Bruxelles met en garde les deux pays alors que les tensions montent entre le président polonais Karol Nawrocki et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky.
La querelle entre le président polonais Karol Nawrocki et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky continue de faire parler et d'inquiéter à Bruxelles. Elle fragilise ainsi l’unité politique en Europe et fait directement le jeu de la Russie, a mis en garde la Commission européenne.
"S’il est une chose que nous avons apprise ces cinq dernières années face à cette guerre injustifiée en Ukraine, c’est que l’unité est notre atout le plus puissant, et que tout ce qui la fragilise, y compris des différends, en l’occurrence entre un État membre et l’Ukraine, n’est pas utile", a déclaré ce mardi 23 juin, Paula Pinho, principale porte-parole de la Commission.
"Il n’y a qu’un seul observateur satisfait dans ce genre de situation, et c’est l’agresseur en Ukraine. Nous ne devons donc pas lui faciliter la tâche", a-t-elle assuré.
Retrait de distinction
Depuis fin-mai, les tensions ont rapidement monté lorsque Volodymyr Zelensky a signé un décret permettant de baptiser une unité militaire du nom de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), un mouvement de guérilla décentralisé fondé pendant la Seconde Guerre mondiale.
L’UPA est admirée en Ukraine pour sa résistance contre l’Union soviétique et pour la quête d’un État indépendant. Mais en Pologne, elle est tenue pour responsable des massacres de Polonais en Volhynie et en Galicie orientale, que Varsovie considère comme un génocide.
En réaction à cette décision, le président nationaliste polonais, Karol Nawrocki, a annoncé,vendredi dernier, qu’il allait retirer à Volodymyr Zelensky l’Ordre de l’Aigle blanc, la plus haute distinction de Pologne, le présentant comme un "signal d’alarme" adressé à son homologue. "Il y a des limites à ne pas franchir dans les relations polono-ukrainiennes", a-t-il déclaré.
Le lendemain, le président ukrainien a publié sur les réseaux sociaux une photo semblant montrer la médaille sur le point d’être renvoyée à Varsovie. D’autres responsables ukrainiens ont rendu leurs décorations polonaises en signe de solidarité.
"Un tel symbole exige non seulement du mérite, mais aussi le respect des valeurs qui constituent le fondement de notre communauté", a alors déclaré Volodymyr Zelensky.
"Erreur stratégique"
Le Premier ministre polonais Donald Tusk, qui croise régulièrement le fer avec Karol Nawrocki, a qualifié cette confrontation "d’erreur stratégique qui coûtera aux deux parties".
Cet épisode survient à quelques jours de la conférence sur la reconstruction de l’Ukraine, que la Pologne doit accueillir à Gdańsk. Volodymyr Zelensky, qui était attendu, n’assistera pas à la cérémonie, et la délégation sera conduite à sa place par la Première ministre Ioulia Svyrydenko.
Mardi, la Commission a confirmé que la présidente Ursula von der Leyen participerait comme prévu à la conférence sur la reconstruction, tout en se proposant de jouer les médiatrices entre les parties en conflit.
"Nous sommes prêts à faire tout le nécessaire pour que cela ne fasse pas obstacle à la tenue d’une bonne conférence à Gdańsk plus tard cette semaine", a indiqué Paula Pinho. "Nous avons confiance dans les discussions en cours entre la Pologne et l’Ukraine et sommes convaincus qu’une solution sera trouvée."
Il s’agit de la deuxième fois cette année que l’exécutif est contraint de marcher sur des œufs entre un État membre et Kyiv. Plus tôt dans l’année, la Commission s’est retrouvée prise dans une vive dispute entre la Hongrie et l’Ukraine au sujet de l’oléoduc Druzhba.