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"Confisquer des actifs souverains" est problématique pour reconstruire l'Ukraine

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Par Stefan Grobe  & Euronews
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Le Premier ministre ukrainien présent à la conférence de Lugano sur la reconstruction de l'Ukraine
Le Premier ministre ukrainien présent à la conférence de Lugano sur la reconstruction de l'Ukraine   -   Tous droits réservés  Alessandro della Valle/AP

Une partie de la communauté internationale souhaite déjà préparer la reconstruction de l’Ukraine. Les soutiens et les partenaires de Kyiv se sont retrouvés à Lugano en Suisse pour adopter une série de principes pour aider le pays après la guerre. Ils ont notamment évoqué la nécessité de profondes réformes pour accélérer la transparence et éradiquer la corruption.

A cette occasion l’Ukraine a répété son souhait d’utiliser les actifs confisqués de la Russie afin de financer la reconstruction. Mais tous les participants n’adhèrent pas à ce principe. Ces voix réticentes soulignent que la protection du droit de la propriété est fondamentale dans une démocratie.

Euronews a interrogé Jacob Kirkegaard, chercheur à l'Institut Peterson et au German Marshall Fund, sur la réalisation de cette mesure.

Euronews :

Quelle est la raison d'être de cette conférence sur la reconstruction alors que la guerre fait toujours rage ?

Jacob Kirkegaard :

Tout d'abord il y a certainement un désir très clair des Ukrainiens d'obtenir des engagements financiers fermes des économies occidentales afin d'obtenir un soutien le plus tôt possible. Et puis il y a aussi, je pense, parmi les donateurs potentiels un jeu de positionnement, comme les Suisses qui ont estimé qu'ils devaient être en pointe pour afficher leur soutien à l'Ukraine en tant que co-organisateur. La Commission européenne était largement présente à la conférence ainsi que certaines institutions financières. D'autres membres du G7, y compris les Etats-Unis par exemple, n'étaient pas beaucoup représentés, voire pas du tout.

Euronews :

L'Ukraine veut utiliser les actifs russes confisqués pour financer l'essentiel de la reconstruction. Mais de nombreux donateurs et partenaires internationaux sont réticents pour des raisons juridiques. Qu'en pensez-vous ?

Jacob Kirkegaard :

Selon moi, le seuil légal pour non seulement geler mais aussi confisquer des actifs souverains est potentiellement problématique. Vous savez, rien de cela ne pourra se produire tant qu'il n'y aura pas de véritable traité de paix entre la Russie et l'Ukraine. Et dans ce cas de figure, je peux facilement imaginer que le gouvernement russe, dans le cadre d'un accord, s'engage volontairement, si vous voulez, à contribuer à un certain montant de ces actifs gelés, en partie parce que ce ne serait pas explicitement des réparations de guerre. Et d'une certaine manière, l'argent est de toute façon perdu pour la Russie. Si cela se produit, je pense que les avoirs gelés joueront également un rôle, avec la bénédiction de la Russie, dans l'effort de reconstruction.

Euronews :

Que doit-il se passer pour que la reconstruction de l'Ukraine ne soit pas entachée de corruption ?

Jacob Kirkegaard :

Tout d'abord il faut une transparence totale sur la destination de l'argent et cela nécessitera clairement beaucoup d'effort de la part du gouvernement ukrainien. Mais peut-être tout aussi important il faut ancrer fermement les priorités de reconstruction dans les différentes régions ukrainiennes auprès des gouvernements locaux et des populations locales. Ce n'est pas quelque chose pour laquelle l'Ukraine est traditionnellement connue. Cela ne peut pas être un diktat du haut vers le bas de la part de Kyiv, cela ne marchera pas.