La journaliste d'Euronews Mared Gwyn vous emmène de la Grèce à Djibouti et révèle des détails exclusifs sur une réunion à huis clos à Bruxelles où est intervenu Jared Kushner.
D’abord, une exclusivité : mon collègue Vincenzo Genovese rapporte que le gendre du président américain Donald Trump, Jared Kushner, a réclamé une refonte radicale de l’aide financière à Gaza lors d’une réunion à huis clos du groupe des donateurs pour la Palestine à Bruxelles, au cours de laquelle des représentants européens et arabes ont promis un programme de relance de près de 900 millions d’euros.
Intervenant en visioconférence la semaine dernière, Jared Kushner a balayé les initiatives d’aide à Gaza menées jusqu’ici, les décrivant comme "conçues étape par étape par des ONG et des terroristes", et a appelé à un changement de cap fondamental pour "inverser la tendance", selon des sources au fait de ces discussions privées consultées par Euronews.
Jared Kushner est une figure clé du Board of Peace, l’instance controversée présidée par le président américain qui doit superviser la reconstruction de Gaza. La commissaire européenne chargée de la Méditerranée, Dubravka Šuica, avait suscité un tollé en février lorsqu’elle s’était rendue à Washington pour une réunion du Board, alors même que la Commission avait exprimé des doutes sur sa compatibilité avec la Charte de l’ONU. Vincenzo en donne tous les détails dans cet article exclusif.
Une carte postale de Djibouti : notre envoyé spécial Toby Gregory, qui était embarqué cette semaine avec la mission navale de l’UE Aspides lors de la visite officielle de la cheffe de la diplomatie Kaja Kallas, nous écrit depuis le Bab el-Mandeb. C’est un tout petit pays qui porte un immense fardeau : il se trouve sur l’étroit passage où une grande partie du trafic maritime mondial croise à vue des côtes du Yémen, là où les drones et missiles houthistes ont transformé l’une des routes commerciales les plus fréquentées de la planète en ligne de front.
Pour l’Europe, ce bras de mer est l’endroit où les préoccupations abstraites de Bruxelles – énergie, commerce et sécurité – deviennent soudain tangibles.
Si cette visite comptait, c’est pour son timing et le signal envoyé. Avec la mer Rouge toujours menacée et une Europe de plus en plus inquiète de savoir qui contrôle les voies de navigation critiques, le déplacement de Kaja Kallas en personne à Djibouti a été pour Bruxelles une manière de planter son drapeau : une déclaration que l’UE entend être un acteur de sécurité à part entière, et non un spectateur dépendant des autres. Kaja Kallas a supervisé la signature d’un nouveau Status of Forces Agreement UE–Djibouti, le cadre juridique qui permet aux forces européennes d’opérer depuis le sol djiboutien.
Cela ressemble à de la paperasse, mais c’est une véritable déclaration d’intention, qui ancre un pied européen dans un pays où des bases américaines, françaises, japonaises et chinoises se font face à quelques kilomètres de distance. Dans une région où tout le monde se dispute l’influence, Bruxelles vient d’assurer sa place à la table. Regardez le reportage de Toby dans l’épisode du jour d’Europe Today.
Une tragédie grecque : par ailleurs, les négociations sur le 21e paquet de sanctions contre la Russie sont bloquées sur le GNL, nous rapporte Jorge Liboreiro, de retour de Kyiv. La Grèce, qui abrite une puissante industrie maritime, a soulevé de sérieuses questions concernant l’interdiction du GNL russe, qui doit entrer pleinement en vigueur le 1er janvier 2027. Précisons que cette interdiction a été actée l’an dernier et qu’elle n’est pas liée au projet de paquet actuellement sur la table.
Le point central pour la Grèce n’est pas tant l’achat de GNL russe que le transfert de cette marchandise vers des pays non membres de l’UE, que l’interdiction entend également proscrire à partir de janvier prochain. Athènes soutient qu’empêcher le transport ne réduira pas le trésor de guerre de Moscou, qui trouvera simplement d’autres opérateurs volontaires, notamment en Chine, pour assurer la mission aujourd’hui confiée aux navires battant pavillon grec.
