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La querelle autour du parc de Doñana suscite des accusations entre conservateurs et socialistes

Les présidents des groupes PPE et S&D au Parlement européen, Manfred Weber et Iratxe García
Les présidents des groupes PPE et S&D au Parlement européen, Manfred Weber et Iratxe García Tous droits réservés European Parliament.
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Par Jorge Liboreiro
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La préservation du parc naturel de Doñana provoque des tensions en Espagne, mais aussi au sein des institutions de l'UE. Les chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates au Parlement européen accusent le camp adverse de manœuvres politiciennes, voire d’ingérence dans une affaire nationale.

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La bataille autour du parc national espagnol de Doñana se transforme en une querelle au Parlement européen entre les dirigeants des groupes conservateurs et socialistes, avec au milieu la Commission européenne.

Manfred Weber, président du Parti populaire européen (PPE), accuse la Commission de faire de la "politique politicienne" et de d'intervenir en faveur du Premier ministre espagnol socialiste Pedro Sánchez.

"Ce dont nous avons besoin c'est d'une Commission qui tente d'apporter des solutions, d'essayer de rassembler les gens, et non de diviser (les gens) en fonction de leur appartenance à un parti politique", a déclaré Manfred Weber.

Les affirmations du président de la première force politique au Parlement ont immédiatement provoqué la colère de la dirigeante du groupe social-démocrate (S&D), Iratxe García.

"En politique il y a deux limites à ne jamais franchir : l'une est le mensonge et l'autre est le fait de se ridiculiser. Et dans ce cas, le PPE a franchi les deux lignes", a répondu cette proche du Premier ministre espagnol.

Tout est parti d'une loi proposée par le gouvernement régional d'Andalousie, dirigé par le Partido Popular (PP) de droite. Le projet veut légaliser l'irrigation de plus de 800 hectares d’une partie du parc national de Doñana, en utilisant uniquement les eaux de surface.

L'exécutif andalou affirme que ce projet est nécessaire pour aider les producteurs locaux à atténuer une sécheresse persistante et à leur donner un moyen légal d'obtenir de l'eau supplémentaire pour leurs cultures. Les agriculteurs produisent principalement des fruits rouges, comme les fraises, qui nécessitent une irrigation régulière.

Le gouvernement central de Madrid s'oppose à cette mesure pour des raisons environnementales. Il juge que la loi est "trompeuse" parce qu'elle promet d'apporter des flux d'eau qui n'existent pas.

"Il n'y aura pas d'eau. C'est impossible", a déclaré la vice-première ministre Teresa Ribera dans une récente interview au journal El Pais.

La Commission européenne a également exprimé son inquiétude quant aux conséquences de l'extension de l'irrigation dans le parc national de Doñana, qui abrite l'une des plus grandes zones humides d'Europe. Cet espace naturel est d’ailleurs inscrit depuis 1994 au patrimoine mondial de l'UNESCO.

La biodiversité du parc est menacée depuis des décennies par l'agriculture intensive, la surexploitation, l'assèchement des marais, l'utilisation de puits illégaux et l'afflux continu de touristes. Tous ces éléments accentuent les effets du changement climatique.

La Commission tire la sonnette d'alarme depuis 2014 sur l'état de détérioration de la réserve naturelle. C’est à cette date qu’elle a envoyé pour la première fois une lettre de mise en demeure au gouvernement espagnol.

La Cour de justice de l'Union européenne a condamné en 2021 l'Espagne pour avoir ignoré l’exploitation excessive d'eau dans le parc de Doñana et pour ne pas avoir perservé les zones naturelles protégées.

Le projet de loi andalou remet la question sur le devant de la scène et pousse un conflit régional jusqu'aux plus hautes sphères du pouvoir à Bruxelles.

La Commission a déclaré à plusieurs reprises que si la loi était adoptée, elle emploierait "tous les moyens disponibles" pour obliger l'Espagne à se conformer à l'arrêt de la Cour européenne.

Virginijus Sinkevičius, le Commissaire européen en charge de l'Environnement, s'implique personnellement dans l'affaire. Il a tenu cette semaine des réunions séparées avec des représentants du gouvernement andalou, du PPE et du groupe S&D.

Lors d'une réunion à huis clos avec Ramón Fernández-Pacheco, le conseiller andalou pour l'environnement, Virginijus Sinkevičius a mis en garde contre les "effets désastreux" et la "pression excessive" sur l'approvisionnement en eau si la loi est approuvée dans son état actuel.

Le responsable andalou s'est dit ouvert au dialogue, mais il a souligné que la loi n'endommagerait "absolument pas" l'écosystème du parc, car les flux d'eau proviendraient de la surface et non des réserves souterraines.

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Weber vs García

Les mises en garde du Commissaire ont exaspéré Manfred Weber, dont le parti vise une nouvelle victoire aux élections législatives espagnoles prévues cette année.

"Je dois dire que le comportement, ce que nous avons vu de la part du Commissaire responsable est pour nous, groupe PPE, tout simplement inacceptable", a déclaré mercredi le dirigeant du PPE, après une rencontre deux de ses eurodéputés avec Virginijus Sinkevičius.

"La chose la plus importante est que tout le monde veut trouver des solutions, mais ce que je vois maintenant est un comportement assez partisan de la Commission, et en particulier du Commissaire."

"C'est pourquoi je dois être très clair", a-t-il poursuivi.

"Je vois le Commissaire (Sinkevičius) se présenter de plus en plus avec une chemise rouge pour faire campagne pour (Pedro) Sanchez et pas tellement comme un véritable faiseur de solutions à ce niveau."

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Ces remarques ont suscité une réponse cinglante de la part d'Iratxe García. La dirigeante des sociaux-démocrates au Parlement a réfuté les affirmations de Manfred Weber. Elle estime que le dirigeant conservateur s'était "égaré" avec sa "stratégie incroyable" d'attaque de la Commission.

"Je ne sais pas où le PPE voit de l'électoralisme dans la réponse de la Commission. Ils ont un problème de distorsion de la réalité et considèrent comme des électoralistes et de dangereux socialo-communistes tous ceux qui ne pensent pas comme eux", a-t-elle précisé à une chaîne de radio espagnole.

"Je ne sais pas s'il s'agit d'un échange d'accusations ou s'il s'agit plutôt d'une obsession du PPE d'attaquer ceux qui ne pensent pas comme eux. Il s'agit d'une question très sérieuse", a poursuivi Iratxe García.

"Le PPE doit comprendre qu'il doit faire partie de la solution et non du problème, ce qu'il est devenu."

A Madrid, Teresa Ribera a déploré les remarques de Manfred Weber. Elle les qualifie de "messages irresponsables", et souligne que le gouvernement espagnol était "pleinement engagé" dans la préservation du parc.

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Les tensions politiques ont poussé le Commissaire en charge de l’Environnement à s’exprimer publiquement. Il a rappelé sur Twitter que la Commission agissait en tant que "gardienne impartiale" des traités de l'UE et qu'elle appliquait les décisions de la Cour européenne.

"Doñana est important pour l'Espagne & l'UE ", a-t-il déclaré mercredi soir.

Le jour suivant, un porte-parole de la Commission européenne a exprimé un point de vue similaire, insistant sur le fait que l’institution s'en tenait à son rôle et continuerait à évaluer les développements de la loi andalouse.

Il a ajouté que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, qui appartient au PPE, avait confiance en "chaque membre" de son collège de Commissaires..

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