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Sans Zelensky à Gdansk : le forum de la reconstruction peut-il apaiser les tensions Varsovie-Kyiv ?

ARCHIVES - Des personnes tiennent des drapeaux polonais et ukrainiens noués lors d'une manifestation à Varsovie, en Pologne, le dimanche 23 février 2014
Archives – Des personnes tiennent des drapeaux polonais et ukrainiens attachés lors d’une manifestation à Varsovie, en Pologne, le dimanche 23 février 2014 Tous droits réservés  AP Photo
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Par Sasha Vakulina
Publié le
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La conférence pour la reconstruction de l’Ukraine s’ouvre jeudi à Gdansk, sur fond de brouille diplomatique inédite entre Kyiv et Varsovie, pourtant alliées. Sans les présidents, l’attention portera sur la reconstruction et les efforts pour apaiser des relations bilatérales de plus en plus tendues.

Alors que les tensions diplomatiques entre la Pologne et l’Ukraine ne montrent guère de signes d’apaisement, l’absence de Volodymyr Zelensky à Gdansk pourrait devenir le signal politique le plus significatif de la conférence.

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Le président ukrainien ne participera pas à la « Ukraine Recovery Conference », une réunion de haut niveau sur la reconstruction post-guerre de son pays qui se tient sur deux jours à Gdansk, sur fond de profondes dissensions avec Varsovie au sujet de la décision de baptiser une unité militaire du nom de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), active durant la Seconde Guerre mondiale.

Les relations entre l’Ukraine et la Pologne traversent aujourd’hui leur plus grave crise depuis des années, sur fond de résurgence brutale de ce qui est considéré dans les deux pays comme l’un des dossiers les plus douloureux et les moins résolus de leur histoire.

Ukraine Recovery Conference

Organisée dans sa forme actuelle depuis 2022, l’Ukraine Recovery Conference est un grand forum international consacré à la reconstruction de l’Ukraine. Elle est largement présentée comme le plus vaste projet d’infrastructure et de relance économique en Europe depuis le plan Marshall, le programme piloté par les États-Unis qui a permis de reconstruire le continent après la Seconde Guerre mondiale.

Le vice-Premier ministre ukrainien Oleksiy Kuleba a indiqué que Kyiv espérait signer plus de 30 accords d’une valeur de plus de 1,5 milliard d’euros pendant la conférence, avec à la clé des projets dans le logement, les infrastructures et les efforts de redressement régional.

Le ministère ukrainien du Développement présentera à Gdansk, au cours des deux prochains jours, plus de 530 projets d’investissement émanant de communautés et de régions.

Parmi les hauts responsables internationaux attendus figurent le chancelier allemand Friedrich Merz, le président lituanien Gitanas Nausėda, le Premier ministre tchèque Andrej Babis, le président du Conseil européen Antonio Costa et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Ursula von der Leyen doit annoncer à Gdansk le premier décaissement en faveur de l’Ukraine dans le cadre du paquet de prêts de 90 milliards d’euros approuvé par les dirigeants de l’UE en décembre, dont la mise en œuvre a été fortement retardée par le veto de la Hongrie.

Cette première tranche, d’un montant de 3,2 milliards d’euros, aidera Kiev à couvrir ses besoins financiers et budgétaires. Un deuxième versement d’environ 5 milliards d’euros, destiné à la production de drones, doit être annoncé d’ici la fin du mois.

Le Royaume-Uni annoncera un nouveau paquet de plus de 330 millions d’euros (290 millions de livres sterling) pour soutenir la reconstruction de l’Ukraine. Selon la ministre des Affaires étrangères Yvette Cooper, cette aide renforcera le secteur énergétique ukrainien et financera de nouveaux programmes de modernisation du système judiciaire du pays.

Mais la conférence devrait être éclipsée par la crise persistante entre Kiev et Varsovie, qui a poussé non seulement Zelensky, mais aussi le président polonais Karol Nawrocki, à la boycotter.

