Le parti de Nigel Farage affirme que, s'il accède au pouvoir, il lancera une vaste opération navale dans la Manche pour intercepter les embarcations de migrants et les renvoyer vers la France. Une proposition jugée irréaliste par des experts militaires et l'opposition.
Le parti de droite radicale Reform UK a dévoilé lundi un projet prévoyant, s'il arrive au pouvoir, "la plus grande opération militaire" dans la Manche_"depuis la Seconde Guerre mondiale"_ afin d'empêcher les traversées de migrants sur de petites embarcations.
Cette proposition, immédiatement rejetée par des experts et d'autres partis politiques, intervient quelques jours après l'entrée de milliers de migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc voisin, ravivant le débat européen sur les migrations irrégulières.
Le parti anti-immigration de Nigel Farage a indiqué qu'il détaillerait des propositions visant à déployer la marine britannique pour renvoyer les embarcations vers la France, une politique envisagée puis rapidement abandonnée par le gouvernement conservateur en 2020.
Comme à l'époque, des experts militaires et des partis d'opposition ont assuré que ces plans étaient irréalisables et que le Royaume-Uni ne disposait même pas des moyens militaires adaptés pour les mettre en oeuvre.
Ces propositions arrivent alors que Nigel Farage et Reform, qui ont dominé les sondages nationaux pendant environ 18 mois mais ont vu leur avance s'évaporer ces dernières semaines, font face à une série de scandales et d'enquêtes officielles sur leurs finances.
Dans le dernier en date, le commissaire aux normes du Parlement a indiqué lundi qu'il avait ouvert la semaine dernière une enquête sur un supposé "défaut de déclaration" d'un intérêt financier par le vice-dirigeant du parti, Richard Tice.
Le commissaire enquêtait déjà sur Nigel Farage pour une autre infraction présumée au règlement parlementaire, mais cette enquête a été suspendue lorsque le chef de Reform UK a démissionné de son siège de député pour provoquer une élection partielle la semaine prochaine, à laquelle il est candidat.
Parallèlement, les prochaines élections législatives au Royaume-Uni ne sont pas prévues avant 2029.
Comme d'autres partis d'extrême droite en Europe, les élus de Reform UK se sont saisis de l'afflux massif de migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta la semaine dernière pour soutenir qu'il illustre les dangers de la migration irrégulière.
"Reform UK répondra en lançant la plus grande opération militaire dans la Manche depuis la Seconde Guerre mondiale", a déclaré Zia Yusuf, porte-parole du parti aux Affaires intérieures, avant la publication du plan lundi. Il s'est rendu à Ceuta ce week-end.
"Nigel Farage donnera l'ordre à la Royal Navy de Sa Majesté de faire en sorte qu'aucune embarcation non autorisée traversant la Manche n'atteigne les côtes du Royaume-Uni", a-t-il indiqué. "Ceux qui tenteront la traversée seront interceptés par nos forces armées et renvoyés en France".
Interrogé lundi sur ces propositions lors d'entretiens, Zia Yusuf a assuré que cette politique était réalisable.
"Si les Français s'y opposent, alors, comme je l'ai dit, nous retournons à la table des négociations sur l'argent que la Grande-Bretagne verse à la France pour cela et nous entrons dans un différend diplomatique", a-t-il déclaré sur Sky News.
Le Royaume-Uni et la France ont signé en avril un nouvel accord de trois ans pour empêcher les migrants irréguliers d'effectuer ces traversées risquées de la Manche, Londres versant à Paris jusqu'à 766 millions d'euros en échange d'un renforcement des moyens de contrôle.
L'ancien commandant de la Royal Navy Tom Sharpe a déclaré que les plans de Reform UK n'étaient "pas vraiment là où se trouve la solution" : "La Marine peut faire beaucoup, mais l'idée de... ramener des personnes en France, contre la volonté des Français, pour moi, ça ne tient pas la route".
La migration irrégulière est un sujet hautement sensible au Royaume-Uni. Au 31 juillet, 14 281 migrants en situation irrégulière étaient arrivés dans le pays à bord de petites embarcations depuis le début de l'année 2026, soit une baisse de plus de 42 % par rapport à la même période l'an dernier.
Mais un record quotidien a été atteint le 29 juillet, lorsque 752 personnes sont arrivées en une seule journée.