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Croissance liée à la hausse des émissions depuis des décennies, désormais l’inverse se produit

Cette photo d’archives du 18 novembre 2008 montre la centrale électrique au charbon de Colstrip, dans le sud-est du Montana.
Cette photo d’archives prise le 18 novembre 2008 montre la centrale électrique au charbon de Colstrip, dans le sud-est du Montana. Tous droits réservés  AP Photo.
Tous droits réservés AP Photo.
Par Liam Gilliver
Publié le
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Dix ans après l’Accord de Paris, le lien entre la croissance du PIB et la hausse des émissions commence à se rompre, amorçant un découplage.

Un nombre croissant de pays réduisent drastiquement leurs émissions de CO2 tout en maintenant la croissance de leur économie, battant en brèche des décennies d’idées reçues selon lesquelles l’action climatique freine la croissance.

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Un nouveau rapport de l’ Energy and Climate Intelligence Unit(ECIU) a analysé 113 pays, représentant plus de 97 % du PIB mondial et 93 % des émissions mondiales.

En s’appuyant sur les données 2025 du Budget carbone mondial et sur un système de classification plus détaillé que lors des études précédentes, les chercheurs constatent qu’un « changement frappant » s’opère en profondeur : le découplage devient « la norme, et non l’exception ».

Qu’est-ce que le découplage ?

Le découplage des émissions désigne la capacité d’une économie à croître sans accroître ses émissions de carbone. Il se décline en trois catégories.

Le découplage absolu, que les chercheurs décrivent comme l’issue optimale, correspond à une baisse des émissions concomitante à une croissance économique positive. Le découplage relatif survient lorsque les émissions augmentent, mais plus lentement que le PIB.

À l’autre extrémité du spectre figure le recouplage absolu, où les émissions augmentent tandis que le PIB recule. Le rapport estime que ce cas est rare, mais qu’il peut apparaître lors de « périodes de fortes tensions économiques », comme pendant la pandémie de COVID-19.

Si le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) juge « controversée » la possibilité d’atteindre un découplage absolu à l’échelle mondiale, rompre le lien entre PIB et CO2 est essentiel pour atteindre les objectifs climatiques tels que définis par l’Accord de Paris.

Le rapport reconnaît que l’usage du découplage comme indicateur des progrès de l’action climatique comporte des limites.

Des analyses antérieures ont mis en évidence des cas de découplage temporaires ou sensibles à la façon dont les émissions sont mesurées, selon qu’elles le sont sur une base territoriale (émissions produites à l’intérieur des frontières d’un pays) ou sur une base de consommation, qui tient aussi compte des émissions liées aux biens importés.

Quel est l’impact de la baisse des émissions sur la croissance économique ?

Le rapport constate un découplage « généralisé » en Europe, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Afrique, beaucoup d’économies émergentes opérant des « retournements significatifs » – passant d’une situation où les émissions augmentaient plus vite que leur PIB à un découplage absolu.

Désormais, 92 % du PIB mondial et 89 % des émissions mondiales se trouvent dans des économies ayant connu un découplage relatif ou absolu. C’est en hausse par rapport aux 77 % observés pour chacune de ces parts durant la décennie précédant l’Accord de Paris (2006 à 2015).

Entre 2015 et 2023, des pays représentant près de la moitié (46 %) du PIB mondial ont connu un découplage absolu, faisant croître leur économie tout en réduisant leurs émissions. Cela représente une hausse de 38 % par rapport à la période antérieure à l’Accord de Paris.

Les chercheurs ont classé chaque pays dans l’une de trois catégories : les « pays à découplage constant », qui ont absolument découplé sur les périodes 2006-2015 et 2015-2023, et les « pays en progrès », qui n’avaient pas absolument découplé avant l’Accord de Paris mais l’ont fait en 2015-2023.

Les « retours en arrière » désignaient les pays qui avaient absolument découplé de 2006 à 2015, mais ne l’ont plus fait sur la période 2015-2023.

Quelle est la situation en Europe ?

La majorité des pays européens ont été classés parmi les pays à découplage constant, notamment l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la Tchéquie, l’Allemagne, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la France, le Royaume-Uni, la Hongrie, l’Irlande, les Pays-Bas, la Norvège, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Suède.

Ces résultats s’appuient sur des émissions calculées sur la base de la consommation afin de répondre aux inquiétudes selon lesquelles les économies avancées « délocalisent » leurs émissions en externalisant des productions intensives en carbone vers des pays en développement.

La Biélorussie, la Suisse, la Grèce, l’Italie et le Portugal ont été classés parmi les pays en progrès, tandis que la Lituanie, la Lettonie et la Slovénie ont été inscrites parmi les retours en arrière.

Certaines des plus fortes réductions proportionnelles d’émissions ont été enregistrées en Europe occidentale, notamment en Norvège, en Suisse et au Royaume-Uni.

« Le découplage est désormais la norme »

« On nous dit parfois que le monde ne peut pas réduire ses émissions sans réduire sa croissance », explique John Lang, l’un des auteurs du rapport et responsable du Net Zero Tracker à l’ECIU.

« C’est l’inverse qui se produit. Le découplage est désormais la norme, et non l’exception, et la part de l’économie mondiale qui découple ses émissions de façon absolue augmente régulièrement. »

Lang reconnaît que les émissions mondiales de CO2 continuent d’augmenter, quoique à un rythme bien plus lent qu’il y a dix ans. Il estime toutefois que le « changement structurel est indéniable ».

Gareth Redmond-King, de l’ECIU, a également salué ces conclusions, qualifiant d’inarrêtable l’élan créé par l’Accord de Paris.

« Dans le monde, les emplois dans les énergies propres sont plus nombreux que dans les énergies fossiles ; chez nous, les industries du net zéro progressent trois fois plus vite que l’économie dans son ensemble », ajoute-t-il.

Alors que la menace du changement climatique s’accélère, Redmond-King avertit que la neutralité carbone reste la « seule solution pour enrayer des impacts toujours plus coûteux et dangereux ».

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