Les prix du pétrole montent encore, mais plus lentement, alors que la guerre menée par les États‑Unis et Israël contre l’Iran entre dans son cinquième jour, sans apaiser les craintes pour la sécurité du détroit d’Ormuz, artère vitale de l’énergie mondiale.
Les cours mondiaux du pétrole poursuivent leur hausse, mais à un rythme moins soutenu que les envolées de 5 à 8 % observées les jours précédents, alors que les marchés se préparent à un possible choc énergétique lié à la crise au Moyen-Orient.
À 13 h (heure d'Europe centrale, HEC), mercredi, le brut WTI progressait légèrement de 0,2 % et s'échangeait juste en dessous de 75 dollars le baril, tandis que le Brent gagnait plus de 1 %, pour dépasser 82 dollars le baril.
Les prix du gaz naturel ont marqué un coup d'arrêt à leur récente flambée mercredi, après que le New York Times a révélé que des émissaires iraniens avaient pris contact pour discuter des conditions d'une fin du conflit avec les États-Unis et Israël.
Les contrats à terme néerlandais TTF, référence en Europe, ont chuté jusqu'à 12 % à 13 h, retombant sous les 48 €/MWh, après avoir grimpé jusqu'à 56 €/MWh auparavant.
Ce repli intervient après une poussée de volatilité exceptionnelle au cours de laquelle les prix ont quasiment doublé en 48 heures.
Cette envolée avait été alimentée par les inquiétudes concernant l'approvisionnement en gaz naturel liquéfié après l'arrêt de la production au Qatar, consécutif à des attaques signalées contre des installations énergétiques, faisant craindre un resserrement de l'offre mondiale et un retour des tensions sur les marchés européens.
Si les prix se sont désormais légèrement repliés, ils restent nettement au-dessus de leurs niveaux d'avant le début du conflit, ce qui souligne la grande sensibilité des marchés aux perturbations géopolitiques.
Depuis le lancement de l'opération « Epic Fury », une campagne coordonnée des États-Unis et d'Israël visant la direction iranienne et ses infrastructures nucléaires, le détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ un cinquième des expéditions mondiales de pétrole et de GNL, est devenu de fait une zone quasi interdite à la navigation.
L'Iran contrôle ce passage étroit reliant le golfe Persique au golfe d'Oman, et le trafic y a fortement chuté depuis le début des frappes coordonnées, samedi 28 février.
Plusieurs pétroliers auraient été touchés par des projectiles à proximité du détroit, dissuadant un peu plus les armateurs de tenter la traversée.
Le nombre de passages de pétroliers transportant du brut par le détroit d'Ormuz est tombé à quatre navires dimanche 1er mars, contre une moyenne de 24 par jour depuis janvier, selon la société d'analyse des marchés de l'énergie Vortexa. Trois des quatre bâtiments battent pavillon iranien.
D'après les données de Lloyd's List Intelligence, quelque 200 pétroliers de brut et de produits raffinés engagés dans le commerce international se retrouvent de facto bloqués dans le Golfe, le détroit étant devenu extrêmement périlleux à franchir.
Mardi, le président Donald Trump a annoncé avoir ordonné à l'US International Development Finance Corporation de fournir une assurance contre les risques politiques et des garanties financières pour le commerce maritime.
« Si nécessaire, la marine des États-Unis commencera à escorter les pétroliers dans le détroit d'Ormuz dès que possible », a déclaré Trump dans un message publié par la Maison-Blanche sur X.
Mais la remontée continue des prix montre que la promesse du président a peu rassuré les marchés.
« Les assurances de M. Trump, selon lesquelles les États-Unis garantiront les assurances maritimes contre les risques liés au conflit au Moyen-Orient, et pourront même fournir des escortes navales, ne font qu'atténuer, sans les supprimer, les pressions haussières persistantes sur les prix du pétrole », estime la banque Mizuho dans une note.
La banque ajoute que la hausse des coûts d'assurance pourrait renchérir le prix du baril de 5 à 15 dollars, ce qui signifie que la « prime de guerre » reste solidement en place.
Les répercussions plus larges de la crise au Moyen-Orient
La crainte de voir le conflit, que Donald Trump a laissé entendre qu'il pourrait durer un mois ou davantage, s'aggraver a ébranlé les marchés mondiaux, alimentant les inquiétudes qu'une flambée durable des prix de l'énergie ne pèse sur la croissance et les bénéfices des entreprises.
« Je pense que la situation avec l'Iran est en train d'échapper à tout contrôle et que le président américain Donald Trump a commis une énorme erreur d'appréciation », estime Francis Lun, directeur général de Venturesmart Asia.
« La situation est très sombre. »
Parallèlement, mercredi, Goldman Sachs a relevé ses prévisions de prix du pétrole pour le deuxième trimestre.
La banque s'attend désormais à ce que le prix du Brent, référence internationale, atteigne en moyenne 76 dollars le baril au deuxième trimestre 2026, soit 10 dollars de plus que précédemment anticipé. Sa prévision pour le WTI est relevée de 9 dollars, à 71 dollars.
Cette projection repose sur l'hypothèse de cinq jours supplémentaires d'exportations très faibles via le détroit d'Ormuz, suivis d'un redressement progressif au cours du mois suivant. Mais la banque prévient que si les perturbations au détroit d'Ormuz devaient durer cinq semaines, le baril de pétrole pourrait grimper jusqu'à 100 dollars.
Une hausse durable des cours du pétrole menace la stratégie de taux d'intérêt des principales banques centrales, dont la Réserve fédérale américaine : des prix de l'énergie élevés entretiennent l'inflation et réduisent la marge de manœuvre pour abaisser les taux dans les prochains mois.