Les actions européennes ont historiquement souffert en août, mais la moyenne masque un détail important. Quelques grandes crises expliquent l’essentiel des pertes.
Les actions européennes ont abordé le mois d’août 2026 presque à l’opposé de ce que leur réputation saisonnière laisserait attendre.
Le EURO STOXX 50 et le DAX évoluent tout près de leurs records, tandis que le CAC 40 reste proche de son sommet. Pourtant, août a historiquement été l’un des mois les plus faibles pour l’Europe.
Cette contradiction pose une question plus intéressante que de savoir si les investisseurs doivent simplement "vendre en août".
Les données montrent qu’août n’est pas systématiquement un mauvais mois. Sa mauvaise réputation vient plutôt de quelques chocs de marché exceptionnels.
Les marchés européens défient la "malédiction d’août"
Les actions européennes ont abordé le mois d’août 2026 presque à l’opposé de ce que leur réputation saisonnière laisserait attendre.
Le EURO STOXX 50 et le DAX évoluent tout près de leurs records, tandis que le CAC 40 reste proche de son sommet. Pourtant, août a historiquement été l’un des mois les plus faibles pour l’Europe.
Cette contradiction pose une question plus intéressante que de savoir si les investisseurs doivent simplement "vendre en août".
Les données montrent qu’août n’est pas systématiquement un mauvais mois. Sa mauvaise réputation vient plutôt de quelques chocs de marché exceptionnels.
Le DAX allemand, qui suit les 40 plus grandes entreprises cotées à Francfort, raconte la même histoire depuis 1970.
En moyenne, le mois d’août affiche une baisse de 1,03 %. Septembre enregistre une perte moyenne de 1,64 %.
Le CAC 40 français, qui regroupe les 40 plus grandes sociétés parisiennes, dispose de données depuis 1988. En août, la perte moyenne atteint 1,22 %. En septembre, elle est de 1,38 %.
Trois pays différents, trois périodes historiques différentes, et exactement le même classement. Septembre est le pire mois, août arrive en deuxième position.
Pourtant, août 2026 ne ressemble en rien à ce schéma.
Le 11 août, le EURO STOXX 50 a terminé à un niveau record, au‑dessus de 6 560 points, en hausse d’environ 13 % depuis le début de l’année. Le DAX est passé pour la première fois au‑dessus de 26 450 points, tandis que le CAC 40 a clôturé autour de 8 740 points.
Alors, qui a raison : le calendrier ou le marché ?
Réponse brève : le calendrier a des arguments bien moins solides qu’il n’y paraît.
La moyenne d’août ne reflète pas un mois d’août typique
Une moyenne n’est utile que lorsque les chiffres qui la composent sont relativement proches les uns des autres.
Imaginez cinq personnes entrant dans une pièce. Quatre gagnent 30 000 € par an, une gagne 1 million d’euros. Le revenu moyen dans cette pièce apparaît soudain bien plus élevé que ce que la plupart touchent réellement.
Les performances boursières du mois d’août souffrent d’un problème comparable. Quelques krachs extrêmes tirent la moyenne de long terme nettement vers le bas.
C’est là que la médiane devient utile. Il s’agit tout simplement de la valeur centrale une fois que tous les rendements d’août sont classés du pire au meilleur : la moitié des années se situent en dessous, l’autre moitié au‑dessus, ce qui en fait un meilleur indicateur de ce à quoi ressemble réellement un mois d’août typique.
Pour le EURO STOXX 50, le rendement médian du mois d’août ressort à -0,19 %, une image très différente de la moyenne de -1,42 %. Un mois d’août typique a été quasiment stable.
Cinq mois d’août expliquent l’ampleur des dégâts
L’essentiel des dégâts provient de cinq épisodes extraordinaires.
En août 1998, l’indice EURO STOXX a chuté de 14,44 % lorsque la Russie a fait défaut sur sa dette intérieure et dévalué le rouble.
En août 1990, il a cédé 13,82 % après l’invasion du Koweït par l’Irak. En août 2011, il a reculé de 13,79 % à mesure que la crise de la dette de la zone euro s’intensifiait autour de l’Italie et de l’Espagne. En août 1997, l’indice a perdu 9,99 % alors que la crise financière asiatique se propageait dans la région, et en août 2015 il a décroché de 9,19 % lorsque la Chine a dévalué le yuan.
