Après une production chaotique, le scénariste original de Scream Kevin Williamson et l’icône de la saga Neve Campbell sont de retour… pour le meilleur et pour le pire.
CETTE CRITIQUE NE CONTIENT AUCUN SPOILER
Trente ans après la sortie de Scream en salles, qui avait redonné un nouveau souffle au slasher et revigoré le paysage de l’horreur moderne, voici le septième volet d’une saga qui montrait jusque-là de sérieux signes d’essoufflement.
Le cauchemar a commencé tôt pour cet épisode, le développement de Scream 7 ayant été plombé par les polémiques.
Suite au succès commercial de Scream VI, un opus follement inégal marqué par l’absence de la Scream Queen Neve Campbell, ce septième Scream a accumulé des départs de réalisateurs, des évictions controversées au sein du casting et un backlash en ligne persistant, au point que certains fans ont juré de boycotter la franchise et que des manifestations ont éclaté devant l’avant-première de Los Angeles.
Ce genre de perturbations annonce généralement la catastrophe, surtout si l’on y ajoute des réécritures de scénario qui envoient balader l’arc de sororité instauré par l'étrangement nommé Scream (2022) et par Scream VI.
Pourtant, avec le retour à la fois de Neve Campbell et de Kevin Williamson, scénariste du Scream originel qui non seulement coécrit ici mais passe aussi derrière la caméra, on pouvait espérer que tout n’était pas perdu pour cette franchise ô combien influente...
Scream 7 recentre son récit sur Sidney Prescott (Neve Campbell), désormais Sidney Evans depuis qu’elle a épousé le flic Mark (Joel McHale). Elle tient un charmant café dans la petite ville de Pine Grove et entretient une relation houleuse avec sa fille adolescente Tatum (Isabel May), parce qu’elle refuse de se confier sur son passé.
Lorsque notre Final Girl de retour reçoit un coup de fil menaçant, elle l’écarte d’abord comme une nouvelle blague. Mais le tueur ne se cache plus : son interlocuteur prétend être Stu Macher ressuscité (Matthew Lillard), l’un des deux meurtriers du Scream original.
Stu aurait-il survécu à cette télé écrasée en pleine figure en 1996, ou bien quelqu’un s’amuse-t‑il avec l’IA, ce redoutable déclencheur d’angoisse contemporain ?
On inspire un grand coup.
Si Scream disséquait les slashers en s’articulant autour des traumatismes intergénérationnels et de la désensibilisation à la violence ; si Scream 2 critiquait les suites et s’interrogeait sur l’impact du cinéma sur la violence réelle ; si Scream 3 tournait en dérision les trilogies en se concentrant sur la toxicité au cœur d’Hollywood ; si Scre4m déconstruisait les remakes pour aboutir à une réflexion sur l’empowerment et la compétition victimaire dans un paysage de réseaux sociaux nourri par l’illusion et le sentiment de toute-puissance ; si Scream (alias : Scream 5) proposait un commentaire méta sur les suites héritées et le fandom toxique ; si Scream VI s’attaquait aux franchises et à la façon dont les théories du complot en ligne mènent au blâme des victimes ; alors Scream 7 parle avant tout de nostalgie et d’acceptation ultime de blessures transmises de génération en génération.
La boucle est bouclée, non seulement sur le plan thématique mais aussi narratif, puisque la fille de Sidney a le même âge que sa mère lorsque les meurtres ont commencé. Et quand on sait que la maternité a toujours été l’un des fils rouges de la saga, la boucle rétroactive de la tragédie héritée poursuit son cycle douloureux dans ce retour à l’essentiel.
Le hic, c’est que Williamson prend un peu trop au pied de la lettre la partie "basique".
À son crédit, Scream 7 installe progressivement tension et rythme dans ses deux premiers actes, qui alignent quelques mises à mort bien craspec (les plus graphiques de toute la série) et beaucoup de scènes de bravoure inventives. Parmi les plus réussies, une éviscération en suspension sur scène digne d’Argento et une mort grand-guignolesque par tireuse à bière.
En outre, en se débarrassant des "règles" de plus en plus usées, du bavardage méta sans fin et de la mythologie pesante qui plombaient Scream VI (déjà épinglés douze ans plus tôt dans Scre4m, quand un personnage pestait contre tout ce "méta postmoderne de merde" en regardant (ironie du sort) le film-dans-le-film Stab 7 ) le film se réduit à un slasher épuré qui s’attaque avec efficacité à l’une des théories de fans les plus tenaces de la franchise. Stu est vivant ! Ou pas ? Ce faisant, Scream 7 réfléchit à la manière dont le passé continue de résonner dans le présent et réclame des comptes.
Mais malgré ces promesses, le principal problème de Scream 7, c’est qu’il se plante à l’atterrissage.
Les spectateurs indulgents pourront passer outre un humour autoconscient qui se limite ici à quelques piques ironiques sur l’histoire récente de la saga, avec plusieurs allusions au fait que Sidney n’apparaissait pas dans Scream VI, mais on ne peut pas pardonner son troisième acte.
Certains personnages (Gale de Courtney Cox et ses deux acolytes Chad et Mindy, les revenants Mason Gooding et Jasmin Savoy Brown) sont relégués au second plan et, plus grave encore, la révélation de Ghostface devient le démasquage le plus décevant de toute la franchise.
Alors qu’une grande partie de l’attrait de Scream réside dans le jeu qui consiste à deviner qui se cache derrière le masque de Ghostface, la révélation finale doit être l’aboutissement jubilatoire d’un carnage façon Poirot, pas un Scooby-Doo crétin et mal ficelé. Et si, au moment où le masque tombe, la réaction est "Attends, c’est qui déjà, toi ?", c’est qu’il y a un sérieux problème.
Pire, les motivations du / des antagoniste(s) sont totalement brouillonnes. Le mobile compte, et si la promo fanfaronne en annonçant "Tout menait à ça", la dernière chose que l’on souhaite, c’est un haussement d’épaules quand le "pourquoi" derrière le whoslashedit est enfin dévoilé. C’est une occasion manquée, d’autant que l’héroïne originelle est de retour dans le giron ; et même si les retcons ne sont jamais une bonne idée, il aurait fallu quelque chose de plus subversif et percutant pour que la conclusion fonctionne.
On en vient presque à regretter que la fausse piste en deepfake ne soit pas moins... fausse.
Au final, une fois les coups de couteau portés, Scream 7 paraît moins foutraque que son histoire de production chaotique en coulisses ne le laissait présager. Contre toute attente, le positif l’emporte globalement sur le négatif. Neve Campbell est excellente, et la manière dont elle ancre la relation mère-fille du film garantit que la satire de l’obsession du cinéma pour l’exploitation nostalgique garde un socle émotionnel solide.
Cela dit, ses performances impressionnantes ne suffisent pas à empêcher Scream 7 d’être un opus de milieu de classement. Pas aussi raté que Scream 3 ni aussi bourratif que Scream VI, mais loin des sommets que sont le Scream de 1996 et son ingénieuse suite Scream 2. Le dernier acte laissera même les Screamers les plus acharnés sur leur faim, et si un huitième chapitre est lancé, il lui faudra un scénario autrement plus affûté... Faute de quoi la franchise risque de se fossiliser complètement en ce qu’elle s’amusait autrefois à disséquer avec tant de jubilation. Auquel cas, les marathons Scream dignes de ce nom devront sans doute se limiter à la période 1996 – 2022.
Scream 7 est actuellement en salles.