Newsletter Newsletters Events Évènements Podcasts Vidéos Africanews
Loader
Suivez-nous
Publicité

La faim et la surpopulation dans les prisons européennes : où en est votre pays ?

Extérieur d'un établissement pénitentiaire
Extérieur d’un établissement pénitentiaire Tous droits réservés  Dwi Candra, Pexels
Tous droits réservés Dwi Candra, Pexels
Par João Azevedo
Publié le
Partager Discussion
Partager Close Button

Certains pays dépensent des millions pour tenter de résoudre la crise, mais les prisons continuent de souffrir d'un manque d'hygiène, de soins médicaux insuffisants et de conditions de vie inhumaines.

Le plus récent rapport du Conseil de l’Europe (en anglais) sur les conditions générales de détention, publié mardi, met en évidence un problème persistant de surpopulation carcérale, plusieurs pays étant dans une situation critique et d’autres proches de la capacité maximale.

PUBLICITÉ
PUBLICITÉ

Basé sur des données fournies par les services pénitentiaires des 46 États membres de l’organisation basée à Strasbourg, le document confirme la tendance à la hausse des populations carcérales, déjà mise en lumière dans le dernier recensement d’Eurostat (+2 %), également rendu public il y a quelques jours.

Entre le 31 janvier 2024 et le 31 janvier 2025, le nombre de détenus pour 100 places disponibles est passé de 94,7 à 95,2, malgré des disparités régionales. Lors du précédent bilan, six pays faisaient état d’une surpopulation grave; ils sont désormais neuf.

La Turquie et la France figurent parmi les pays aux prisons les plus surchargées, avec 131 détenus pour 100 places. Viennent ensuite la Croatie (123), l’Italie (121), Malte (118), Chypre (117), la Hongrie (115), la Belgique (114) et l’Irlande (112).

Restent au‑dessus des seuils cinq pays confrontés à ce que le rapport qualifie de surpopulation modérée : la Finlande (110), la Grèce (108), le Royaume‑Uni pour sa partie écossaise (106), la Macédoine du Nord (104) et la Suède (103).

En ce qui concerne le système pénitentiaire portugais, il apparaît très proche de sa capacité maximale (99), dans une situation plus favorable que la Roumanie (100), mais avec un taux d’occupation plus élevé que l’Azerbaïdjan (98), l’Angleterre et le pays de Galles, au Royaume‑Uni (96), la Serbie (96), la Tchéquie (95), les Pays‑Bas (95), le Danemark (95) et la Suisse (95). Le Conseil de l’Europe souligne qu’un taux d’occupation de 90 % constitue déjà un indicateur de risque élevé et de forte pression opérationnelle.

Il convient de noter que les données les plus récentes communiquées par la Direction générale de la réinsertion et des services pénitentiaires (DGRSP) indiquent que le Portugal a terminé l’année 2025 avec un taux d’occupation de 103,4 % et est revenu à une situation de surpopulation pour la première fois en six ans, après les libérations exceptionnelles décidées pendant la pandémie de COVID‑19, qui avaient entraîné une baisse temporaire de la population carcérale.

Au total, au 31 janvier 2025, 1 107 921 personnes étaient détenues dans les 46 États membres du Conseil de l’Europe, soit une hausse de 8,5 % par rapport à l’année précédente. Cela correspond à un taux moyen d’incarcération de 110 détenus pour 100 000 habitants.

La proportion de femmes dans les établissements pénitentiaires est passée de 4,8 % à 5,2 %, la Hongrie (8,8 %), la Tchéquie (8,6 %), Malte (8 %) et la Suède (7,9 %) enregistrant les plus fortes augmentations parmi les pays de plus de 500 000 habitants. Les pourcentages les plus faibles sont observés en Albanie (1,6 %), en Arménie (2,6 %), au Monténégro (2,8 %) et en Azerbaïdjan (3,1 %).

Les taux d’incarcération restent plus élevés en Europe de l’Est, notamment en Turquie (458 détenus pour 100 000 habitants), en Azerbaïdjan (271), en Moldavie (245) et en Géorgie (232), tandis que la Hongrie (206), la Pologne (189), la Tchéquie (178) et la Slovaquie (151) figurent parmi les pays de l’Union européenne (UE) qui emprisonnent le plus.

