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L’inflation alimentaire ralentit, mais la note au supermarché pourrait remonter

Photo d’archives - Des tiges de maïs se découpent sur le soleil couchant, vendredi 22 juillet 2016, à Pleasant Plains, dans l’Illinois, aux États-Unis.
Archives - Des tiges de maïs se découpent sur le soleil couchant, vendredi 22 juillet 2016, à Pleasant Plains, Illinois, États-Unis. Tous droits réservés  AP Photo/Seth Perlman
Tous droits réservés AP Photo/Seth Perlman
Par Doloresz Katanich
Publié le Mis à jour
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L'inflation alimentaire ralentit en Europe, mais le choc récent sur l'huile et les engrais pourrait encore renchérir les prix, la météo extrême pesant plus que la guerre en Iran.

L’inflation alimentaire ralentit dans la zone euro, alors que l’on s’attendait à ce que la hausse des coûts de l’énergie et des engrais après la guerre en Iran entraîne une montée des prix.

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Mais les économistes d’Oxford Economics et de Deutsche Bank anticipent un regain de l’inflation des prix alimentaires dès l’an prochain, à mesure que la hausse des prix des matières premières se répercute sur l’ensemble de la chaîne agroalimentaire et que les conditions météorologiques extrêmes de cet été endommagent les cultures partout en Europe.

Selon eux, les prix alimentaires réagissent généralement avec retard, car la hausse des coûts de l’énergie et des engrais est d’abord absorbée par les agriculteurs avant d’être répercutée sur les transformateurs, les grossistes puis, en dernier ressort, sur les supermarchés.

Oxford Economics prévoit que l’inflation alimentaire dans la zone euro remonte à environ 3 % en 2027, contre 1,6 % en juin de cette année.

Le cabinet estime que l’effet de la météo à lui seul pourrait ajouter jusqu’à 1 point de pourcentage à l’inflation alimentaire l’année prochaine.

Les économistes d’Oxford prévoient que l’inflation alimentaire restera cette année en dessous de la prévision de 2,6 % de la BCE, qu’elle se maintiendra sous 2 % pendant le reste de 2026, avant de repartir à la hausse en 2027.

« La pénurie d’engrais liée au blocus du détroit d’Ormuz et à l’envolée des prix a été moins grave qu’anticipé, mais elle pèsera sur les rendements agricoles », expliquent Tomas Dvorak, économiste senior, et Ricardo Amaro, économiste principal.

Les économistes de Deutsche Bank ont calculé que, malgré le repli des prix du pétrole et des engrais par rapport à leurs sommets, le choc sur les matières premières intervenu entre mars et juin pourrait encore augmenter les prix alimentaires d’environ 1,3 % au Royaume-Uni et de 0,8 % dans la zone euro au cours des douze prochains mois. Cela ajouterait environ 0,1 à 0,15 point de pourcentage à l’inflation globale.

Oxford Economics estime que le récent choc sur les matières premières pourrait, à lui seul, ajouter environ 0,5 point de pourcentage à l’inflation alimentaire de la zone euro sur les douze prochains mois, les produits non transformés étant susceptibles d’être touchés plus vite que les produits transformés. Il estime que les vagues de chaleur de cet été pourraient ajouter jusqu’à 1 point de pourcentage supplémentaire l’année prochaine.

Avant la guerre en Iran, le cours au comptant du Brent, la référence internationale du pétrole brut, évoluait autour de 72,50 dollars le baril. En raison des perturbations de l’offre pendant le conflit, les prix ont grimpé jusqu’à 118 dollars le baril, avant de retomber à environ 83 dollars après le cessez-le-feu.

Deutsche Bank anticipe une baisse progressive des prix au cours des prochains mois, à en juger par les marchés à terme. Mais une reprise du conflit pourrait remettre en cause ce scénario.

Parallèlement, l’un des engrais azotés les plus utilisés, l’urée, a lui aussi vu son cours au comptant s’envoler au début de la guerre en Iran avant de refluer. Les prix de détail des produits alimentaires n’ont pas encore intégré ces mouvements.

Les économistes de la banque avertissent toutefois que, même si les prix du pétrole et des engrais ont reflué depuis leurs sommets, le regain de tensions au Moyen-Orient a de nouveau tiré les prix de l’énergie vers le haut, ce qui accroît le risque de nouvelles pressions inflationnistes.

La hausse des coûts de l’énergie et des engrais se répercute sur les prix alimentaires par deux grands canaux. D’abord, l’énergie est utilisée tout au long de la chaîne agroalimentaire, des tracteurs et du transport à la transformation, au conditionnement et à la réfrigération, ce qui renchérit la production. Ensuite, les prix des engrais augmentent avec ceux du gaz naturel, alourdissant les charges des agriculteurs. Ces coûts mettent du temps à parvenir jusqu’aux rayons des supermarchés : les prix de l’énergie peuvent influer sur ceux des engrais en quelques semaines, mais la réduction de l’usage d’engrais ou les changements dans les plans de culture ne se traduisent généralement par une hausse des prix alimentaires qu’après la récolte suivante.

Prix alimentaires actuels

Selon l’estimation rapide d’Eurostat, l’inflation alimentaire dans la zone euro est passée de 2,5 % en glissement annuel en décembre 2025 à 1,6 % en juin 2026. Il s’agit du plus bas niveau d’inflation alimentaire harmonisée depuis la mi-2021.

