Au tribunal, l’ancien argentier de la présidence, son compagnon et un agent d’accueil du Louvre sont jugés pour le vol et le recel d’une centaine de pièces de vaisselle du palais de l’Élysée
Au tribunal correctionnel de Paris ce jeudi soir, l’affaire a un parfum d’irréel : des assiettes estampillées Élysée, issues de la Manufacture de Sèvres, auraient quitté en douce les réserves de la présidence pour réapparaître sur internet… puis dans les mains d’un collectionneur versaillais.
Dans la salle, trois hommes poursuivis pour le vol et le recel d’une centaine de pièces de porcelaine dérobées entre 2023 et 2025. Et le principal suspect n’est pas un inconnu de l’arrière-cour : c’est l’ancien argentier de la présidence de la République en poste depuis cinq ans, celui qui dressait les tables des dîners d’État.
À la barre, Thomas M., petit, au crâne dégarni, s’exprime d’une voix basse. À côté, son compagnon Damien G., gérant d’une société de vente d’art de la table et en couple avec lui depuis dix ans, est présenté comme l’intermédiaire.
Et puis il y a Ghislain M., 30 ans, costume gris, agent d’accueil au Louvre depuis 2023. Il tranche avec les deux autres, visiblement bouleversé par l’audience.
Des assiettes précieuses vendues sur des sites dont Vinted
L’affaire éclate l’an dernier lorsque la Manufacture nationale de Sèvres détecte la vente en ligne d’assiettes marquées du monogramme de l’Élysée sur internet. Dans les rangs de la présidence, la disparition de pièces déclenche une plainte.
Très vite, les investigations ciblent Thomas M. L’Élysée l’aurait suspecté car il se trompait régulièrement sur les inventaires, "souvent à la baisse", et était amené à travailler souvent seul. L'argentier affirme qu’il n’y avait pas de fouilles pour son équipe, alors qu’il gérait quelque 10 000 objets précieux.
Sur le montant du préjudice, le débat est immédiat. La Manufacture de Sèvres estime la valeur des pièces à 377 370 euros ; la défense qualifie ce chiffre "d’absurde".
La partie civile met surtout en avant la portée symbolique : fournisseur de la présidence française depuis 1848, La Manufacture de Sèvres ne vend pas une simple vaisselle, mais un patrimoine.
À la barre, Thomas M. reconnaît les faits et dit que le premier vol remonte à 2023. Il explique avoir d’abord récupéré des pièces pour leur beauté, les exposant chez lui comme grand amateur.
Puis, selon sa version, les difficultés financières s’aggravent et le couple bascule dans la revente.
Thomas M. affirme avoir démissionné de l’Élysée en novembre 2025, avoir retrouvé un nouveau travail.
Damien G., lui, est présenté comme celui qui faisait office d’intermédiaire, en sachant qu’elle provenait d’un vol. Les magistrats décrivent un écoulement organisé sur plusieurs canaux : un compte professionnel Vinted et des ventes via Facebook, dans des groupes de connaisseurs. À la barre, Damien G. reconnaît avoir reçu des objets volés et les avoir revendus.
"Ma vie a volé en éclats pour cette histoire"
Le troisième appelé à la barre est Ghislain M. Passionné de porcelaine, il dit avoir acquis une centaine de pièces via le couple. Il assure avoir ignoré que Thomas M. travaillait à l’Élysée et affirme qu’il ne savait pas que les objets étaient volés au moment de la vente.
Mais plus l’audience avance, plus les questions se resserrent : comment ne pas douter devant l’accumulation des pièces précieuses ? Ghislain M. finit par concéder qu’il a eu des soupçons.
Puis l’émotion le submerge. Il pleure, dit être « dévasté » et explique que sa "vie a volé en éclats pour cette histoire."
Jeudi, le parquet a requis des peines allant jusqu’à huit mois de prison ferme, à purger sous bracelet électronique.
Dans le détail, la procureure a réclamé contre Thomas M. deux ans d’emprisonnement dont seize mois avec sursis et 10 000 euros d’amende.
Contre Damien G., deux ans dont dix-huit mois avec sursis, et 10 000 euros d’amende.
Contre Ghislain M., deux ans dont vingt mois avec sursis et 10 000 euros d’amende.
Le tribunal rendra son jugement le 16 avril.