Il ne s’agissait pas de simples corrections. Ce furent des chocs mondiaux qui sont tombés en plein mois d’août.
Si l’on exclut ces cinq années, le rendement moyen du mois d’août pour le EURO STOXX 50 bascule de -1,42 % à +0,17 %. Cinq années sur 39 suffisent à transformer un mois apparemment faible en période légèrement positive.
Pourquoi août peut-il amplifier un choc ?
L’explication tient peut-être moins au mois lui‑même qu’à la façon dont les marchés fonctionnent pendant l’été.
En août, l’Europe est quasiment en vacances. Les salles de marché se vident et moins d’investisseurs participent activement à la formation des prix. Cela ne provoque pas à lui seul une vague de ventes, mais peut rendre les marchés plus sensibles dès qu’un mouvement de baisse s’enclenche.
Les décisions de politique monétaire programmées sont également moins nombreuses. La dernière réunion de la Banque centrale européenne remonte à juillet, et sa prochaine décision n’est prévue qu’en septembre.
La Réserve fédérale américaine observe une pause estivale similaire, laissant les marchés avec moins de rendez‑vous majeurs de politique monétaire pour ancrer leurs anticipations, précisément au moment où la liquidité est la plus faible.
Il y a ensuite Jackson Hole. La conférence annuelle de la Fed dans le Wyoming, organisée plus tard en août, peut devenir à elle seule un événement majeur pour les marchés, surtout lorsque les investisseurs sont en quête d’indices sur l’évolution des taux d’intérêt.
Le rendez‑vous de cette année revêt une importance particulière : il s’agira du premier discours de Kevin Warsh à Jackson Hole en tant que président de la Fed.
Le mois d’août combine donc trois ingrédients potentiellement propices à la volatilité : une liquidité réduite, moins de rendez‑vous de politique monétaire, et la possibilité qu’un signal important venu des banques centrales intervienne en fin de mois.
Ce qui distingue août 2026
Le schéma historique n’est utile que si les investisseurs comprennent ce qui a changé.
Les actions européennes sont arrivées en août à des niveaux proches de leurs records, portées par des attentes solides en matière de résultats. Reuters rapporte que les analystes ont relevé leurs prévisions de croissance des bénéfices au deuxième trimestre pour l’ensemble du STOXX 600 à près de 21 %, contre 12,5 % en mai, offrant aux marchés un contexte fondamentalement plus robuste que ne le laisse penser la moyenne historique.
Mais il existe un autre versant du bilan. Le choc énergétique en provenance du Moyen‑Orient reste un risque pour l’Europe : une hausse des prix de l’énergie pourrait faire remonter l’inflation tout en comprimant simultanément le pouvoir d’achat des ménages et les marges des entreprises.
L’inflation de la zone euro est retombée à 2,8 % en juin, contre 3,2 % en mai, mais un nouveau choc énergétique pourrait compliquer le retour vers l’objectif de 2 % de la Banque centrale européenne.
Cela crée une configuration inhabituelle pour le reste du mois.
Les investisseurs doivent-ils redouter le mois d’août ?
Les statistiques historiques ne disent pas que les actions européennes doivent baisser ce mois‑ci. En réalité, le EURO STOXX 50 et le DAX ont terminé le mois d’août en hausse près d’une année sur deux.
Ce que l’histoire montre est plus subtil : août n’est pas nécessairement le mois de krach saisonnier de l’Europe. C’est un mois au cours duquel de rares chocs ont, par le passé, provoqué des pertes exceptionnellement importantes. Cette nuance est importante en 2026.
Les investisseurs n’ont pas besoin de prédire si le mois d’août se terminera en hausse ou en baisse. La question la plus utile est de savoir si les marchés, qui viennent d’atteindre des records, sont suffisamment préparés à un choc imprévu survenant alors que la liquidité est réduite.
C’est cela que le schéma d’août signale réellement : non pas un effet de calendrier, mais une vulnérabilité.