Plus de trois jours après les deux violents séismes qui ont frappé le Venezuela, près de 69 000 personnes sont portées disparues. Et l'inactivité du gouvernement met en colère les sinistrés, contraints de se débrouiller seuls.
Plus de trois jours après les deux violents séismes de magnitude 7,2 et 7,5 qui ont frappé le Venezuela, mercredi, secouristes et habitants continuent de fouiller les nombreux décombres à la recherche de survivants. Près de 69 000 personnes sont toujours portées disparues, mais les espoirs de les retrouver s'amenuisent à mesure que les heures passent.
Les organisations humanitaires considèrent que les 48 à 72 premières heures sont cruciales pour retrouver des survivants, même si cette période peut être prolongée lorsque les victimes ont accès à de l'eau et à de la nourriture. Ce délai étant désormais dépassé, beaucoup de Vénézuéliens ont le sentiment que chaque minute qui passe réduit leurs chances de retrouver des personnes vivantes.
"À ce stade, il s'agit probablement de retrouver des corps. Grâce à Dieu, peut-être trouverons-nous encore des personnes vivantes", lâche un sauveteur salvadorien.
Armés de pelles, d'engins de chantier, de cordes ou parfois à mains nues, les Vénézuéliens continuent de fouiller les décombres. Certaines personnes grimpent sur ce qu'il reste des bâtiments et crient les noms de leurs proches, espérant obtenir un signe de vie. Sous une chaleur accablante, de plus en plus de personnes arborent un masque, l'odeur de décomposition des corps se faisant plus importante.
Une abnégation qui porte parfois ses fruits. Samedi, les équipes de secours ont délicatement fait descendre un bébé de 18 jours, emmailloté dans des couvertures roses, après plus de douze heures de recherches pour retrouver le nourrisson.
Ailleurs, un secouriste vénézuélien réconforte une femme âgée coincée sous les gravats, terrorisée à l'idée que la structure ne s'effondre si elle bouge. "Le toit ne va pas s'effondrer. Et s'il tombe, je serai ici avec vous", tente-t-il de la rassurer.
En fin de journée, un garçon de 11 ans a été extrait vivant des décombres à Caraballeda, au nord de Caracas, s'est réjoui Delcy Rodríguez, présidente par interim. "Chaque vie sauvée est une source d'espoir pour le Venezuela", a-t-elle écrit sur X.
Le gouvernement, coupable n°1 pour la population
Sur le même réseau social, elle a remercié les pays ayant apporté leur aide. Selon elle, 24 nations ont envoyé 521 tonnes de matériel, 86 équipes cynophiles spécialisées dans la recherche de victimes sous les décombres et plus de 2 700 secouristes.
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a exprimé la solidarité de l'Union européenne. Elle a annoncé le déblocage d'une enveloppe de 5 millions d'euros d'aide d'urgence, en plus des effectifs déployés sur place et du service satellitaire Copernicus afin de fournir gratuitement des données cartographiques.
Cette catastrophe représente un immense défi pour Delcy Rodríguez, l'ancienne vice-présidente devenue cheffe de l'État par interim en janvier après la capture et la destitution du président Nicolás Maduro par les États-Unis. Le pays est plongé dans le désordre économique le plus total depuis plus d'une décennie et une grande partie de la population rejette toujours la légitimité du mouvement politique représenté par Delcy Rodríguez.
Et c'est elle qui concentre toute la colère des Vénézuéliens, qui considèrent comme insuffisante la réponse du gouvernement, dont les soldats, les pompiers, les policiers et les élèves-officiers semblaient manifestement mal préparés à faire face à l'ampleur de la tragédie. La frustration a été amplifiée par les efforts visant à donner l'image d'une réponse forte et efficace de l'État.
"Il y a un tas de corps là-bas depuis la nuit dernière. Des nouveau-nés aussi", a déclaré Mileidy Romero, qui participe aux recherches dans la ville côtière de Caraballeda. "Hier, à 20 heures, il y avait encore des personnes vivantes sous les décombres, et personne ne s'est donné la peine de les secourir. Nous avons localisé plusieurs corps et personne ne nous a aidés à les récupérer non plus. Qu'attendent-ils ?".
