Dans une interview au Corriere della Sera, le président israélien évoque les liens entre les négociations Washington et Téhéran et la situation au Liban. Expert en défense, Gregory Alegi propose une lecture critique de ses propos, notamment sur le rôle et les limites de la mission UNIFIL.
Expert en défense et stratégie et professeur contractuel d'histoire et de politique américain à l’université Luiss, à Rome, Gregory Alegi, a commenté pour Euronews l’interview du président israélien Isaac Herzog dans le journal Corriere della Sera (source en italien).
"La caractéristique centrale de la culture juive, c’est le doute. C’est une culture d’étude et de questions incessantes. Le Talmud est plein de tout et de son contraire", a-t-il confié.
Gregory Alegi relève le passage relatif aux forces italiennes de la mission UNIFIL déployée au Liban.
"S’agissant de la mission, nous n’avons aucun problème avec les troupes italiennes, notre problème, c’est le mandat : il n’y a pas eu, il n’y a pas, la volonté ni la capacité d’empêcher qu’un groupe terroriste amasse des armes à la frontière avec nous", a déclaré le président Issac Herzog.
Israël face au mandat de la mission UNIFIL
Le professeur Gregory Alegi partage pleinement cette analyse : "C’est précisément là le problème. La communauté internationale, au lieu de s’attaquer à la question, a envoyé un contingent qui ne peut qu’observer, il ne peut rien faire."
Pour mieux faire comprendre, il explicite l’acronyme Unifil : United Nations Interim Force in Lebanon. "C’est tellement “intérimaire” que cela fait quarante ans qu’elle est là !", ironise-t-il.
Selon lui, cette situation aurait permis au groupe Hezbollah de se renforcer et de mener des attaques régulières contre des territoires israéliens "non contestés". C’est ce qui expliquerait, selon cette lecture, la réaction d’Israël : "Si vous (Unifil ou armée libanaise) ne les arrêtez pas, je dois les arrêter moi-même, parce que les missiles s’abattent sur mes maisons."
Mémorandum Iran–États-Unis : pourquoi il renforce le Hezbollah
Cette situation, se serait encore aggravée avec le mémorandum en 14 points qui a ouvert les négociations entre l’Iran et Israël : "Cet accord reconnaît le Hezbollah, qui est un acteur étranger au Liban, comme un acteur libanais. En fait, les États-Unis disent que le Liban appartient à l’Iran. Il n’est pas étonnant qu’Israël ne soit pas du tout satisfait", poursuit-il .
Donald Trump, isolationniste ou unilatéraliste ?
Cette dynamique ne changerait toutefois pas, selon lui, la nature des relations d’Israël avec les États-Unis ou l’Italie. Il estime que "Il n’y a pas un pays au monde qui, en ce moment, n’ait pas de problèmes avec le président des États-Unis. Donald Trump confond l’isolationnisme avec l’unilatéralisme. Voilà dix-huit mois qu’il fait ce qu’il veut partout, sans demander la permission ni se coordonner avec personne. Ainsi, dans ce second mandat, il se retrouve sans pays amis."
Relations Italie–Israël : quelles ambiguïtés ?
Enfin, il nuance l’impact de ces tensions sur les alliances : "Les relations Italie–Israël ne changent pas. Ils ont toujours été amis en vertu de leur appartenance commune au monde occidental et à ses valeurs démocratiques. Mais, de l’autre côté, il y a l’âme méditerranéenne. En Italie, il existe un monde, aux racines catholiques et socialistes, qui se place ouvertement du côté des Palestiniens depuis au moins soixante ans."
Et il conclut : "Les événements des derniers mois, y compris le traitement réservé aux militants de la Global Sumud Flotilla et les propos haïssables du ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, ne changent pas la nature ambiguë de cette relation ; ils rendent peut-être simplement ces ambiguïtés plus visibles."