La mission de maintien de la paix de l’ONU au Liban a qualifié les attaques contre les Casques bleus de "graves violations du droit international humanitaire" et a ouvert une enquête. L’origine des tirs reste inconnue.
Un soldat de la paix des Nations unies est mort jeudi des blessures qu’il avait subies la veille lorsque des tirs d’artillerie ont touché sa base près de Marjayoun, dans le sud-est du Liban, a indiqué jeudi la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL).
Deux autres Casques bleus ont été blessés et sont soignés dans une structure médicale de la base de la FINUL.
"Les autorités serbes ont confirmé que le soldat de la paix était un ressortissant serbe qui avait reçu des soins médicaux d’urgence après l’attaque contre sa base. Il a ensuite été évacué par hélicoptère vers un hôpital de Beyrouth, où il est décédé", a indiqué la mission de maintien de la paix de l’ONU dans un communiqué.
"Les attaques délibérées contre les soldats de la paix constituent de graves violations du droit international humanitaire et de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, et peuvent s’apparenter à des crimes de guerre", ajoute le texte.
Le Quai d'Orsay a fait part de sa "vive émotion" et appelé "toutes les parties [...] à s’abstenir en toutes circonstances de mettre en danger la sécurité du personnel des Nations unies".
"La France exprime ses plus sincères condoléances à la Serbie, à la famille de ce soldat, à ses proches et à tous les personnels de la FINUL. Elle souhaite également un prompt rétablissement aux deux autres soldats de la Force blessés par cette attaque", a déclaré jeudi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
Le gouvernement appelle également à ce que "toute la lumière soit faite" sur les récents incidents impliquant les soldats de la FINUL et à ce que leurs auteurs soient "arrêtés et traduits en justice".
En début de semaine, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait déjà exprimé sa vive opposition à la poursuite des opérations militaires israéliennes au Liban, estimant que "rien" ne pouvait les justifier.
Conflit au Sud-Liban
Cette attaque s’ajoute à plusieurs incidents similaires survenus ces derniers mois, dont certains mortels, depuis le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran et la reprise des affrontements entre le Hezbollah, basé au Liban, et Israël.
"La FINUL a détecté un nombre de trajectoires et d’impacts de plus en plus élevé dans le sud du Liban", a écrit la mission de maintien de la paix de l’ONU, appelant à mettre fin aux violences.
Les circonstances de l’attaque et les responsabilités font l’objet d’une enquête menée par la FINUL, qui a perdu sept soldats de la paix au Liban depuis la reprise des combats en mars.
"La provenance des tirs d’artillerie n'est pas claire, mais cet épisode intervient dans un contexte d’intensification des échanges de tirs entre l’armée israélienne dans le sud du Liban et les combattants du Hezbollah, qui ne font pas partie de l’armée libanaise", a indiqué la FINUL.
Mercredi, Israël et le Liban sont convenus d’un cessez-le-feu conditionnel à l’issue d’un quatrième cycle de négociations à Washington.
Le Hezbollah, qui ne participait pas aux discussions, a rejeté le plan de cessez-le-feu, tandis qu’Israël a repris jeudi ses frappes dans le sud du Liban.
Qu’est-ce que la FINUL ?
La FINUL a été créée en 1978 pour superviser le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban après l’invasion israélienne. Aujourd’hui, quelque 7 500 Casques bleus opèrent le long de la Ligne bleue, une bande de démarcation de 120 kilomètres qui sert toujours de zone tampon entre le Liban et Israël.
Selon la FINUL, les soldats de la paix viennent de près de 50 pays, dont 170 de Serbie.
Fin mars, un Casque bleu indonésien a été tué et un autre est mort des suites de ses blessures après qu’un projectile a frappé leur base. Une enquête préliminaire de l’ONU a conclu que le soldat avait été tué par un obus de char israélien.
Le lendemain, deux autres Casques bleus indonésiens ont été tués par un engin explosif improvisé. La même enquête de l’ONU a estimé que le Hezbollah était probablement responsable.
Quelques semaines plus tard, en avril, deux soldats de la paix français ont été tués dans une embuscade que le président Emmanuel Macron a imputée au Hezbollah et que l’ONU a également attribuée au mouvement, lequel a nié toute implication.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a souligné lundi que la présence de soldats de la paix resterait nécessaire au Liban, même après l’expiration du mandat de la FINUL à la fin de l’année. Cette proposition devrait toutefois se heurter à l’opposition des États-Unis et d’Israël, qui réclament depuis longtemps la fin de la mission.