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Etés caniculaires en Europe : la facture cachée pour les budgets nationaux

Photo d'archive. De la fumée s'élève de la tourbe dans un paysage ravagé par les incendies de forêt à Waimes, Belgique, le 21 août 2026.
ARCHIVES. De la fumée s'élève des tourbières dans un paysage ravagé par les incendies de forêt à Waimes, en Belgique, le 21 août 2026 Tous droits réservés  Photo AP/Valentin Bianchi
Tous droits réservés Photo AP/Valentin Bianchi
Par Quirino Mealha
Publié le
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Nouvel été de chaleur record, sécheresse et incendies: la facture des États européens arrive plus tard en aide d'urgence, indemnisations et inflation alimentaire.

Le véritable coût de la vague de chaleur et de la sécheresse qui frappent l’Europe, ainsi que des incendies qui en découlent, n’apparaît dans les comptes publics que des mois plus tard.

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Une fois les feux éteints et les cours d’eau regarnis, les ministères des finances doivent indemniser les agriculteurs, reconstruire routes et voies ferrées, soutenir les services de santé et absorber le manque à gagner d’une économie ralentie.

Cette charge dépasse désormais les réserves que les États ont constituées pour y faire face, et la pression est particulièrement forte cette année.

À la fin juillet, la moitié de l’UE et du Royaume-Uni était en situation de sécheresse, dont 9 % au stade d’"alerte" le plus extrême, selon l’Observatoire européen de la sécheresse de Copernicus, tandis que la Loire, le Pô, le Rhin et le Danube ont atteint des niveaux historiquement bas en août.

Les incendies de forêt avaient déjà ravagé plus de 505 000 hectares début août, d’après le Centre commun de recherche de la Commission européenne, dépassant le niveau atteint à la même période en 2025, l’année la plus catastrophique jamais enregistrée.

Entre 1980 et 2024, les phénomènes météorologiques extrêmes ont provoqué 822 milliards d’euros de pertes directes dans l’UE, dont un quart sur les seules quatre dernières années, selon l’Agence européenne pour l’environnement (AEE).

Interrogée par Euronews pour savoir si cette concentration marquait une véritable rupture avec le passé, l’agence a été catégorique. "C’est un changement d’échelle", a-t-elle indiqué, en précisant qu’elle lisse des chiffres annuels très volatils au moyen d’une moyenne mobile sur 30 ans afin d’isoler la tendance.

"Les données européennes sur les pertes économiques font apparaître une hausse de 3,4 % par an et nous constatons une accélération de cette évolution. Les premières estimations pour 2025 indiquent que la tendance va encore s’accélérer."

Seul environ un cinquième de ces pertes était assuré, et pour les sécheresses, vagues de chaleur et incendies de forêt, la couverture s’effondre à 10 % ou 11 %.

La raison, a expliqué l’AEE à Euronews, est que ces risques "renvoient principalement à des pertes indirectes, telles que la baisse des rendements agricoles, les pertes de vies humaines, la dégradation des écosystèmes, les heures de travail perdues... et qu’il est souvent difficile de les évaluer".

"L’écart de protection assuré se creuse, ce qui signifie que la hausse des pertes totales n’est pas compensée par davantage d’assurance", a ajouté l’AEE.

Ce sont donc les pouvoirs publics qui se retrouvent assureur en dernier ressort. Or seuls quatre États membres de l’UE, l’Autriche, la France, la Hongrie et l’Italie, disposent de fonds dédiés aux catastrophes, tandis que les autres s’en remettent à des réaffectations ad hoc, débloquées lentement.

Pour ne rien arranger, les financements européens offrent un amortisseur limité. Le groupe de réflexion économique bruxellois Bruegel estime que les fonds européens pour les catastrophes sur la période 2028-2034 avoisineront 5 milliards d’euros, soit à peine 10 % à 15 % des dégâts causés par les inondations de 2021 en Europe occidentale.

Les États sous-estiment la facture

La France a avancé l’estimation la plus élevée. À l’ouverture d’une réunion de crise sur la sécheresse le 12 août, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut a évalué le coût des vagues de chaleur de cet été entre 10 et 15 milliards d’euros de coûts directs et indirects, soit entre 0,3 % et 0,5 % du PIB, à comparer à une prévision de croissance limitée à 0,7 %.

Cette estimation a toutefois été aussitôt contestée.

L’Institut national de la statistique (Insee), auquel ce chiffre avait été attribué dans un premier temps, a démenti avoir réalisé une telle projection. Le ministère a ensuite précisé qu’il s’agissait de sa propre extrapolation, à partir de données de l’Insee des années précédentes, et Monique Barbut a reconnu que ces chiffres devaient être maniés avec prudence.

En Espagne, environ 172 400 hectares avaient brûlé à la fin juillet, soit à peu près la moitié du total de l’an dernier. En appliquant les coûts à l’hectare utilisés par l’agence forestière de Navarre et l’association professionnelle Asemfo, la seule lutte contre les incendies représente entre 1,7 et 3,3 milliards d’euros, avant les travaux de restauration, qui coûtent généralement plus cher que l’extinction des feux, selon les ingénieurs forestiers.

