Au cœur des critiques : le manque de réactivité des autorités face à un individu déjà connu des services de police pour coups et blessures, extorsion et vol. "La dangerosité de cet homme a été sous-estimée", estime un expert.
Ce lundi 27 juillet, les Berlinois ont défilé en nombre, porte de Brandebourg, où un mémorial a été improvisé en hommage à la victime de l'attentat survenu samedi, lors de la marche des Fiertés de la ville.
Le principal suspect, Abdul Ballout, a tué une femme et blessé 29 autres personnes en fonçant sur la foule à bord de sa camionnette, avant de descendre et de taillader les passants à la machette.
Mais alors que la Ville panse encore ses plaies, certains expriment déjà leur frustration face à l'incapacité des autorités à empêcher cette tragédie, jugeant que les forces de l'ordre auraient dû intervenir plus tôt pour empêcher l'attaque.
Car le suspect, qui a été tué le lendemain par la police au terme d'une chasse à l'homme de plusieurs heures, était déjà connu des autorités. Selon les procureurs, ce ressortissant allemand d'origine libanaise, avait déjà été condamné pour coups et blessures, extorsion et vol, et avait tenté de rejoindre l'organisation Etat islamique en Syrie.
"Je pense, au moins dans une certaine mesure, que l'État n'a pas réagi comme il le fallait, car, après tout, il avait affaire à un criminel. Il aurait dû intervenir plus tôt", estime Alfred Kubitz, venu se recueillir sur le mémorial.
Une "erreur fatale"
Des experts en sécurité s'interrogent également sur le fait que l'assaillant circulait librement et n'était pas étroitement surveillé. "La dangerosité de cet homme a été sous-estimée", estime Rolf Tophoven, de l'Institut de recherche sur le terrorisme et les politiques de sécurité.
L'an dernier, Abdul Ballout s'était rendu au Liban pour tenter de rejoindre l'État islamique (EI). Une tentative qui n'avait finalement pas abouti : l'homme avait été arrêté puis avait passé trois mois en prison avant d'être rapatrié en Allemagne.
Plus récemment, en mai, il avait été condamné pour "préparation d'un acte de violence grave portant atteinte à l'État" et écopé d'une peine de prison d'un an et dix mois. Cette peine avait toutefois été assortie d'un sursis, en partie pour tenir compte du temps déjà passé en détention au Liban et en préventive, mais aussi parce qu'il avait reconnu les faits et affirmé avoir pris ses distances avec l'EI.
"On savait qu'il était islamiste, et la tragédie, c'est précisément que tout était connu", déplore Rolf Tophoven, fustigeant "l'erreur fatale" qui a consisté à le laisser en liberté.
Le président de l'association des policiers allemands, Dirk Peglow, a lui aussi reproché à la justice d'avoir été trop indulgente avec Abdul Ballout. "Avec des personnes qui représentent une telle menace, la fin de la détention ne doit pas marquer la fin du contrôle exercé par l'État", a-t-il souligné.
Des responsables politiques de tout l'éventail partisan ont rapidement condamné l'attaque et réclamé des mesures plus sévères contre les extrémistes.
Le député Marc Henrichmann, membre de la CDU de centre droit de Friedrich Merz et président de la commission parlementaire de contrôle des services de renseignement, a déclaré au journal Handelsblatt que "les libertés des extrémistes et des islamistes ne doivent pas être surévaluées, surtout lorsque des vies humaines sont en jeu".
"Nous défendrons la liberté", a, de son côté, assuré le chancelier Friedrich Merz, précisant que son gouvernement ne permettra pas "que ce poison du terrorisme et ce poison dirigé contre notre liberté se répandent davantage dans notre société".
La communauté LGBTQ+ redoute une récupération par l'extrême droite
Dans le même temps, des membres de la communauté LGBTQ+ de Berlin mettent en garde contre toute tentative de récupération de la tragédie par l'extrême droite. L'attaque de samedi est la première visant de cette manière la communauté LGBTQ+ de Berlin, dans une ville depuis longtemps réputée pour son ouverture.
Des centaines de personnes se sont réunies porte de Brandebourg dimanche soir pour rendre hommage aux victimes. Lena Werner, 26 ans, explique être venue à la veillée pour montrer que la communauté "ne se laissera pas intimider, pour faire entendre notre voix encore plus fort, pour témoigner d'une solidarité encore plus grande".
Les organisateurs de la Pride affirment que l'homophobie progresse et Lena Werner reconnaît que "la peur a grandi". Mais elle affirme également ne pas vouloir que l'attaque de samedi alimente "la haine des étrangers, des migrants ou de l'islam".
Cette attaque "aggrave la situation, à un moment où l'on voit clairement que l'Allemagne penche de plus en plus à droite", estime Mario Paul, 46 ans.
L'attaque survient à moins de deux mois de l'élection d'un nouveau parlement régional à Berlin, alors que le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) est en tête dans certains sondages. Dans la capitale, il est au coude-à-coude avec la gauche radicale de Die Linke, les Verts et la CDU conservatrice du chancelier Friedrich Merz.
Dans un message publié sur X, la coprésidente de l'AfD, Alice Weidel, a accusé le chancelier Friedrich Merz de ne pas en faire assez contre "la violence des migrants" et affirmé que son parti était "prêt à agir".
Alex Friedrich, 51 ans, également présent à la veillée de dimanche, se dit convaincu que les personnes LGBTQ+ qui ont "déjà enduré tant de choses dans leur vie", ne se laisseront "pas bousculer" par l'AfD, un parti accusé par certains d'hostilité aux droits et à la visibilité des personnes LGBTQ.
Luka, une étudiante de 23 ans, estime, elle, que l'extrême droite pourrait "facilement" instrumentaliser l'attaque, mais dit croire "qu'il y aura une forte résistance à cette récupération".