Le fait qu’Athènes tente de rouvrir un dossier devenu loi en octobre 2025 irrite fortement les diplomates. L’objectif, pour l’instant, est de trouver un compromis qui puisse satisfaire la Grèce sans créer un précédent dangereux incitant d’autres capitales à revenir sur des décisions passées.
Interdiction visant les soldats russes en suspens : parallèlement, l’interdiction d’entrée visant les soldats russes a été une nouvelle fois édulcorée. La dernière version fait état de l’intention de continuer à travailler à rendre cette interdiction pleinement applicable dans la pratique, sans imposer d’obligation de mise en œuvre. Autrement dit, elle ne sera pas mise en place tant que les États membres ne seront pas convaincus de son efficacité.
Un libellé tout aussi ambigu a été utilisé pour ménager l’Autriche au sujet de sa demande controversée de lever les sanctions contre Rasperia afin de compenser une perte de 2,1 milliards d’euros subie par Raiffeisen Bank International en Russie. Les ambassadeurs prévoient de promettre à Vienne qu’une solution sera trouvée ultérieurement. Ce n’est pas un « oui », mais ce n’est pas un « non » non plus.
En parallèle, nous attendons aujourd’hui une pluie d’annonces de la Commission…
Les États de l’UE bientôt notés sur l’état de droit : la Commission doit d’abord publier son évaluation annuelle du respect de l’état de droit par les États membres et quatre pays candidats, en passant en revue un éventail d’indicateurs allant de la liberté des médias à la corruption, en passant par l’indépendance de la justice.
La Hongrie a souvent été considérée comme le plus mauvais élève, essuyant des critiques sévères dans toutes les éditions du rapport depuis le lancement de l’initiative en 2020. Mais selon Daniel Freund, eurodéputé de premier plan sur ces questions, « les électeurs hongrois ont déjà résolu une partie du problème » avec l’élection de Péter Magyar en avril, et cette édition devrait être plus positive.
"Je dirais que ma plus grande inquiétude en ce moment concerne la Slovaquie", a également confié Daniel Freund à ma collègue Angela Skujins, citant le récent "démantèlement" du Bureau du procureur spécial et de l’Agence nationale de lutte contre la criminalité à Bratislava. "Ces changements juridiques permettent à des personnes déjà condamnées pour corruption de sortir de prison ou de voir leurs enquêtes stoppées", a-t-il expliqué.
Le commissaire européen à la Justice, Michael McGrath, qui doit présenter ces évaluations plus tard dans la journée, a indiqué à Euronews que le rapport n’a pas pour but "seulement d’identifier les problèmes", mais aussi de "contribuer à construire une culture plus solide de respect de l’état de droit à travers l’Europe".
"En définitive, l’état de droit ne se résume pas aux lois. Il s’agit de confiance – la confiance que les gouvernements sont responsables de leurs actes, que la justice est indépendante et impartiale, que les droits sont protégés et que chacun est traité de manière égale. C’est le socle sur lequel reposent nos libertés, notre prospérité et notre mode de vie européen", a déclaré le commissaire.
ETS, l’acronyme du jour : la Commission doit également dévoiler aujourd’hui les projets très attendus de réforme du marché carbone de l’Union, appelé système d’échange de quotas d’émission (ETS), afin de l’aligner sur les objectifs climatiques pour 2040, rapporte ma collègue Marta Pacheco.
En substance, l’ETS est le mécanisme qui permet à l’UE de faire payer les entreprises pour leur pollution. La réforme présentée aujourd’hui devrait obliger les industries lourdes à intensifier leurs efforts de décarbonation – même si elles pourront toujours utiliser des quotas d’émission gratuits pour les aider à traverser la transition climatique. La proposition du jour devrait ouvrir des mois de bras de fer politique et de lobbying sur les détails du plan.
Bruxelles doit aussi proposer aujourd’hui des redevances de réseau et des réformes fiscales pour rendre l’électricité moins chère que le gaz, comme l’avaient promis Ursula von der Leyen et António Costa en mars, en réponse aux demandes des industriels qui imputent les prix élevés de l’électricité à un manque de compétitivité.
