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Discours sur l’état de l’Union : réalisations et annonces attendues

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Par Alice Tidey  & Euronews
La présidente de la Commission européenne doit présenter son discours sur l'état de l'Union mercredi 14 septembre
La présidente de la Commission européenne doit présenter son discours sur l'état de l'Union mercredi 14 septembre   -   Tous droits réservés  AP Photo - Virginia Mayo

Lorsque Ursula von der Leyen s'installera mercredi derrière le pupitre de l'hémicycle de Strasbourg pour prononcer son discours annuel sur l'état de l'Union, l'Europe sera très différente de ce qu'elle était il y a un an.

À l'époque, le taux de vaccination contre le covid-19 était plus élevé dans l'Union européenne qu'au Royaume-Uni ou aux États-Unis, et l'économie sortait de sa stupeur provoquée par la pandémie. L'incertitude semblait se dissiper et la présidente de la Commission a dûment informé les parlementaires que son institution s'efforcerait de la dissiper encore davantage en proposant une législation dans cinq domaines clés.

Il s'agissait notamment d'intensifier les dons de vaccins covid-19 dans le monde et de renforcer la réponse de l'Union aux futures crises sanitaires, de garantir le respect de l'État de droit dans l'UE, d'intensifier les efforts de lutte contre le changement climatique, d'élaborer une stratégie de défense commune et de mettre en place une approche plus coordonnée de la migration.

Cinq mois à peine après son discours d'ouverture, la Russie a lancé une guerre contre l'Ukraine, plongeant une fois de plus l'Europe dans l'incertitude et obligeant les États membres à faire face à une série de crises concernant : l'énergie, le coût de la vie et les réfugiés.

Qu'a fait la Commission au cours de l'année écoulée ?

"La Commission peut avoir ses projets, mais elle doit bien sûr répondre à la réalité. Et la réalité a été très dynamique ces 12 derniers mois", déclare Pawel Zerka, chargé de mission au Conseil européen des relations étrangères (ECFR), un groupe de réflexion.

"Je ne sais donc pas si nous pouvons évaluer la Commission en regardant simplement si elle a accompli les plans qu'elle s'était fixée il y a 12 mois", ajoute-t-il.

Mais les experts affirment que la Commission a réussi à réaliser bon nombre de ses promesses du dernier discours.

"Je pense que le Covid-19 va être considéré comme l'une des principales réussites de l'Union européenne dans les années à venir", estime Camino Mortera-Martinez, responsable du bureau bruxellois du Centre for European Reform (CER), un autre groupe de réflexion.

La Commission a commandé des doses supplémentaires de vaccins pour faire face à de nouvelles vagues. Elle a également approuvé les plans de relance de 26 États membres dans le cadre de son programme phare "NextGenerationEU", qui vise à rendre l'Union plus verte, plus numérique et plus résiliente grâce à une enveloppe de 806,9 milliards d'euros.

En ce qui concerne l'État de droit, elle a mis en place et déclenché un nouveau mécanisme qui ouvre la voie à des sanctions financières à l'encontre des États membres considérés comme allant à l'encontre des valeurs fondamentales de l'UE.

Dans le domaine de la défense et de la politique étrangère, l'Union européenne a adopté en mars sa boussole stratégique qui définit une vision commune des alliés et des adversaires de l'Union. Cette stratégie prévoit la création d'une force de déploiement rapide commune de 5 000 hommes.

Les événements dramatiques survenus en Ukraine ont incité la Commission à proposer la mise en place d'une plate-forme commune d'acquisition d'armes pour répondre aux besoins militaires les plus urgents des États membres qui font don de leurs stocks à Kyiv. L'objectif est de soutenir la recherche et le développement nationaux dans ce secteur hautement stratégique.

La Commission a-t-elle connu des échecs ?