Les indicateurs avancés suggèrent que l’inflation des prix alimentaires pourrait rester contenue jusqu’à la fin de l’année. La baisse des prix alimentaires a été soutenue par une récolte céréalière abondante en 2025 et par une surabondance de lait cru, qui a tiré les prix laitiers vers le bas. Les précédents chocs mondiaux se sont également atténués : les prix du chocolat, du cacao et du café se sont stabilisés après leur envolée de 2025. Dans le même temps, les prix de l’huile d’olive continuent de reculer après leurs records de 2022, tandis que la baisse des coûts de l’énergie a réduit les coûts de transformation des produits alimentaires.

Oxford Economics s’attend à ce que ces facteurs continuent de favoriser une inflation alimentaire modérée dans les prochains mois.

Deutsche Bank souligne également que les produits laitiers, le sucre et les confiseries, ainsi que le café figuraient parmi les principaux moteurs de l’inflation alimentaire en 2025, mais que leur contribution a depuis diminué. Les prix de la viande, bien qu’en baisse par rapport au pic de l’an dernier, restent le premier contributeur à l’inflation alimentaire.

Selon Oxford Economics, près de la moitié des produits alimentaires ont vu leurs prix reculer au cours des trois derniers mois, tandis qu’environ 20 % seulement ont enregistré des hausses de prix supérieures à 2 %, ce qui plaide pour une inflation alimentaire faible dans les mois à venir.

Les prix mondiaux des denrées alimentaires et des engrais mettent généralement environ un an à se transmettre aux rayons des supermarchés. Pour l’instant, ils se sont en grande partie stabilisés, tandis que les prix à la ferme et les prix de gros continuent de signaler une inflation alimentaire modérée.

Oxford Economics a abaissé sa prévision d’inflation pour les produits alimentaires, l’alcool et le tabac à 2,1 % en 2026.

« Mais nous pensons que l’inflation des prix alimentaires reste sur une trajectoire de hausse, simplement avec un décalage plus long que ce que nous supposions auparavant », indique le rapport.

Les vagues de chaleur de cette année rendent la nourriture de l’an prochain plus chère

Oxford Economics prévoit une accélération des prix alimentaires en 2027, à mesure que la hausse des coûts de l’énergie, de la transformation et du conditionnement se répercute dans la chaîne d’approvisionnement. Le cabinet estime que ces facteurs pourraient ajouter entre 0,5 et 0,7 point de pourcentage à l’inflation alimentaire, les produits non transformés étant susceptibles de réagir plus vite que les produits transformés.

La chaleur extrême qui touche le continent cette année pourrait avoir un impact encore plus important.

« Nous pensons que les vagues de chaleur de cet été seront l’an prochain un facteur de hausse des prix alimentaires plus puissant que la guerre », écrivent les économistes.

Les vagues de chaleur de cet été et des conditions exceptionnellement chaudes et sèches pourraient avoir un effet plus marqué sur les prix alimentaires que le choc sur les matières premières lui-même. Les dégâts sur les cultures sont déjà jugés inévitables, et de nouvelles vagues de chaleur pourraient encore réduire les récoltes, ce qui pousserait l’inflation alimentaire à la hausse en 2027.

Un phénomène El Niño–Oscillation australe (ENSO) particulièrement marqué pourrait également intensifier les épisodes météorologiques extrêmes, augmentant le risque de nouvelles perturbations.

« L’effet négatif de la météo pourrait encore se renforcer en raison du caractère particulièrement intense d’El Niño cette année. Nous estimons qu’il ajoutera jusqu’à 1 point de pourcentage à l’inflation alimentaire l’an prochain et que nous relèverons notre prévision pour 2027 à environ 3 % », indique Oxford Economics.

La hausse attendue des prix devrait se matérialiser au premier semestre 2027, avant de s’atténuer progressivement au second semestre.

Le coût durable des vagues de chaleur

Oxford Economics s’appuie sur un document de travail publié en 2023 par la BCE, qui montre que la hausse des températures continue de pousser les prix alimentaires et l’inflation globale vers le haut au fil du temps, avec un effet particulièrement marqué sur l’alimentaire. L’étude conclut également que des températures plus élevées peuvent continuer d’influer sur l’inflation jusqu’à douze mois après le choc météorologique initial.

Ce document de travail de la BCE estime qu’à l’horizon 2035, le réchauffement climatique pourrait augmenter l’inflation alimentaire mondiale moyenne annuelle de 0,92 à 3,23 point de pourcentage, selon le scénario climatique retenu. Il conclut également que la vague de chaleur de 2022 en Europe a relevé l’inflation alimentaire européenne de 0,67 point de pourcentage et l’inflation alimentaire de la zone euro de 0,78 point, avec des effets plus prononcés dans le sud de l’Europe.

Mais les vagues de chaleur à venir pourraient avoir un impact encore plus important sur les prix alimentaires. Avec la poursuite du réchauffement, l’effet inflationniste des étés extrêmes devrait s’accentuer. La BCE estime que si une vague de chaleur comparable à celle de 2022 se produisait dans les conditions climatiques de 2035, elle augmenterait l’inflation alimentaire européenne d’environ 1 point de pourcentage, contre 0,67 point aujourd’hui. Les chercheurs soulignent qu’à mesure que le climat se réchauffe, les cultures deviennent plus vulnérables au stress thermique, de sorte qu’une même vague de chaleur est susceptible de provoquer des pertes de récolte plus importantes et des pressions plus fortes sur les prix alimentaires.

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