Derrière l'euphorie d'un grand match se cache un risque bien réel pour certains supporters. Les cardiologues alertent sur les effets du stress intense, surtout lorsqu'il s'accompagne d'alcool, d'excès alimentaires ou d'un manque de sommeil.
Alors que l'Espagne dispute dimanche la finale de Coupe du monde, des millions de supporters vivront le match le cœur battant. Une intensité émotionnelle qui n'est pas sans risque pour certaines personnes, préviennent les cardiologues.
Plusieurs études scientifiques révèlent que les matchs à très forte charge émotionnelle augmentent le risque d'infarctus, d'arythmies et d'autres accidents cardiovasculaires chez les personnes souffrant déjà d'une maladie cardiaque ou présentant des facteurs de risque.
Une étude publiée après la Coupe du monde 2006 en Allemagne dans The New England Journal of Medicine, a montré que les urgences cardiovasculaires avaient été 2,7 fois plus nombreuses lors des matchs de la sélection allemande.
Près de vingt ans plus tard, une étude de l'université de Bielefeld, publiée cette année dans Scientific Reports, confirme ces conclusions. Même installé dans son canapé, un supporter voit sa fréquence cardiaque et son niveau de stress grimper au rythme des actions sur le terrain.
Quand le corps vit le match comme une menace
Pour le cardiologue espagnol José Abellán, le cerveau ne fait guère de différence entre une finale de Coupe du monde et une situation de danger.
"C'est une situation à la fois exaltante et stressante. Il y a une libération d'hormones qui nous stimulent, des hormones du stress ; des pics de cortisol et de catécholamines sont libérés... et cela nous place dans une situation de stress", explique-t-il.
Cette décharge hormonale entraîne une hausse de la pression artérielle, accélère le rythme cardiaque et favorise la coagulation du sang. Chez une personne en bonne santé, ces réactions restent généralement sans conséquence. En revanche, elles peuvent suffire à déclencher un accident cardiovasculaire chez un patient dont le cœur est déjà fragilisé.
"Si ma santé cardiovasculaire est optimale ou bonne, il ne m'arrivera rien. En revanche, il ne fait aucun doute qu'un événement stressant peut devenir un facteur déclenchant chez une personne dont la santé cardiovasculaire est déjà compromise", souligne le spécialiste.
Les personnes les plus exposées
Le risque est plus élevé pour les personnes ayant déjà subi un infarctus, porteuses de stents, souffrant d'hypertension, de diabète, d'un excès de cholestérol ou présentant des antécédents d'arythmie.
José Abellán précise que le danger ne vient pas uniquement des émotions suscitées par le match.
"Ce qu'il faut surveiller, c'est tout ce qui entoure le match. Ce sont des jours de liesse nationale où le match est souvent accompagné de repas trop copieux, de malbouffe, d'alcool, voire d'autres drogues", poursuit-il.
Le cardiologue rappelle notamment l'existence du syndrome "Holiday Heart", ou "syndrome du cœur en fête" en français : Il s'agit d'un trouble du rythme cardiaque, généralement une fibrillation auriculaire, provoqué par une consommation excessive d'alcool. Fréquent lors des célébrations ou des grands événements sportifs, ce phénomène peut être favorisé par le stress d'une finale, en particulier chez les personnes déjà vulnérables.
Les symptômes à ne jamais banaliser
Avoir le cœur qui bat plus vite pendant un match décisif est parfaitement normal. En revanche, une douleur oppressante dans la poitrine, un essoufflement brutal ou des palpitations qui persistent une fois l'émotion passée ne doivent jamais être attribués au simple stress.
"Le symptôme le plus préoccupant est la douleur thoracique oppressante. Si vous ressentez soudain une forte pression dans la poitrine irradiant vers l'épaule, le cou ou le dos, accompagnée de sueurs, ce n'est pas de la nervosité", avertit José Abellán.
Vibrer pour l'Espagne… avec modération
Le football, à lui seul, ne provoque pas un infarctus. Le véritable danger apparaît lorsque l'émotion intense se combine à une maladie cardiovasculaire préexistante et à d'autres facteurs aggravants, comme l'alcool, le tabac, un repas trop riche ou le manque de sommeil.
Le conseil de José Abellán est simple. Vivre le match pour ce qu'il est : un spectacle sportif.
"Il faut comprendre que c'est du sport, une compétition... le regarder dans le calme, en famille ou entre amis. Et consommer la nourriture, l'alcool, tout cela, avec modération", conclut-il.