ARCHIVES. Un pompier éloigne des ruches des flammes lors de la lutte contre un incendie de forêt à San Martín de Valdeiglesias, à l’ouest de Madrid, Espagne, le 26 juillet 2026
ARCHIVES. Un pompier éloigne des ruches des flammes lors de la lutte contre un incendie de forêt à San Martín de Valdeiglesias, à l’ouest de Madrid, Espagne, le 26 juillet 2026 AP Photo/Manu Fernandez

Bruxelles a approuvé le mois dernier 120,55 millions d’euros d’aide d’urgence pour l’Espagne, qui ne couvrent que les dégâts de l’été précédent.

Le cas du Portugal illustre un problème plus profond : l’absence de calculs adaptés des coûts réels des incendies de forêt.

Son autorité de protection civile a reconnu publiquement qu’il "n’est pas possible de déterminer, de manière rigoureuse, le coût total d’un événement spécifique" car les données financières et opérationnelles sont stockées dans des systèmes distincts.

Une commission indépendante chargée d’enquêter sur les incendies d’août 2025 a reçu un chiffre global d’environ 18,8 millions d’euros, impossible à ventiler par incendie. La Cour des comptes nationale avait déjà signalé cette lacune en 2021.

Pour saisir correctement les coûts indirects, a indiqué l’AEE à Euronews, il faudrait croiser les données sur les événements avec "les données relatives au travail, à la santé, aux transports, à l’énergie, à l’agriculture et à la macroéconomie fournies par les organisations sectorielles".

Des recettes qui ne rentrent jamais

Les dépenses ne représentent que la moitié de l’équation.

Dans son analyse des données disponibles, Bruegel constate que les économies restent plus petites plusieurs années après, avec un PIB inférieur de 1,5 % deux ans après une vague de chaleur et de 3 % quatre ans après une sécheresse. La seule sécheresse de 2022 a réduit la croissance du PIB par habitant de l’UE de 1,35 %, soit une perte de 203 milliards d’euros.

Pour cet été, la Triodos Bank estime que le coût des épisodes de chaleur extrême pour les économies européennes avoisine 180 milliards d’euros, soit environ 1 % de la production.

Pourtant, le choc immédiat peut sembler étonnamment modéré.

Oxford Economics calcule que le niveau historiquement bas du Rhin pourrait retrancher 0,2 % à la croissance allemande du troisième trimestre, sans provoquer pour autant un effondrement généralisé.

"Il s’agit plutôt de compensations ailleurs dans l’économie", explique à Euronews Tomas Dvorak, économiste senior chez Oxford Economics, en citant l’industrie de défense, le matériel de transport, le commerce de détail et les services aux consommateurs.

Les arrêts de production estivaux réduisent également le taux d’utilisation des capacités. "Le Rhin est une grande artère de transport et de logistique, mais, au final, il ne concerne qu’une petite partie de l’économie", poursuit Dvorak.

ARCHIVES. Un cargo navigue sur le Rhin le long de bancs de sable lors de niveaux d’eau bas provoqués par une vague de chaleur et une sécheresse prolongée à Duisbourg, Allemagne, le 11 août 2026
ARCHIVES. Un cargo navigue sur le Rhin le long de bancs de sable lors de niveaux d’eau bas provoqués par une vague de chaleur et une sécheresse prolongée à Duisbourg, Allemagne, le 11 août 2026 AP Photo/Martin Meissner

C’est dans l’alimentation que les dégâts se manifestent, progressivement.

La Commission européenne a réduit de 5 % sa prévision de production d’huile d’olive dans l’UE, sous l’effet d’une chute de 18 % en Grèce, tandis que l’Espagne prévoit que sa récolte de céréales passera de 24 millions de tonnes à un peu plus de 18,5 millions. Oxford Economics anticipe que la chaleur et la sécheresse ajouteront jusqu’à 1 % à l’inflation alimentaire de la zone euro l’an prochain.

"C’est tout simplement ainsi que se forment les prix alimentaires", explique Dvorak à Euronews. "Ils suivent une sorte de cascade, des matières premières à l’agriculture, à la transformation, puis au commerce de détail. Chaque étape met généralement un à deux mois à se répercuter", ajoute-t-il.

Les prévisionnistes ne considèrent plus ces étés comme des anomalies. Oxford Economics intègre déjà ces coûts dans son scénario de base, avec une inflation alimentaire à moyen terme attendue autour de 2,5 % en moyenne.

Le danger, c’est aussi que ces tensions se cumulent.

Bruegel décrit un "climate sovereign doom loop", une spirale où les pertes liées aux catastrophes pèsent sur la croissance et les recettes fiscales, creusant les déficits et renchérissant le coût de l’emprunt, ce qui laisse moins de marge pour les dépenses de prévention qui permettraient de limiter la prochaine catastrophe.

La BCE estime qu’une sécheresse censée ne se produire qu’une fois tous les 25 ans mettrait près de 15 % de la production de la zone euro en péril.

Pourtant, les dépenses d’adaptation de l’UE tournent autour de 29 milliards d’euros par an, pour des besoins estimés entre 35 et 500 milliards, alors même que l’ONU évalue à jusqu’à dix euros les pertes évitées pour chaque euro investi.

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