Le rapport met également en lumière une présence accrue de ressortissants étrangers dans les systèmes pénitentiaires (17 % des détenus sont des non‑nationaux), ainsi qu’une augmentation du nombre de prisonniers de plus de 65 ans, même si les spécialistes du Conseil de l’Europe soulignent que, globalement, cette proportion reste « modeste ».

Le Portugal, au même titre que l’Italie, affiche l’âge moyen le plus élevé (42 ans), devant le Monténégro, l’Estonie et la Serbie (41), tandis que la Moldavie (30), la Suède (34), la France, Chypre et le Danemark (35) comptent les populations carcérales les plus jeunes.

Peines longues et détention provisoire

En février de cette année, dans un entretien accordé à l’agence Lusa, le directeur général de la Réinsertion et des services pénitentiaires, Orlando Carvalho, indiquait qu’il y avait, ce mois‑là, 13 302 détenus dans les 49 prisons du pays. Entre janvier 2025 et février 2026, 850 détenus sont entrés dans les établissements pénitentiaires.

L’un des facteurs qui contribuent le plus directement à cette surpopulation est la durée moyenne des peines de prison au Portugal, la plus élevée du continent, souligne le rapport international : 31,4 mois contre une moyenne de 9,7 mois en Europe.

Au 31 janvier 2025, sur les 9 645 détenus déjà condamnés, 3 741 purgeaient des peines de cinq à dix ans de prison, 1 423 étaient incarcérés pour des peines de dix à vingt ans et 1 423 autres pour des peines supérieures à vingt ans.

« Si nos règles étaient appliquées comme ailleurs en Europe, nous n’aurions pas plus de 6 500 détenus », affirme Vítor Ilharco, secrétaire général de l’Association portugaise de soutien aux détenus (APAR), dans un entretien à Euronews, critiquant le régime d’aménagement des peines.

« Personne n’accorde de permission de sortie avant la moitié de la peine », ajoute‑t‑il.

Vítor Ilharco cite également le recours à la détention provisoire au détriment de mesures non privatives de liberté comme une autre pratique qui met sous pression le système pénitentiaire. « La solution est simple : on emprisonne d’abord et on enquête ensuite », poursuit‑il.

Dans le document statistique, le Conseil de l’Europe relève qu’au Portugal, la durée moyenne de détention des prévenus ensuite condamnés est de 57 jours, soit plus du double de la moyenne européenne, fixée à 21 jours.

« C’est plus populaire et c’est ce que veulent les partis d’extrême droite », déplore‑t‑il. Dans le Rapport annuel sur la sécurité intérieure (RASI, en portugais), publié en mars, on peut lire qu’à la fin de 2025, plus de trois mille personnes étaient en détention provisoire sur un total de 13 136 détenus.

Pour le secrétaire général de l’APAR, la culture pénale restrictive au Portugal se traduit aussi par le manque de considération pour le profil des auteurs d’infractions. « L’APAR a déjà proposé que les personnes surprises en train de conduire sans permis ne soient pas incarcérées. »

Pour ces cas, la conséquence la plus équilibrée serait, selon lui, le travail d’intérêt général, comprenant par exemple le nettoyage des rues, des plages, des forêts ou des véhicules des pompiers et de la police, période pendant laquelle l’auteur de l’infraction passerait son permis.

« Une personne dans cette situation va passer un ou deux ans en prison pour avoir conduit sans permis. Sa famille va être déstabilisée, car, en général, c’est le chef de famille qui cesse de percevoir son salaire. Et, ensuite, elle sort de prison toujours sans permis de conduire », argue‑t‑il.

« Nous sortirions de prison environ deux mille détenus », ajoute‑t‑il.

Pour certains crimes plus graves, comme les homicides, le code pénal ne prévoit que la prison, mais pour d’autres, plus rares, une amende pécuniaire est possible. Le problème, souligne Vítor Ilharco, est que nombre d’auteurs d’infractions de moindre gravité n’ont pas les moyens de la payer et sont contraints d’aller en prison.

« Cela représente encore un millier de personnes qui restent incarcérées pendant trois ou quatre mois », souligne‑t‑il, avant d’appeler l’attention sur le fait que le pays compte un détenu de 80 ans, amputé des deux jambes.

« On pourrait suspendre sa peine. Ces personnes ne seraient détenues qu’au Portugal. En Espagne, elles ne seraient déjà plus en prison », insiste‑t‑il.