Le bulletin de la Commission sur le changement climatique est un peu plus nuancé. "La guerre a été un défi pour l'ambitieux programme climatique de l'Europe", fait valoir Pawel Zerka.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a accéléré la crise énergétique. Moscou a progressivement réduit ses approvisionnements en gaz au cours des derniers mois pour riposter aux sanctions de l'UE.

Face à la perspective d'une possible pénurie d'électricité cet hiver, et face à la crainte des ménages et des entreprises de voir leur facture énergétique les faire basculer dans la pauvreté, certains États membres ont redémarré des centrales au charbon.

"Bruxelles n'a pas perdu le cap à cause de cela, mais je ne sais pas si l'UE parviendra à garder ses ambitions dans un contexte aussi difficile, alors que les Européens ne peuvent plus compter sur le gaz naturel de la Russie", souligne Pawel Zerka.

Les autres dossiers mis de côté

Les États membres du sud gèrent la majeure partie des arrivées illégales de migrants et les projets visant à renforcer la solidarité européenne et à instaurer des quotas obligatoires avancent lentement. Les pays de l'est sont farouchement opposés à cette idée.

Le souhait de réformer les règles budgétaires de l'UE pour donner aux États membres une plus grande marge de manœuvre afin de faire face aux crises a également rencontré des difficultés.

Selon Camino Mortera-Martinez, il est compréhensible que la Commission n'ait pas réussi à mener à bien cette question.

"Personne ne s'attendait à avoir une inflation aussi élevée que celle que nous avons en ce moment. Les outils pour y faire face ne sont donc pas l'expansion budgétaire, pour des raisons évidentes. Donc, à cet égard, la Commission a manqué son coup, mais je pense qu'elle devait le faire", juge-t-elle.

Et l'Ukraine ?

L'UE a réagi à la guerre de la Russie en Ukraine par une série de sanctions visant l'économie russe et sa capacité à s'approvisionner en produits technologiques essentiels à l'étranger.

Parallèlement, elle a annoncé des mesures de soutien à l'économie ukrainienne et a fourni une aide humanitaire. Elle a également apporté un soutien politique au statut de candidat à l'Ukraine et à la Moldavie.

"La Commission et Ursula von der Leyen elle-même font partie des principaux gagnants de cette guerre jusqu'à présent", déclare Camino Mortera-Martinez.

Le statut de candidat en est un exemple. "On ne s'attendait pas à ce que Ursula von der Leyen distribue ce questionnaire (lors de sa visite à Kyiv en avril) et, ce faisant, elle a en quelque sorte forcé le Conseil à prendre une décision sur le statut de candidat, ce qu'il n'aurait pas forcément fait".

Ce qu'il faut attendre du discours de cette année

L'Ukraine, l'énergie et le coût de la vie devraient figurer en bonne place dans le discours de la présidente de la Commission, selon les experts.

Les sujets de l'élargissement de l'UE et de la communauté politique européenne - une entité parallèle permettant aux pays tiers d'avoir des liens plus étroits avec l'Union - devraient également être abordés.

Enfin, la géopolitique devrait être l'autre grand sujet. La présidente de la Commission s'est faite la championne d'une Union européenne plus puissante sur la scène mondiale et les événements de ces derniers mois n'ont fait que renforcer cette position.

Mais si les relations entre l'UE et la Russie sont au centre de l'attention, les deux experts s'attendent à ce que la Chine soit également mentionnée.

"Je pense que le prochain défi de l'Europe sera de se découpler de la Chine. Et cela va être une préoccupation majeure", selon l'experte du CER.

"Nous avons longtemps compté sur la Chine pour produire des produits bon marché pour nous. Mais maintenant, je pense qu'après ce qui s'est passé avec la Russie et la façon dont la Chine s'est comportée" sur de nombreux sujets, dont Taïwan, "cela va être la prochaine grande affaire".

"Je pense que cette année, avec de vrais défis sur la table, le discours sur l'état de l'Union contiendra de vrais éléments et de la substance", conclu Pawel Zerka.