change, la société change, la technologie change, les habitudes des gens changent et les paiements électroniques deviennent de plus en plus courants au quotidien," indique-t-il. "L'Eurosystème doit donc s'y préparer et il le fait en réfléchissant au billet de banque du futur, un billet de banque numérique, l'euro numérique," souligne-t-il.

Avec l'euro numérique, la monnaie européenne ouvrira un nouveau chapitre de son histoire.

Journaliste • Fanny Gauret

Video editor • Nicolas Coquet

Sources additionnelles • Production: Louise Lehec ; cameramen : Mathieu Rocher / Guillaume Parent ; motion design : NEWIC

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