La prison de Lisbonne "ne vaudrait même pas un chenil", alerte l’APAR

Vítor Ilharco pointe également les failles de la structuration du système pénitentiaire au Portugal, qui regroupe au sein d’un même organisme les dimensions de la punition et de la réinsertion.

Cette organisation a un impact négatif sur le fonctionnement des établissements pénitentiaires, affirme‑t‑il : 85 % des fonds sont consacrés au paiement des salaires, ne laissant que 15 % pour l’accompagnement post‑carcéral et l’ensemble des dépenses courantes, y compris l’alimentation des détenus qui, selon le secrétaire général de l’APAR, ont « faim ».

En outre, le responsable de l’association représentant les détenus dénonce une tentative de faire de la restauration en prison un business. La loi actuelle interdit l’envoi de nourriture par les familles.

« Dans les cantines [des prisons], les prix relèvent de l’usure. Tout coûte le double ou le triple », affirme‑t‑il, en rappelant un article publié dans la revue de l’Association des juges portugais, qui rapportait que les cantines des prisons du pays avaient réalisé un bénéfice de 680 000 euros en 2013.

Les restrictions budgétaires contribuent également à expliquer les mauvaises conditions matérielles et d’hygiène des prisons portugaises. La prison de Lisbonne fait partie des établissements qui ont suscité des plaintes, relatées dans un article du Diário de Notícias (en portugais) par un détenu en attente de jugement. À la dégradation des cellules s’ajoutent le manque d’espace et d’intimité.

Ces problèmes sont confirmés par le secrétaire général de l’APAR. « En raison de la surpopulation, ils ont désormais placé deux détenus dans chaque cellule individuelle. Comme ils sont enfermés 20 heures par jour, ils doivent satisfaire leurs besoins physiologiques l’un devant l’autre, faute de cloison », raconte‑t‑il.

Dans le rapport du Mécanisme national de prévention (en portugais) (MNP) du Bureau du Médiateur, relatif à 2024, plus de 50 affaires admises par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) en raison de « conditions de détention dégradantes » dans les prisons du pays sont recensées; depuis 2019, elles ont conduit l’État portugais à indemniser des détenus pour un montant total supérieur à 1,5 million d’euros.

Le Portugal pourrait devoir débourser encore plusieurs milliers d’euros, plus de 850 plaintes pour les mêmes motifs étant toujours en cours d’examen devant la CEDH.

« Aucun pays civilisé d’Europe n’accepterait que la prison de Lisbonne serve de chenil. Si c’était un chenil, l’Assemblée de la République l’aurait déjà fait fermer », souligne Vítor Ilharco.

« Il n’y a pas un détenu en bonne santé »

À propos du vieillissement de la population carcérale, le Conseil de l’Europe avertit que, à l’avenir, il faudra prendre en compte des « besoins souvent complexes » liés aux « soins de santé, aux maladies chroniques, au déclin cognitif et à la mobilité réduite ».

Cependant, Vítor Ilharco souligne que les dangers liés au manque d’infrastructures et d’équipements adaptés ne concernent pas seulement les plus âgés.

« Il n’y a pas un détenu en bonne santé. Je ne parle même pas des longues peines. Il n’est tout simplement pas concevable qu’une personne vive six mois dans ces conditions avec des repas à 80 centimes », prévient‑il. Il évoque aussi « l’accès à toutes sortes de drogues ».

« Toute la structure de la prison vise à provoquer l’inertie des détenus », insiste‑t‑il.

En cas d’urgence médicale, affirme le représentant de l’APAR, la assistance immédiate serait compromise.

« Il y a 90 % de chances qu’ils n’emmènent pas les détenus à l’hôpital, parce que les gardiens sont toujours en grève. Il y a plus de 1 500 gardiens en arrêt maladie », rappelle‑t‑il.

Dans les grandes prisons, des infirmiers sont présents la nuit, mais à Alcoentre, par exemple, 700 détenus sont privés de médecins depuis quatre mois, dénonce‑t‑il.

Accéder aux raccourcis d'accessibilité
Partager Discussion

À découvrir également

La population carcérale russe diminue de 40 %, en partie grâce à l'envoi de condamnés pour combattre en Ukraine

Portugal : un audit des prisons lancé après l'évasion de cinq détenus à Alcoentre

Prison : le Danemark va "louer" des cellules au Kosovo