Des milliers de sans-papiers se sont pressés jeudi dans les mairies et les bureaux de toute l'Espagne pour demander leur régularisation. Mais les rendez-vous reportés et les problèmes informatiques ont frustré de nombreux candidats.
Jeudi, des files d'attente se sont formées devant les administrations en Espagne, alors que des personnes immigrées se dépêchaient de rassembler les documents nécessaires pour bénéficier de la procédure d'immigration accélérée mise en place par le gouvernement. Pourtant, bien que les demandes en ligne aient été ouvertes jeudi, de nombreuses personnes n'étaient pas encore prêtes à les soumettre.
Mercredi 15 avril, le gouvernement espagnol a publié un décret au Journal officiel qui doit permettre à des centaines de milliers de migrants vivant et travaillant sans autorisation dans le pays de demander la régularisation de leur statut.
Les ressortissants étrangers sans casier judiciaire, arrivés avant la fin de l'année 2025 et pouvant prouver qu'ils vivent en Espagne depuis au moins cinq mois, peuvent prétendre à un permis de séjour renouvelable d'un an.
Cette régularisation massive, la première en Espagne depuis plus de 20 ans, est née d'une proposition soutenue par les citoyens, signée par quelque 700 000 personnes et appuyée par des centaines d'organisations de la société civile, et également l'Église catholique.
Approche à contre-courant
Cette approche diffère nettement de la position qui prévaut en Europe en matière d'immigration, où les gouvernements tentent de réduire le nombre d'arrivées et d'intensifier les expulsions, et contraste avec les politiques d'immigration sévères de l'administration Trump.
Les personnes qui remplissent certaines conditions peuvent demander un permis de séjour et de travail d'un an. Les immigrants pouvaient déposer leur demande en personne à partir du 20 avril et en ligne jeudi. La date limite est fixée au 30 juin.
À la mairie de Barcelone, les migrants ont attendu des heures pour obtenir un document certifiant leur résidence dans la ville. Ils ont également demandé la validation d'un certificat de vulnérabilité, nécessaire dans de nombreux cas pour obtenir une résidence légale.
À Madrid, les migrants ont formé une longue file d'attente devant le bureau des transports de la Communauté de Madrid, où ils ont tenté de prouver l'authenticité de leur carte de transport, autre preuve valable de leur séjour dans le pays. Maria Esperanza, originaire du Pérou, a exprimé l'espoir que la protection offerte par le nouveau système "est censée être bonne pour le travail, elle nous permettra d'obtenir des emplois avec tous les avantages".
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a défendu le processus malgré les critiques des partis politiques conservateurs tels que le Parti populaire. M. Sánchez a rencontré jeudi à Madrid des personnes ayant bénéficié des processus mis en place par les gouvernements précédents.
Le fait d'avoir un casier judiciaire n'entraînera pas automatiquement le refus de la demande de régularisation pour les immigrants. Selon le décret royal approuvé mardi dernier par le Conseil des ministres, la condition la plus stricte pour accéder à un permis de travail et de séjour d'au moins un an sera de disposer d'un certificat d'absence de casier judiciaire délivré par le pays d'origine du demandeur.
En revanche, lorsqu'il s'agit d'évaluer le profil des personnes qui ont commis des délits mais n'ont pas été condamnées, le texte est plus ambigu. L'organisme évaluera que la personne qui demande la nationalité ne constitue pas une"menace pour l'ordre public, la sécurité intérieure, la santé publique ou les relations internationales".