Cette dernière décision s’inscrit dans un retour prudent au canal de Suez : quatre services Maersk y sont revenus depuis début juillet, le plus récent à la mi-août, tandis que neuf autres continuent de contourner l’Afrique.
Les armateurs Maersk et Hapag-Lloyd ont réacheminé un autre service majeur de porte-conteneurs entre l’Asie et l’Europe par le canal de Suez, marquant une nouvelle étape dans le retour progressif du trafic maritime sur cette route.
Le service AE19, exploité conjointement dans le cadre de la Gemini Cooperation des deux compagnies, relie l’Asie, la Méditerranée, l’Arabie saoudite et l’Europe. Il passait auparavant par le cap de Bonne-Espérance.
Les deux compagnies ont annoncé lundi que le changement prenait effet immédiatement, à commencer par le voyage vers l’ouest du Berlin Maersk.
Hapag-Lloyd a indiqué à Euronews que le basculement d’AE19 devrait permettre de gagner environ quatre semaines par rapport à la route par le cap de Bonne-Espérance.
Maersk a expliqué que cette décision faisait suite à une évaluation des conditions de sécurité en mer Rouge. Hapag-Lloyd a décrit ce changement comme un "ajustement ciblé pour un service spécifique, et non un retour généralisé de l’ensemble du réseau".
Hapag-Lloyd a précisé que toute décision supplémentaire concernant les itinéraires dépendrait de la sécurité, de la viabilité opérationnelle de la route et de l’impact pour les clients.
Le groupe danois a indiqué à Euronews que l’AE19 est l’un des quatre services qu’il a réorientés du cap de Bonne-Espérance vers Suez depuis début juillet. Les autres sont AE15, MECL et WAF6.
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Maersk a indiqué à Euronews que neuf autres services qui pourraient bénéficier du passage par la mer Rouge et le canal de Suez continuent de contourner le cap, tout en précisant qu’elle ne pouvait pas commenter d’éventuelles évolutions futures.
Les analystes du secteur maritime soulignent également que le retour de quelques services ne doit pas être interprété comme un retour généralisé vers le canal.
Simon Heaney, responsable principal de la recherche sur le transport par conteneurs au cabinet de conseil maritime Drewry, a déclaré à Euronews que le rythme de la reprise du trafic à Suez restait étroitement lié à l’évolution de la crise dans le détroit d’Ormuz et du conflit plus large au Moyen-Orient.
"Tant que ce dernier conflit restera non résolu, nous ne nous attendons pas à un retour significatif des boucles Asie-Europe via Suez", a-t-il déclaré.
Pourquoi le retour sera progressif
Même si les conditions de sécurité s’améliorent, les compagnies maritimes ont peu de chances de réacheminer tous leurs services par Suez d’un seul coup.
Selon Heaney, le retour se fera probablement par étapes, en commençant par les trajets au départ de l’Europe, qui transportent généralement des cargaisons de moindre valeur. Les armateurs devront être convaincus que les hostilités ne reprendront pas avant d’engager des marchandises plus précieuses sur cette route.
Il existe aussi une raison commerciale de procéder progressivement.
Contourner l’Afrique nécessite davantage de navires, car chaque voyage est plus long. Si de nombreux services revenaient simultanément à Suez, ces navires seraient libérés alors même que les compagnies reçoivent déjà un grand nombre de nouveaux bâtiments.
"Les compagnies doivent gérer leurs capacités avec prudence en raison du grand nombre de nouveaux navires livrés", explique Heaney. "Raccourcir massivement les rotations ferait chuter les tarifs de manière spectaculaire."
Pour les importateurs européens, cela signifie que les avantages du retour à Suez ne se feront pas sentir d’un seul coup. La remise en service de quelques lignes pourra offrir des trajets plus courts sur certaines routes, mais les temps de transit habituels sur l’ensemble du réseau ne reviendront pas immédiatement.
Une route essentielle pour l’Égypte et l’Europe
Le canal de Suez offre la liaison maritime la plus courte entre l’Asie et l’Europe, évitant le long détour par le cap de Bonne-Espérance.
Ces détours ont rallongé la durée des voyages et accru les coûts en carburant, tout en privant l’Égypte d’une importante source de devises.
L’Autorité du canal de Suez a à plusieurs reprises tenté d’inciter les compagnies maritimes à revenir. En juin, son président, l’amiral Osama Rabie, a indiqué que des temps de transit plus courts et des économies d’exploitation contribuaient à attirer de nouveau certains des plus grands porte-conteneurs du monde vers le canal.
Il s’exprimait alors que le CMA CGM Vendôme, d’une capacité de 24 000 conteneurs de vingt pieds, empruntait le canal de Suez sur un service entre l’Asie et l’Europe du Nord-Ouest.
Ce voyage a marqué la première traversée de Suez vers le sud par le service FAL 3 depuis janvier. Selon l’Autorité, les navires exploités par le français CMA CGM ont effectué 104 traversées du canal entre janvier et mai, pour un tonnage total de 12,5 millions de tonnes.
Le retour de plusieurs services constitue un premier signe de reprise du trafic à Suez, mais Hapag-Lloyd comme Drewry soulignent que l’AE19 ne marque pas encore un retour plus large.