Moscou veut détourner les navires de la mer d’Azov. L’Ukraine y a frappé plus de 100 navires russes en une dizaine de jours, bloquant essentiellement la navigation et isolant davantage la Crimée occupée.
Les forces ukrainiennes ont frappé au moins 105 navires russes en mer d’Azov au cours des huit derniers jours, dans le cadre de leur campagne intensifiée visant à isoler la Crimée occupée par Moscou, selon plusieurs rapports.
La mer d’Azov forme comme un golfe au nord de la mer Noire. Elle était utilisée pour exporter des marchandises, notamment le blé volé aux régions ukrainiennes sous occupation. Le passage des navires sur cette route est particulièrement critique puisque le transport routier est, lui aussi, quasiment à l'arrêt. L’autoroute 280, désormais surnommée "l'autoroute de la mort", qui relie Rostov-sur-le-Don, en Russie, à Djankoï, sur la péninsule est en effet la cible de frappes quotidiennes, visant tout camion et citernes de ravitaillement.
Selon l’état-major ukrainien et le commandant des Forces ukrainiennes de systèmes sans pilote (USF), le major Robert « Magyar » Brovdi, ses troupes ont récemment touché dix navires en une seule nuit, dont des ferries et des pétroliers que la Russie utilise pour transporter du pétrole et des produits pétroliers et contourner les sanctions.
« Les infrastructures de transbordement de la péninsule sont frappées chaque nuit, le trafic dans le détroit est à l’arrêt et le déchargement des cargaisons a été réduit au minimum », a écrit Brovdi sur Telegram lundi, en faisant référence au détroit de Kertch et aux infrastructures logistiques desservant la Crimée occupée par Moscou.
Selon l’Institute for the Study of War (ISW), basé aux États-Unis, les forces ukrainiennes ont commencé à intensifier leurs frappes contre les navires en mer d’Azov lundi dernier, dans le cadre d’efforts visant à empêcher la Russie de s’adapter aux frappes ukrainiennes contre les infrastructures logistiques terrestres entre la Russie et la Crimée occupée, qui ont provoqué de graves pénuries d’essence.
« Les frappes ukrainiennes contre les transports maritimes russes d’essence au cours de la semaine écoulée représentent une nouvelle phase des efforts de l’Ukraine pour isoler la Crimée occupée du réseau logistique russe et perturber les routes maritimes russes, en particulier pour les produits pétroliers et les céréales », a indiqué l’ISW.
La mer d’Azov se situe entre la Russie, la côte sud de l’Ukraine, occupée par l’armée de Moscou depuis 2022, et la Crimée annexée par la Russie.
Elle constitue une importante voie d’exportation pour la Russie afin d’approvisionner la Crimée occupée, ainsi que pour le transport de produits agricoles, notamment des céréales volées dans les territoires ukrainiens occupés.
Plus aucun moyen d’approvisionner la Crimée
Les campagnes de frappes ukrainiennes à longue et moyenne portée, couronnées de succès, provoquent la panique et la colère au sein des médias proches du Kremlin.
Les blogueurs militaires contrôlés par Moscou mettent désormais en doute les « capacités de défense aérienne insuffisantes » de la Russie et les « mauvaises décisions » du Kremlin, qui ont laissé la Russie et l’Ukraine occupée vulnérables aux frappes ukrainiennes.
Dimanche, un influent blogueur militaire russe a imputé la crise provoquée par les frappes ukrainiennes dans l’ouest de la Russie et dans d’autres régions à la « négligence flagrante » des responsables de Moscou, en soulignant que le Kremlin ne sera pas en mesure de régler rapidement ces problèmes.
D’autres affirment que la Russie peine à protéger ses pétroliers en mer d’Azov contre les drones ukrainiens, en grande partie en raison de l’absence d’un système unifié de protection du trafic maritime.
En analysant la stratégie de Kyiv en mer d’Azov, l’ISW a estimé que « l’incapacité de la Russie à adapter ses systèmes de défense aérienne à une guerre de drones en évolution rapide, qui caractérise les dernières années du conflit en Ukraine, est en décalage avec la course entre l’attaque et la défense qui structure les campagnes de frappes des deux camps ».
Moscou veut détourner ses navires de la mer d’Azov
La Russie a déclaré mardi qu’elle recherchait « des routes maritimes alternatives » et pourrait limiter le trafic en mer d’Azov en raison de l’intensification des frappes ukrainiennes.
« Des itinéraires maritimes alternatifs sont actuellement en cours d’élaboration en coopération avec les agences compétentes et le milieu des affaires », a indiqué le ministère russe de l’Agriculture dans un communiqué.
Il a assuré que les exportations se poursuivraient.
« La situation en mer d’Azov n’affectera ni l’approvisionnement du marché intérieur en denrées alimentaires ni les capacités d’exportation de notre pays », a déclaré le ministère.
Le ministère russe des Transports a ajouté qu’il « prend toutes les mesures nécessaires pour assurer le bon fonctionnement de la logistique du fret » alors que les attaques se multiplient.
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a affirmé que le Kremlin travaillait à mettre fin aux attaques.