Deux séismes de magnitudes 7,2 et 7,5 ont touché presque tout le pays et ont été ressentis jusque dans des villes de l’Amazonie brésilienne, à environ 1 700 kilomètres de Caracas.
Le Venezuela a été touché, mercredi 24 juin au soir, par deux importants séismes de magnitude 7,2 et 7,5 qui ont ébranlé toute la région, entraînant l’évacuation d’immeubles jusque dans des villes de l’Amazonie brésilienne, à environ 1 700 kilomètres de la capitale, Caracas.
Au moins 32 personnes sont mortes et plus de 700 autres ont été blessées, selon les autorités. Mais le bilan pourrait être bien plus lourd. Le système PAGER de l'U.S. Geological Survey (USGS) estime à 42 % la probabilité que le bilan humain dépasse les 10 000 morts et à 17 % qu'il dépasse les 100 000 victimes.
Le système PAGER estime également que les pertes économiques pourraient être comprises en 1 et 7 % du PIB vénézuélien. L'USGS juge à 53 % la probabilité que le coût des dégâts dépasse les 10 milliards de dollars.
"Nous appelons à l'unité"
Dans une brève allocution à la nation, la présidente par intérim Delcy Rodríguez a déclaré l'état d'urgence et a indiqué que les séismes avaient provoqué des dégâts dans plusieurs États.
Elle a indiqué que le bilan humain devrait s'alourdir à mesure que les secours fouillent les bâtiments effondrés et que les équipes d’urgence atteignent les zones dévastées. Les premiers chiffres publiés, tôt jeudi, n’incluaient pas l’État de La Guaira, que Delcy Rodríguez a qualifié de "zone sinistrée" et de région la plus durement touchée.
"Nous appelons notre population à rester calme", a déclaré la présidente par interim. "Nous appelons à l’unité." Elle a également annoncé que le métro et la distribution de gaz naturel étaient suspendus dans la capitale et a également exhorté les Vénézuéliens à signaler tout dégât via une application gouvernementale afin qu’ils soient pris en charge rapidement par les autorités.
La présidente par intérim a précisé que les cours seraient suspendus pendant plusieurs jours pour faire face à la crise. Le ministère de l’Éducation a, de son côté, indiqué que certaines écoles serviraient d’abris et de centres de collecte de dons dans les régions les plus touchées.
Delcy Rodríguez a ensuite demandé à l’ensemble des professionnels de santé du pays de se rendre dans les hôpitaux pour prendre en charge les blessés.
Les séismes ont endommagé le principal aéroport du pays, l’aéroport international Simón Bolívar, au point de contraindre les autorités à le fermer.
Dans l’État côtier de Falcón, le gouverneur Víctor Clark a indiqué que 32 personnes avaient été hospitalisées et que, plus de quatre heures après le séisme, 15 personnes se trouvaient encore prises au piège sous les décombres des bâtiments effondrés.
Plus puissants séismes depuis un siècle
L'USGS avait d’abord évalué la magnitude du premier séisme à 7,1, avant de la réviser à 7,2. Son épicentre se situait à l’ouest de la localité de Morón, sur la côte caraïbe du pays, à environ 168 kilomètres à l’ouest de Caracas. Le foyer du séisme a été localisé à 22 kilomètres de profondeur.
L’agence a ensuite signalé une seconde secousse encore plus forte, de magnitude 7,5, survenue une minute plus tard. Ce deuxième tremblement de terre, dont le foyer se trouvait à 10 kilomètres de profondeur, avait son épicentre à 16 kilomètres au sud-ouest de Morón.
Ces séismes, parmi les plus puissants à frapper le pays sud-américain depuis plus d’un siècle, se sont produits peu après 18 heures, heure locale. À Caracas, la capitale, les habitants ont évacué des immeubles oscillant sous les secousses, nombreux étant sous le choc en découvrant des pans entiers de murs effondrés laissant voir les meubles depuis la rue.
Selon des reportages de TV Globo, des bâtiments ont également été évacués à Manaus, Belém et Macapá, en Amazonie brésilienne. Les secousses ont aussi été ressenties dans les régions caribéennes et du nord-est de la Colombie, mais aucun dégât ni blessé n’y a été signalé.
"Irréel"
À Caracas, des colonnes de poussière étaient également visibles dans deux quartiers de la capitale, où restaurants et commerces sont habituellement très fréquentés.
Les habitants, dont beaucoup semblaient choqués, sont restés dans les rues pendant des heures, bien après la tombée de la nuit. Certains étaient assis par terre, serrant leurs animaux de compagnie contre eux, tandis que la poussière retombait autour d’eux.
Des bâtiments effondrés, des poteaux électriques abattus et des débris ont coupé des axes. Une partie de la capitale a été privée d’électricité et de réseau mobile.
"Ça a commencé doucement puis l’intensité a augmenté progressivement et, au final, nous avons tous dû quitter nos maisons, sortir et nous rassembler", raconte Hector Ricci, un habitant de Caracas.
Roberto Gamas, un autre résident, a déclaré que l’immeuble dans lequel il se trouvait "a vraiment oscillé d’un côté à l’autre. C’était irréel. La force était incroyablement puissante".
L’absence de réseau mobile dans certaines régions du Venezuela a accru l’angoisse de nombreuses familles, notamment parmi les plus de 7,7 millions de personnes qui ont quitté le pays au cours de la longue crise qu’il traverse.
María Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne vivant en exil depuis son départ du pays en décembre, a publié un message sur X pour adresser ses prières et son soutien aux Vénézuéliens. "Que la force, la sérénité et la solidarité prévalent parmi nous en ces temps difficiles", a-t-elle écrit.
Une aide internationale proposée
Plusieurs gouvernements ont déjà proposé leur aide, notamment ceux des États-Unis, de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Chili, de l’Équateur, du Salvador, du Mexique, du Panama et de l’Uruguay.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a écrit, sur X tôt jeudi, que les États-Unis déployaient "immédiatement des équipes de recherche et de sauvetage, des ressources médicales et une aide humanitaire au Venezuela".
Jeremy P. Lewin, sous-secrétaire d’État américain chargé de l’aide internationale, a déclaré que le département d’État avait mobilisé une équipe d’assistance en cas de catastrophe ainsi qu’une cellule de crise afin de coordonner l’aide avec le gouvernement intérimaire vénézuélien.
De son côté, Delcy Rodríguez a indiqué que le Qatar avait déjà envoyé des sauveteurs qui devaient arriver au Venezuela dès le lendemain, ainsi que du personnel de secours en provenance du Mexique et du Salvador.
Le président salvadorien Nayib Bukele, autrefois farouche opposant au gouvernement vénézuélien, a déclaré mercredi soir, sur X, avoir proposé son aide. "Nous vous envoyons toute notre solidarité et nos prières. Tenez bon, Venezuela", a-t-il écrit.
Le président équatorien Daniel Noboa a annoncé avoir ordonné l’envoi immédiat d’aide humanitaire afin de répondre à l’urgence. "L’Équateur répondra avec la rapidité et l’engagement que cette situation exige, car malgré nos profondes divergences, l’humanité doit toujours guider l’action d’un dirigeant", a-t-il assuré.
Le président bolivien Rodrigo Paz, qui avait lui-même déclaré l’état d’urgence dans son pays moins d’une semaine auparavant après plusieurs semaines de manifestations antigouvernementales, a affirmé que la Bolivie était prête à fournir toute l’assistance nécessaire.