Les chercheurs en désinformation avertissent que la Bulgarie possède "l'un des environnements d'information les plus permissifs" pour les manipulations malveillantes non démocratiques en Europe.
Les élections législatives anticipées du 19 avril en Bulgarie marqueront le huitième scrutin du pays en cinq ans.
L'ancien président du pays, Roumen Radev, du parti "Progressive Bulgaria", favorable à Moscou, est actuellement en tête des sondages, devant l'ancien premier ministre Boyko Borissov, du Parti conservateur de centre-droit GERB.
Pour lutter contre les menaces d'ingérence étrangère, qui sont devenues un problème récurrent lors des élections européennes, le gouvernement bulgare a demandé l'aide du service diplomatique européen et a activé le système de réponse rapide prévu par la loi sur les services numériques (Digital Services Act, DSA), un texte législatif conçu pour rendre l'espace en ligne plus sûr et plus responsable.
Le mécanisme de la DSA relie les plateformes en ligne, la société civile et les vérificateurs de faits afin d'identifier et de restreindre les contenus susceptibles d'interférer avec les élections.
Le Center for the Study of Democracy (CSD), un groupe de réflexion indépendant qui suit les opérations de désinformation, a déclaré en mars que la Bulgarie avait "l'un des environnements d'information les plus permissifs pour les manipulations malveillantes non démocratiques dans l'UE et l'une des réponses institutionnelles les moins préparées malgré des progrès continus".
La Bulgarie a été confrontée à une quantité importante de désinformation avant son adhésion à la zone euro en janvier 2026. Le parti extrémiste pro-russe Vazrazhdane, également connu sous le nom de Revival, a été l'un des principaux acteurs à diffuser ces récits trompeurs.
En février, des membres du parti Revival ont tenté de prendre d'assaut le siège de la mission de l'Union européenne à Sofia, dans le cadre d'une manifestation contre l'adhésion de la Bulgarie à la zone euro. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié cette attaque de "scandaleuse".
Quelles sont les affirmations trompeuses qui se répandent en Bulgarie ?
Svetoslav Malinov, analyste à la CSD, a déclaré à l'équipe de vérification des faits d'Euronews, Le Cube, qu'il y avait eu un pic de désinformation avant les élections en Bulgarie.
"La Bulgarie n'est pas un cas typique de désinformation, car elle combine une instabilité politique prolongée, des régulateurs faibles et une faible confiance du public avec un réseau national très fort qui diffuse et amplifie ce type d'information ", analyse-t-il.
Selon Svetoslav Malinov, la combinaison de ces conditions crée un terrain fertile pour que la désinformation s'installe et se propage même au niveau institutionnel, ce qui devient particulièrement visible pendant les élections.
"Certains récits ont pris de l'ampleur, par exemple en ce qui concerne l'intégrité des élections", explique-t-il. "Les allégations de piratage et de truquage des machines à voter ont déclenché des amendements d'urgence au Code électoral."
"Les discours sur l'énergie et l'euro ont également acquis une puissance explosive, surtout depuis que la Bulgarie a rejoint la zone euro cette année", a ajouté l'analyste. "Souvent, le raisonnement est que c'est parce que nous sommes dans la zone euro, que la crise énergétique est encore pire, et que nous payons encore plus d'argent."
Des sites web bulgares diffusent des récits pro-Kremlin
Selon la CSD, un certain nombre de sites Internet sont au cœur des opérations de diffusion de récits pro-Kremlin en Bulgarie.
L'un de ces soi-disant sites d'information est Pogled Info, un organe d'information qui reprend le contenu d'entités russes sanctionnées et de sources contrôlées par l'État chinois, notamment Vzglyad, RIA Novosti, Tsargrad TV et China Radio International.
"Ce type d'infrastructure s'apparente à un réseau d'amplification qui permet de retracer un article publié par un média russe sanctionné par l'UE, qui est ensuite republié et dépouillé. Le nom de l'auteur est supprimé et republié sur Poglet", a déclaré Svetoslav Malinov.
"Les affirmations contenues dans ces articles sont reprises en quelques minutes sur les médias sociaux, souvent par des comptes ayant un statut pro-russe", a-t-il ajouté.