L'Allemagne a "estimé qu’il n’était pas possible de presser davantage les entreprises concernées. La France reste d’avis que la coopération franco-allemande est nécessaire à nos deux pays comme aux partenaires européens dans le domaine de la défense et de la sécurité", relève une source à l'Élysée.
Le projet germano-français de chasseur de combat FCAS a échoué après des années de conflit portant sur plusieurs milliards d’euros entre Airbus et Dassault. Selon le quotidien Handelsblatt, qui cite des milieux gouvernementaux, le chancelier fédéral Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron ont décidé de ne plus poursuivre le développement d’un avion de combat commun.
En cause, l’échec définitif des négociations entre Airbus et Dassault. Les groupes d’armement impliqués ne sont pas parvenus à s’entendre ni sur les rôles de pilotage du programme, ni sur la répartition du travail, ni sur les droits de brevet.
En février, le chancelier allemand Friedrich Merz avait déjà ouvertement douté de son avenir ; c'est d'ailleurs à la chancellerie à Berlin que l'AFP attribue la déclaration d'abandon du projet.
« Le président français et le chancelier allemand sont arrivés au constat partagé que les entreprises ne parviennent pas à s'entendre sur la construction d'un avion de combat commun », fait savoir le gouvernement allemand. « Ils reconnaissent cette réalité. Le chancelier fédéral Merz a donc suggéré au président Macron de ne plus poursuivre la construction d'un avion de combat commun », ajoute-t-il.
« Le cœur même du FCAS sera maintenu en tant que système européen », a déclaré ce responsable, le décrivant comme « un système nerveux qui relie entre eux les avions, les drones et d’autres composants pour former un ensemble intégré ».
Les ministères français et allemand de la Défense devraient élaborer, lors d’une prochaine réunion, un plan de coopération en matière de défense « axé sur quelques projets réalistes et pertinents », a ajouté ce responsable.
De son côté, une source à l'Élysée a précisé que "Le Président de la République et le Chancelier fédéral se sont longuement et souvent entretenus des moyens de faire avancer ce projet important pour la défense européenne. Ils ont chacun regretté l’impossibilité pour les industriels de s’entendre sur la continuation de ce projet".
"Les autorités allemandes ont estimé qu’il n’était pas possible de presser davantage les entreprises concernées. La France reste d’avis que la coopération franco-allemande est nécessaire à nos deux pays comme aux partenaires européens dans le domaine de la défense et de la sécurité", et de conclure :
"Les autorités françaises continueront d’encourager nos entreprises et nos armées à rechercher les voies et moyens de projets européens ambitieux et conformes à nos intérêts de sécurité nationale".
Parcours semé d'embûches
Avec le lancement du Future Combat Air System (FCAS) en 2017, l’Allemagne, la France et l’Espagne (qui a rejoint le projet deux ans plus tard) voulaient au départ lancer l’un des projets d’armement les plus ambitieux d’Europe. Le cœur du programme devait être un chasseur de nouvelle génération appelé, à partir des années 2040, à remplacer l’Eurofighter et le Rafale français.
Ce chasseur devait être complété par des drones, des capteurs et des systèmes de communication numériques, capables de coopérer au sein d’un champ de bataille en réseau.
Le projet à plusieurs milliards d'euros a longtemps été considéré comme l’un des dossiers industriels et de sécurité les plus importants en Europe. Mais il a été freiné pendant des années par les conflits entre les entreprises impliquées. Aucun compromis n’a été trouvé sur la question du leadership, la répartition des tâches et les droits de propriété intellectuelle. Dassault revendiquait la direction de la partie avion de combat, tandis qu’Airbus refusait de se voir cantonné au rôle de partenaire junior.
À cela se sont ajoutées des exigences militaires divergentes. La France tenait à un avion apte à l’emport d’armes nucléaires et pouvant être embarqué sur porte-avions pour ses forces armées. L’Allemagne ne voyait pas de nécessité en la matière. Les propositions visant à développer deux variantes d’appareil au sein du programme n’ont pas recueilli d’accord commun.
Désaccords persistants
Cette nouvelle survient malgré les appels à une intégration plus étroite des forces armées européennes, fragmentées, face à l'aggravation des tensions géopolitiques.
L'invasion à grande échelle de la Russie en Ukraine entre dans sa cinquième année, tandis que les pays européens s'inquiètent de plus en plus des engagements sécuritaires des États-Unis sur le continent sous la présidence de Donald Trump.
Des efforts de dernière minute avaient été déployés pour sauver le FCAS.
En mars, deux médiateurs, un Français et un Allemand, avaient été chargés de formuler des propositions pour sauver l'initiative.
Mais ils n'y sont pas parvenus, tandis que le PDG de Dassault Aviation continuait d'insister sur le fait que l'entreprise pouvait mener le projet seule et se montrait opposé à une « cogestion ».
L'abandon du projet survient malgré les déclarations publiques de Merz et Macron, qui affirmaient tous deux leur détermination à le faire aboutir.
Le dirigeant allemand avait déclaré en début d'année qu'il ferait « tout son possible et se battrait jusqu'au dernier moment pour que des projets européens communs voient le jour ici, et surtout des projets franco-allemands ».
S'exprimant en avril après des entretiens avec Merz, Macron avait alors nié que le projet soit abandonné.
« Nous continuons d'avancer. L'Europe n'a jamais eu autant besoin d'unité, d'indépendance et de souveraineté qu'aujourd'hui », avait-il déclaré.
Les travaux se poursuivent
La fin du projet d’avion commun ne signifie toutefois pas l’arrêt complet du programme FCAS. Selon des sources gouvernementales, le développement de la « combat cloud » doit se poursuivre. Il s’agit d’un réseau numérique destiné à relier entre eux avions, drones et autres systèmes d’armes. D’autres projets d’armement conjoints figurent également à l’ordre du jour du Conseil des ministres franco-allemand.
Pour Airbus, cette décision ouvre la voie à la recherche de nouveaux partenaires. Dans le secteur, le groupe suédois de défense Saab et le programme d’avion de combat mené conjointement par le Royaume-Uni, le Japon et l’Italie sont cités comme options de coopération possibles. Dassault devrait, de son côté, poursuivre de manière autonome le développement de la prochaine génération de Rafale.
L’échec du projet commun de chasseur de combat met fin à l’un des programmes d’armement européens les plus ambitieux de ces dernières années. Dans le même temps, cette décision marque un changement de cap : au lieu d’un avion unique, Berlin et Paris semblent désormais miser sur des développements nationaux distincts, mais inscrits dans un cadre technologique commun.