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Les 90 milliards d'euros UE à l'Ukraine sont sur le point d'être débloqués. Mais où ira cet argent ?

Des soldats ukrainiens se préparent à un exercice avec un drone terrestre de combat dans la région de Kharkiv, en Ukraine, le 24 mai 2026.
Des militaires ukrainiens se préparent à un exercice avec un drone terrestre de combat dans la région de Kharkiv, en Ukraine, le 24 mai 2026. Tous droits réservés  Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved
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Par Angela Skujins
Publié le Mis à jour
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Vaste plan de sauvetage européen : il pourrait aider l'Ukraine à défendre des territoires clés, plus de quatre ans après l'invasion russe à grande échelle.

Le prêt de 90 milliards d’euros que l’Union européenne accorde à l’Ukraine doit commencer à être versé à la mi-juin, mais cette enveloppe financière s’accompagne de nombreuses zones d’ombre.

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Jusqu’à présent, la liste des achats qu’il permettra de financer est soigneusement gardée par les autorités ukrainiennes. Il paraît acquis que la majeure partie de l’argent sera consacrée à repousser l’agression russe, mais on ignore encore comment et où il sera dépensé.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a expliqué que la part du prêt destinée à la défense renforcera l’armée ukrainienne face à l’invasion russe à grande échelle, qui entre désormais dans sa cinquième année. Environ 60 milliards d’euros devraient servir à consolider les capacités de défense du pays en temps de guerre, le reste venant soutenir le budget national.

L’argent sera utilisé pour la production d’armements et l’acquisition des armes nécessaires qui, si elles ne sont pas fabriquées en Ukraine, seront achetées auprès de partenaires, a déclaré Zelensky dans un message publié en avril sur le réseau social X (en anglais).

Comme c’est généralement le cas pour les questions touchant à la sécurité nationale, le ministère ukrainien de la Défense n’a pas répondu aux questions d’Euronews sur la façon dont ces fonds seront utilisés pour les capacités de défense.

Lors de la mise en place du prêt, plusieurs États membres de l’UE ont exprimé leurs objections, estimant que cet argent européen devait servir avant tout à renforcer les capacités européennes.

Selon Luigi Scazzieri, de l’Institut d’études de sécurité de l’UE (ISS), la France a été parmi les critiques les plus virulents, faisant valoir que, pour augmenter la production en Europe, il fallait passer commande aux entreprises européennes. Au final, l’accord a été conçu pour satisfaire l’ensemble du bloc.

« Vous avez des pays comme la Suède, les Pays-Bas, la Pologne et, dans une certaine mesure, l’Allemagne, qui défendent une approche aussi flexible que possible, a expliqué Scazzieri. Il y a toujours un compromis entre ces différentes positions. »

Quel compromis a donc été trouvé ? Voici ce que l’on sait à ce stade des plans de l’Ukraine – et des obstacles potentiels qui se dressent sur sa route.

Règles et attentes

L’UE a établi une approche stricte en trois niveaux pour encadrer l’utilisation de ces fonds destinés à la défense.

Dans un premier temps, tous les produits achetés doivent être fabriqués en Ukraine, en Europe ou dans l’EEE/AELE ; au-delà, l’Ukraine peut acheter des produits provenant de 12 pays ayant signé un partenariat de sécurité avec l’UE, parmi lesquels le Royaume-Uni et le Canada.

Le porte-parole de la Commission européenne Balazs Ujvari a indiqué que, si ces deux options sont épuisées « et que l’on peut véritablement justifier d’aller au-delà de ce cadre », l’Ukraine pourra légitimement acquérir des systèmes auprès d’autres pays.

Deux sources diplomatiques européennes interrogées par Euronews ont confirmé qu’il existe une attente claire de voir cet argent dépensé, autant que possible, en produits européens, comme le prévoit le règlement du prêt.

« Vous achetez européen, sauf si l’achat répond à l’une des dérogations convenues, par exemple l’absence de produit dans l’UE ou des délais de livraison trop longs », a précisé l’une de ces sources. « La question, c’est : dans quel pays ? »

L’autre source a expliqué qu’en cas « d’urgence » et d’absence d’équivalent en Europe, l’Ukraine pourra se tourner vers d’autres fournisseurs. « En gardant à l’esprit que cela doit être urgent et que le matériel doit arriver très rapidement », a-t-elle ajouté.

Un haut responsable européen a confirmé cette approche, estimant qu’il existe, au sein des institutions, la conviction que cet argent servira, autant que possible, à stimuler l’industrie européenne de la défense – un secteur qui a souffert (source en anglais) d’années de sous-investissement et de fragmentation persistante.

Le commissaire européen à la Défense et à l’Espace Andrius Kubilius s’exprime à Helsinki, en Finlande, le 21 février 2025.
Le commissaire européen à la Défense et à l’Espace Andrius Kubilius s’exprime à Helsinki, en Finlande, le 21 février 2025. AP Photo

Alors que plusieurs services de renseignement avertissent que le continent pourrait faire l’objet d’une attaque russe contre un État membre d’ici la fin de la décennie, la pression augmente pour injecter dans l’industrie européenne de la défense les fonds nécessaires afin de faire face à ces menaces. Mais le secteur doit aussi gagner en agilité.

