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Certains pays européens ont présenté des excuses pour leur passé colonial. Est-ce suffisant ?

Un panneau est affiché lors d'une "visite décoloniale" à Paris de monuments liés à la traite des esclaves ou aux abus de l'ère coloniale
Un panneau est affiché lors d'une "visite décoloniale" à Paris de monuments liés à la traite des esclaves ou aux abus de l'ère coloniale Tous droits réservés AP Photo/Francois Mori
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Par Alice Tidey
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Les Pays-Bas ont présenté des excuses officielles et rejoignent le Danemark, la France et le Royaume-Uni. D’autres pays européens s’interrogent sur cette reconnaissance.

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Présenter des excuses pour le passé colonial et le rôle historique des pays européens dans la traite des esclaves constitue "un premier pas important" mais insuffisant explique Almaz Teffera, chercheuse sur le racisme en Europe pour Human Rights Watch. Il faut faire davantage pour guérir les blessures du passé, précise-t-elle.

Les Pays-Bas sont devenus lundi le dernier pays à présenter des excuses officielles.

Pour Almaz Teffera, cette annonce "ouvrira également la voie à la responsabilité des Pays-Bas" et permettra une certaine "guérison pour les descendants".

"On pourrait dire qu'à l'évidence, ces excuses arrivent 150 ans trop tard depuis l'abolition de l'esclavage, mais c'est néanmoins un signal que les choses vont changer et un changement qui devra maintenant se traduire par des actions", ajoute-t-elle.

Les Pays-Bas rejoignent ainsi le Danemark, la France, le Royaume-Uni et le Parlement européen qui ont présenté des excuses ou reconnu officiellement l'esclavage et la traite des esclaves comme des crimes contre l'humanité.

L'ancien pape Jean-Paul II a également demandé pardon pour le rôle de l'Église dans l'esclavage.

L'Allemagne, quant à elle, a présenté des excuses en 2021 pour son rôle dans le massacre des tribus Héréros et Namas en Namibie, le qualifiant de génocide. Mais selon Almaz Teffera, "la déclaration ne peut pas vraiment être considérée comme de véritables excuses car elle ne reconnaissait pas vraiment les torts commis par les Allemands, par l'Allemagne."

D'autres pays s’interrogent

Le roi Philippe de Belgique a exprimé ses "plus profonds regrets pour les blessures" infligées au pays par ses ancêtres lors d'une visite en juin en République démocratique du Congo, mais il n'a pas présenté d'excuses officielles.

Une commission parlementaire belge sur le passé colonial, mise en place en 2020 dans le sillage des manifestations de Black Lives Matter, a terminé ses travaux lundi, les législateurs ne sont pas parvenus à un consensus sur des "excuses" aux anciennes colonies.

La chercheuse de Human Rights Watch fait valoir que les excuses ne sont "pas la dernière étape vers une prise en compte de son passé esclavagiste et de l'impact qu'il a sur les descendants des personnes asservies aujourd'hui."

"Pour que des excuses aillent vraiment aussi loin qu'elles le devraient, il faut vraiment reconnaître que des crimes ont été commis pendant l'ère coloniale et s'engager véritablement aussi à réparer ces torts", dit-elle.

Les familles royales ont également leur rôle à jouer et devraient également présenter des excuses, estime Almaz Teffera.

"La royauté néerlandaise devrait également présenter des excuses puisqu'elle a également profité du commerce d'esclaves. L'argument selon lequel les excuses royales entraîneraient une polarisation de la société ou d'autres arguments à l'encontre de ces excuses ne tient pas la route", juge la chercheuse.

Les réparations financières aux pays anciennement colonisés et aux descendants des victimes de l'esclavage, ainsi qu'un compte rendu plus honnête du colonialisme dans les programmes scolaires pour mieux éduquer les générations futures, font partie des mesures nécessaires, selon Almaz Teffera.

Le plan d'action de l'UE contre le racisme, dévoilé en 2020 alors que les manifestations contre le racisme et les brutalités policières ont déferlé sur les États-Unis et l'Europe après la mort de George Floyd, est une mesure bienvenue, explique-t-elle.

Ce plan exige des pays de l'UE qu'ils adoptent des plans d'action nationaux tenant compte de leur passé colonial afin de mieux s'attaquer aux problèmes de racisme structurel.

Regardez notre entretien avec Almaz Teffera dans la vidéo ci-dessus.

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