Visions d’avenir et ombres du passé

Les tensions diplomatiques entre l’Ukraine et la Pologne se sont exacerbées après que Volodymyr Zelensky a donné à une unité militaire le nom de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), active pendant la Seconde Guerre mondiale. En Ukraine, l’UPA est largement commémorée pour son rôle dans la résistance à la domination soviétique et la lutte pour l’indépendance du pays.

En Pologne en revanche, le groupe est principalement associé à la tragédie de Volhynie, entre 1943 et 1945, au cours de laquelle des dizaines de milliers de Polonais ont été tués dans ce qui est aujourd’hui l’ouest de l’Ukraine, alors occupé par l’Allemagne nazie. Ces violences ont également coûté la vie à des milliers d’Ukrainiens lors d’attaques de représailles menées par des forces polonaises.

La décision de Zelensky a été largement condamnée en Pologne et Karol Nawrocki a retiré à son homologue ukrainien la plus haute distinction du pays, l’Ordre de l’Aigle blanc.

À la suite de cette décision, Zelensky a renvoyé la décoration à Varsovie et a ensuite annoncé qu’il ne se rendrait pas à la conférence.

Katarzyna Pełczyńska-Nałęcz, ministre polonaise des Fonds de développement et de la Politique régionale, a critiqué l’absence de Zelensky, estimant que le président ukrainien « commet une énorme erreur » et « se tire une balle dans le pied ».

À Kiev, certains responsables ont confié en privé ne pas comprendre que, après la décision de Nawrocki de retirer sa décoration à Zelensky et plusieurs jours de critiques publiques de la présidence polonaise, Varsovie condamne désormais la décision du dirigeant ukrainien de ne pas participer à la conférence.

Les Premiers ministres en première ligne

Ni Zelensky ni le président polonais Karol Nawrocki n’assistant à la conférence, Ursula von der Leyen doit rencontrer à la place les Premiers ministres de l’Ukraine et de la Pologne pour discuter du décaissement du prêt.

La délégation ukrainienne est menée par la Première ministre Ioulia Svyrydenko et comprend des représentants du monde des affaires, des dirigeants d’entreprises publiques, des représentants de collectivités de tout le pays, ainsi que des responsables gouvernementaux et des parlementaires.

Svyrydenko a laissé entendre un changement de ton assumé, mettant en avant les opportunités commerciales et d’investissement plutôt que les tensions politiques, alors que les relations entre Varsovie et Kiev se sont détériorées ces derniers jours.

« Notre équipe a une mission claire : parvenir à des accords concrets qui renforceront les capacités de défense et la résilience de l’Ukraine, et développeront la coopération économique avec nos partenaires », a-t-elle déclaré.

La délégation polonaise est conduite par le Premier ministre Donald Tusk, qui cherche, sinon à régler le différend, du moins à empêcher qu’il ne s’aggrave davantage.

« Compte tenu de la sécurité stratégique de la Pologne, je ne contribuerai pas à attiser ces tensions. Il est dans l’intérêt à long terme de la Pologne de bâtir des relations avec l’Ukraine fondées sur une vision d’avenir. »

L’équilibrisme diplomatique de Tusk

La décision de Karol Nawrocki – et surtout son timing – a été perçue par certains comme visant non seulement Zelensky mais aussi Donald Tusk, en le plaçant de facto en difficulté à Gdansk.

Donald Tusk a indiqué mercredi avoir été consulté au sujet de la décision de Kiev d’annuler la venue de Zelensky et d’envoyer Ioulia Svyrydenko à sa place.

« Je considère que cela peut même être bénéfique pour la conférence : il y aura moins d’émotion et une discussion plus substantielle, davantage centrée sur les politiques publiques. »

Il a également exprimé l’espoir que la conférence « contribue à réduire les tensions et les émotions », car « cette escalade ne sert certainement ni nous, les Polonais, ni les Ukrainiens ».

Donald Tusk a répété à plusieurs reprises que le conflit diplomatique entre la Pologne et l’Ukraine ne profite qu’à une seule personne : le président russe Vladimir Poutine.

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