Le premier commissaire européen à la Défense de l’histoire de l’UE, Andrius Kubilius, répète que l’Union doit produire des armes « suffisamment bonnes » plutôt que des armes « haute couture ».

Il fait référence à la production d’armements moins coûteux et plus facilement industrialisables pour approvisionner l’Ukraine, plutôt que de perfectionner des systèmes pendant des années – un calendrier qui risque de les rendre obsolètes.

Pour illustrer ce décalage, la production européenne d’équipements militaires reste très en retard sur celle de l’Ukraine, en particulier dans le domaine des drones. Cela explique probablement pourquoi le premier décaissement servira à acheter des drones ukrainiens.

Les décaissements

La première tranche de financement destinée à la défense, approuvée par la Commission et d’un montant de 5,9 milliards d’euros, devrait être versée plus tard ce mois-ci. Selon Oscar Luigi Guccione, du German Marshall Fund, elle pourrait permettre de financer environ 3 millions de drones, pour un coût moyen de 2 000 euros l’unité.

« L’Ukraine aimerait dépenser la majeure partie de cet argent sur son propre territoire », a-t-il indiqué.

Une source européenne a précisé que cette commande, déposée le 12 mars, comportait des exceptions, car « certains composants des drones étaient produits en dehors de l’UE et de l’Ukraine ».

D’après Scazzieri, il s’agit très probablement de microprocesseurs chinois, des composants clés que l’on retrouve aussi dans les drones Shahed utilisés par la Russie.

Le porte-parole de la Commission européenne Balazs Ujvari a confirmé que la commande du 12 mars s’accompagnait d’une demande de dérogation « qui a été accordée ». La Commission n’a cependant pas souhaité dévoiler de détails sur cette dérogation, en raison du caractère sensible des informations.

Une source proche des discussions a indiqué que la deuxième enveloppe devrait, très probablement, être consacrée aux munitions, aux missiles et à la défense aérienne, même si son montant exact n’a pas encore été arrêté.

Reste à savoir si ces achats seront effectués en Europe. Un haut responsable européen a souligné que, malgré la volonté clairement affichée des deux côtés de privilégier des achats européens, le complexe industriel de défense du continent n’est pas en mesure de répondre à la demande ukrainienne.

Des volontaires de la Croix-Rouge portent secours à une femme blessée dans un abri après une frappe russe sur un quartier résidentiel à Kyiv, en Ukraine, dimanche 24 mai 2026.
Des volontaires de la Croix-Rouge portent secours à une femme blessée dans un abri après une frappe russe sur un quartier résidentiel à Kyiv, en Ukraine, dimanche 24 mai 2026. Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved

Un exemple souvent cité est la réponse européenne au système de missiles de défense aérienne Patriot, fabriqué aux États-Unis : le système franco-italien SAMP/T.

Alors que l’implication américaine dans la guerre en Iran et au Liban s’intensifie, les stocks de missiles Patriot se réduisent. Le consortium Eurosam, coentreprise des géants de l’armement MBDA et Thales, a toutefois développé sa propre arme de longue portée pour contrer les avions, les missiles de croisière et les missiles balistiques tactiques. Le Danemark a annoncé, fin de l’année dernière, l’achat de deux systèmes pour renforcer sa défense aérienne au sol.

« Ces systèmes ont été choisis sur la base d’une évaluation globale des facteurs opérationnels, économiques et stratégiques », avait alors expliqué le ministère danois de la Défense.

Tout le monde achète automatiquement aux États-Unis. Je pense qu’il est grand temps que nous commencions à acheter auprès de ces fournisseurs européens.

Cette décision est intervenue après des mois de menaces du président américain Donald Trump de s’emparer du territoire danois du Groenland, et a été perçue comme un sérieux camouflet pour Washington.

Selon Guntram Wolff, du European Policy Centre, l’opportunité créée par la pénurie de missiles Patriot et le poids politique de ces grandes commandes doit être pleinement exploitée.

« C’est vraiment dans notre intérêt que cela se produise », a-t-il estimé.

Le problème demeure cependant que l’Europe n’est pas encore capable d’accélérer la production au rythme imposé par le conflit.

Un diplomate européen a indiqué que les stocks de missiles Patriot sont désormais épuisés jusqu’en 2029 et qu’il y a peu de chances que les commandes ukrainiennes soient honorées avant cette échéance. Un autre haut responsable européen a ajouté que les commandes de SAMP/T n’avancent pas non plus, faute de capacités de production suffisantes. Pour Guntram Wolff, c’est précisément le moment de changer la donne.

« Tout le monde achète automatiquement aux États-Unis. Je pense qu’il est grand temps que nous commencions à acheter auprès de ces fournisseurs européens », a-t-il insisté.

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