Les déclarations du président américain, jugées provocatrices et condescendantes, ravivent les tensions diplomatiques entre Rome et Washington à l’approche de plusieurs rendez-vous internationaux.
L’affaire des propos de Donald Trump à l’encontre de Giorgia Meloni continue de susciter une vive polémique en Italie.
En marge du sommet du G7 qui s'est tenu la semaine dernière, le président américain a déclaré lors d'une interview accordée par téléphone à la chaîne italienne La7, que la cheffe du gouvernement l’aurait 'imploré' de faire une photo en sa compagnie.
"Elle était probablement contente que je lui aie parlé, je n’étais pas obligé de lui parler, mais elle m’a supplié de faire une photo avec elle, elle me faisait pitié", a-t-il confié.
Le lendemain, le dirigeant est revenu à la charge sur son réseau social Truth Social, minimisant la popularité de Meloni en Italie.
Celle-ci a répliqué en invitant son homologue américain à se préoccuper de sa propre popularité, qu’elle estime en baisse depuis son retour à la Maison-Blanche.
Les relations entre les deux dirigeants se seraient déjà nettement dégradées au printemps, lorsque l’Italie a refusé d’accorder aux États-Unis l’accès à des bases militaires sur son territoire pour d’éventuelles opérations contre l’Iran.
Une crise politique suivie de près en Italie
La polémique a suscité de nombreuses réactions sur la scène politique italienne, au point que la présidente du Conseil aurait demandé à ses ministres d’apaiser les tensions et de maintenir la continuité des engagements diplomatiques, notamment la signature d’un accord sur les minerais critiques et la participation aux prochaines célébrations de l’indépendance américaine, avant le sommet de l’OTAN prévu le 7 juillet en Turquie.
Donald Trump a toutefois réitéré ses critiques dans d’autres interventions médiatiques, notamment sur Tgcom24 (source en italien), où il a estimé que les États-Unis avaient "été mal traités par l’OTAN" et qualifié Giorgia Meloni de "l’une des pires".
Face à l’ampleur de la polémique et aux interrogations sur la formulation exacte des propos tenus, la chaîne La7 a finalement décidé de diffuser l’enregistrement intégral de l’interview accordée la semaine précédente.
Jusqu’alors, les déclarations de Donald Trump n’étaient disponibles que sous forme de transcription officielle, conformément aux pratiques de la Maison-Blanche.
Cependant, en raison des réactions politiques suscitées et des doutes exprimés sur l’usage de termes jugés offensants, la chaîne a publié l’enregistrement audio de l’échange avec le journaliste Daniele Compatangelo.
Mardi matin, l’émission L’Aria che tira a diffusé le court entretien dans lequel Donald Trump, interrogé sur l’Ukraine et la situation internationale, répond en faisant dévier la conversation vers la cheffe du gouvernement italienne.
"Comment va votre Première ministre ?" demande le président au journaliste de La7, qui l'interroge alors sur ce qu’il a à dire sur sa relation avec Giorgia Meloni. "Elle voulait une photo avec moi à tout prix", rétorque Donald Trump, "je ne l’aurais même pas faite, mais elle me faisait peine".
L’expression I felt sorry for her" avait été traduite par certains par "je suis désolé pour elle". L’interprétation la plus courante correspond davantage à "elle me faisait peine", ce qui traduit plutôt un jugement condescendant.
Lors de la conversation, de moins deux minutes, le président s’en est également pris à l’Europe. "Les Européens se sont trompés sur toute la ligne en matière d’énergie et d’immigration", a-t-il poursuivi, "l’immigration est un désastre et l’énergie, avec toutes ces éoliennes qui sont un échec, est un désastre".
Dans un contexte de tensions énergétiques en Europe, ces déclarations ravivent un débat plus large sur les choix stratégiques du continent, entre transition vers les énergies renouvelables comme l’a fait l’Espagne, recours accru aux sources fossiles ou au nucléaire, comme le propose l’Italie.