Le tribunal correctionnel de Paris a condamné trois hommes impliqués à différents degrés dans le vol et le recel d’une centaine de pièces de vaisselle de l’Élysée.
Le tribunal correctionnel de Paris a rendu ce jeudi son jugement dans l’affaire du vol d’une centaine de pièces de vaisselle provenant de l’Élysée.
Trois hommes étaient jugés dans ce dossier, chacun occupant une place précise dans la chaîne : Thomas M., ancien argentier de la présidence, était soupçonné d’avoir volé les pièces dans les réserves du palais ; son compagnon Damien G. d’avoir servi d’intermédiaire pour les revendre en ligne ; et Ghislain M., agent d’accueil au Louvre et passionné de porcelaine, d’en avoir acquis une partie.
À l’ouverture de l’audience ce jeudi, le couple mis en cause manque d’abord à l’appel. Dans la salle, Ghislain M., vêtu d’un costume gris, apparait nerveux.
Au cœur du dossier, l'ancien argentier Thomas M., en poste pendant cinq ans et chargé de dresser les tables des dîners d’État.
À la barre lors de l’audience fin février, il avait reconnu les faits, expliquant avoir d’abord conservé certaines pièces pour leur beauté avant que des difficultés financières ne conduisent le couple à les revendre.
Le tribunal l’a condamné ce jeudi à 24 mois de prison, dont 12 mois avec sursis et 12 mois à exécuter sous bracelet électronique. Il a également écopé d’une amende de 10 000 euros.
Parmi les peines complémentaires prononcées figurent une interdiction de paraître à l’Élysée pendant trois ans, une interdiction définitive d’exercer le métier d’argentier, ainsi qu’une interdiction de fréquenter des ventes aux enchères. Il lui est aussi interdit d’entrer en contact avec le collectionneur, Ghislain M., pendant trois ans.
Son compagnon, Damien G., gérant d’une société de vente d’art de la table, était accusé d’avoir servi d’intermédiaire pour écouler les pièces volées sur Internet, notamment via un compte professionnel Vinted et des ventes sur Facebook dans des groupes spécialisés.
Il a aussi été condamné à 24 mois de prison, dont 16 mois avec sursis et 8 mois ferme sous bracelet électronique. Le tribunal a également prononcé une amende de 10 000 euros, une interdiction définitive d'exercer un emploi public, ainsi qu'une interdiction de fréquenter les ventes aux enchères et une interdiction de trois ans d’entrer en contact avec Ghislain M.
Ce dernier, agent d’accueil au Louvre depuis 2023, était accusé d’avoir acquis près d’une centaine de pièces auprès du couple pour un montant d’environ 15 000 euros.
Il assurait ne pas savoir, au moment des achats, que les objets provenaient d’un vol, même s’il avait fini par reconnaître avoir eu des doutes sur leur provenance.
Le tribunal l’a condamné à 12 mois de prison avec sursis simple. Il lui est interdit d’entrer en contact avec Thomas M. et Damien G. pendant trois ans, ainsi que de fréquenter des ventes aux enchères sur la même durée. Le jugement prévoit aussi la restitution de plusieurs biens de la manufacture de Sèvres.
À l’audience en février, Ghislain M. s’était montré particulièrement éprouvé. En larmes, il avait expliqué que sa "vie a volé en éclats pour cette histoire." Jeudi, après l’énoncé de la décision, il a lancé au tribunal : "Merci d’avoir été juste."
L’affaire avait éclaté après que la Manufacture nationale de Sèvres eut repéré en ligne la vente d’assiettes portant le monogramme de l’Élysée. La présidence avait ensuite constaté la disparition de plusieurs pièces et déposé plainte.
Thomas M. avait éveillé les soupçons en commettant des erreurs dans les inventaires, "souvent à la baisse", alors même qu’il gérait quelque 10 000 objets.
Le montant du préjudice a été débattu à l’audience. La Manufacture de Sèvres a évalué la valeur des pièces à 377 370 euros, un chiffre jugé "d’absurde" par la défense.
Au-delà de l’estimation financière, la partie civile avait insisté sur la portée symbolique du dossier : fournisseur de la présidence depuis 1848, la Manufacture de Sèvres incarne une part du patrimoine français.