Le très attendu plan d’électrification doit également fixer un nouvel objectif visant à électrifier l’économie du bloc d’ici 2040 et à réduire la dépendance aux combustibles fossiles importés. Les bâtiments, qui représentent environ la moitié de la consommation de gaz de l’UE, ont été identifiés comme une priorité, selon un haut responsable de la Commission. Celle-ci prévoit d’encourager un déploiement plus large des pompes à chaleur, d’améliorer la transparence autour des coûts d’installation et de mieux utiliser les mécanismes de financement existants pour soutenir les ménages à faibles et moyens revenus.
Zelensky tente de contenir les retombées sur la défense après un remaniement du cabinet en temps de guerre
Le Parlement ukrainien a approuvé un cabinet de guerre presque entièrement renouvelé, nommant le patron de Naftogaz, Sergii Koretskyi, au poste de Premier ministre pour renforcer la résilience énergétique et l’intégration à l’UE dans le cadre du remaniement opéré par Volodymyr Zelensky, rapporte ma collègue Sasha Vakulina.
Sa nomination intervient sur fond de manifestations dans les rues après la révocation du ministre de la Défense Mykhailo Fedorov et d’une rupture spectaculaire au grand jour au sein du haut commandement militaire ukrainien.
Lors d’une conférence de presse au ton explosif, Fedorov a accusé le commandant en chef Oleksandr Syrskyi de bloquer les réformes, d’alimenter les divisions et de "fracturer le pays", affirmant que Zelensky avait de facto choisi de garder Syrskyi plutôt que lui.
Ces développements mettent à nu de douloureuses tensions internes, alors que Zelensky s’efforce de contenir ce qui est désormais un scandale très public entre un ancien ministre de la Défense réformateur, largement soutenu par les militaires et la société civile, et le chef de l’armée au cœur de l’effort de guerre ukrainien.
Les manifestations doivent se poursuivre vendredi. Ce qui a commencé comme une colère contre la révocation de Mykhailo Fedorov s’est transformé en une indignation plus large face à la manière dont le président dirige l’armée, les manifestants estimant ne pas être entendus et réclamant de vrais changements au sommet de la hiérarchie militaire.
Davantage d’articles de nos rédactions
Quand Messi a rencontré Yamal : l’histoire du maître et de l’apprenti derrière la finale de la Coupe du monde. En 2007, lors d’un événement caritatif de l’UNICEF, Messi a baigné le petit Lamine Yamal, alors âgé de cinq mois, dans les vestiaires du Camp Nou. Dix-neuf ans plus tard, ils se retrouveront en finale de la Coupe du monde 2026 : Espagne–Argentine au MetLife Stadium, dans le New Jersey. Cristian Caraballo vous propose le récit complet.
"Le vent tourne" : dans les coulisses du voyage d’Ursula von der Leyen à Kyiv. La dernière visite d’Ursula von der Leyen à Kyiv a marqué un changement de dynamique, écrit Jorge Liboreiro, tout juste revenu de la capitale ukrainienne. Le champ de bataille s’est déplacé vers le ciel et le processus d’adhésion produit des résultats tangibles. "Le vent tourne", a-t-elle lancé. À lire.
"Le modèle chinois est défaillant" : un eurodéputé influent estime que la pression commerciale pourrait tester la stabilité de Pékin. Dans un entretien accordé à Peggy Corlin pour Euronews, l’eurodéputé libéral allemand Engin Eroglu, président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec la Chine, affirme que le marché de 450 millions de consommateurs de l’UE donne au bloc un levier face à Pékin et remet en cause la prétention de la Chine à la domination mondiale. En savoir plus**.**
Nous gardons également un œil sur
- Les ministres de la Justice et des Affaires intérieures de l’UE réunis pour une réunion informelle à Dublin, en Irlande
- La commissaire européenne aux services financiers, Maria Luís Albuquerque, doit faire une annonce sur la compétitivité du secteur bancaire
C’est tout pour aujourd’hui et pour cette semaine. Nous serons de retour lundi. Toby Gregory, Sasha Vakulina, Jorge Liboreiro, Angela Skujins, Marta Pacheco, Vincenzo Genovese et Peggy Corlin ont contribué à cette newsletter.