La région de La Guaria délaissée
Ce manque de réponse se fait d'autant plus ressentir à La Guaria, région la plus touchée. Delcy Rodríguez a annoncé que plus de 14 000 militaires et policiers patrouillent dans la région.
Mais sur place, de nombreuses Vénézuéliens ont affirmé avoir très peu vu les représentants de leur gouvernement. Yeison Marcano, un homme présent parmi la foule, assure que les personnes participant aux recherches ont reçu une certaine aide d'une unité d'enquête, mais que ni la police ni la Garde nationale ne leur étaient venues en aide. "Ils sont venus manger des arepas et prendre des photos pour donner l'impression qu'ils travaillaient", souffle-t-il. "Ils n'ont même pas sali leurs uniformes comme nous. Cela fait trois jours que nous sommes ici."
La région est également totalement bloquée par les autorités et les secouristes bénévoles ont besoin d'autorisations spéciales pour entrer dans la zone sinistrée.
Carlos Itriago, 27 ans, fait la queue devant une salle de spectacle de Caracas, où ces laissez-passer sont distribués. Au fur et à mesure que les heures passent, la colère monte. "Il faut un permis pour sauver des vies… imaginez un peu", peste-t-il.
"Je suis ici depuis l'aube pour pouvoir aller secourir des gens", lâche, de son côté, Ezequiel Rivero, 53 ans. "Regardez l'heure qu'il est… combien de vies avons-nous déjà perdues pendant ce temps ?"
Sur le terrain, cette colère se fait également sentir. Certaines personnes, exaspérées par la réponse du gouvernement, ont empêché une pelleteuse de quitter le site d'un immeuble effondré et ont fait descendre son conducteur de la cabine.
Peu avant, des employés de l'État se sont pris en selfie devant les bâtiments aplatis avant de repartir sans participer aux opérations de secours. Les responsables du parti au pouvoir prennent souvent des selfies afin de montrer leur participation aux événements liés au gouvernement.
Yessica Mendoza a dû transporter elle-même le corps de sa fille jusqu'à une morgue de Caracas après que Yesimar Rodriguez, 25 ans, et son mari Jhomel Anaya, 26 ans, ont péri dans l'effondrement de leur maison à La Guaira. "C'est nous qui les avons sortis des décombres. Les secours ne sont jamais arrivés", confie cette mère endeuillée de 43 ans, précisant que le couple serait incinéré sans veillée funèbre en raison de l'état avancé de décomposition des corps.
À quelques mètres de là se trouvaient au moins cinq corps enveloppés dans des couvertures. "C'est extrêmement chaotique, il fait très chaud et tout est désorganisé", assure Craig Demeillon, un pompier australien de 43 ans venu seul de Miami jusqu'à La Guaira pour prêter main-forte. "J'espère qu'il reste encore des personnes à retrouver."
Yonahí Regalado cherche toujours sa sœur, son neveu d'un an et son filleul. Il crie leurs noms, espérant recevoir une réponse, qu'elle quel soit. "Peu importe de qui il s'agit, que ce soit un membre de ma famille ou quelqu'un d'autre. S'il y a une seule personne vivante, il faut la sortir de là", souffle-t-elle.
Une catastrophe économique
Le dernier bilan, publié samedi soir, faisait état de 1 430 morts et plus de 3 200 blessés. 28 Portugais, neuf Espagnols, sept Chinois, deux Brésiliens, un Chilien, un Italo-Vénézuélien et un Uruguayen font également partie des victimes.
L'ONU estime les dégâts matériels à 6,7 milliards de dollars, soit environ 6 % du PIB du Venezuela.
De son côté, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime, au regard des données disponibles sur la population et les dégâts, que jusqu'à 6,76 millions de personnes pourraient être affectées et auront besoin d'abris d'urgence, d'eau potable, d'installations sanitaires, de soins médicaux, d'une protection et d'une aide humanitaire essentielle.