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Russie : des dizaines de VPN bloqués en amont des élections

Depuis le printemps, les autorités russes bloquent régulièrement l’internet mobile dans tout le pays.
Depuis le printemps, les autorités russes coupent régulièrement l’internet mobile dans tout le pays. Tous droits réservés  AP Photo
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Par Александра Ягодкина
Publié le
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Roskomnadzor, l'organe russe de censure, attaque les connexions internet chiffrées en amont des élections de septembre.

Les services VPN en Russie ont subi une panne majeure. Plusieurs grands fournisseurs ont signalé des problèmes de connexion le 4 août. La cause probable est un blocage ciblé de la part de Roskomnadzor.

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Selon les calculs du média "Exploit", la panne a touché plus de 20 services populaires permettant de contourner les blocages sur Internet. Parmi eux VPN Generator, VPN Legend, GaMMa VPN, LTVPN, ABS et FoxyBot, a constaté le média "Agence.News" (source en russe). Par la suite, certains d'entre eux ont informé leurs utilisateurs qu'ils basculaient vers des serveurs de secours, mais le fonctionnement n'a pas encore pu être pleinement rétabli.

L'ampleur exacte de l'attaque reste inconnue, mais elle est déjà présentée comme la plus importante de ces dernières années. Roskomnadzor n'a pour l'heure fait aucun commentaire.

Selon des médias spécialisés, les restrictions ont visé directement l'infrastructure : les adresses IP des hébergeurs sur lesquels sont installés les services VPN ont été ajoutées à une liste noire.

"Les autorités, avec l'aide de sociétés informatiques, ont réussi à identifier plusieurs dizaines de systèmes autonomes (AS, un ensemble de réseaux gérés par un même opérateur) 'où se regroupent les VPN', et ont bloqué tous les préfixes associés à ces AS", a expliqué le président de la "Société pour la protection d'Internet" Mikhaïl Klimarev (source en russe).

La veille, le 3 août, le ministère du Numérique a discuté avec les hébergeurs de mesures visant à renforcer le contrôle des "VPN légitimes". Il estime que, avec eux, des services "camouflés" utilisés pour contourner les blocages sur Internet se sont retrouvés dans la "liste blanche". Le ministère a donc décidé d'intensifier les vérifications des adresses IP de tous les services autorisés.

Une offensive lancée au printemps

Depuis le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, les autorités russes resserrent systématiquement la censure et le contrôle d'Internet, privant les Russes d'un accès à des informations provenant de sources indépendantes.

Les médias indépendants et de nombreux sites sont interdits et bloqués en Russie, tout comme plusieurs plateformes populaires – par exemple Instagram, Facebook, Twitter –, tandis que Telegram ne fonctionne qu'avec des restrictions.

Les utilisateurs sont poussés à migrer vers l'application de messagerie nationale "Max", surnommée "la messagerie des services secrets" car elle est étroitement intégrée aux structures de l'État et dotée d'un code source entièrement fermé.

Très rapidement, l'utilisation de services VPN pour accéder à des sites et réseaux sociaux étrangers est devenue un phénomène de masse en Russie.

Au printemps, l'internet mobile a commencé à être régulièrement coupé dans tout le pays. Des "listes blanches" de sites autorisés à fonctionner pendant ces coupures ont été introduites.

Et en mai, Roskomnadzor a exigé des opérateurs de télécommunications, sous peine d'amendes, qu'ils transmettent les données sur les adresses IP de leurs abonnés sous couvert de "lutte contre les menaces pesant sur la sécurité du segment russe d'Internet et contre les cyberattaques". Ces informations servent précisément à traquer l'usage des VPN. En outre, à cette fin, selon certaines sources, Roskomnadzor aurait même acheté massivement des comptes premium dans des services VPN.

"Des méthodes de campagne électorale"

Pour Leonid Volkov, responsable des projets politiques du "Fonds de lutte contre la corruption", cette attaque contre les serveurs VPN fait partie de la stratégie électorale de Moscou.

"Roskomnadzor a assez rapidement pu constituer une base d'adresses IP utilisées par les services VPN les plus populaires. Ils ont accumulé, accumulé – et à l'approche des élections, ils ont frappé", a-t-il écrit sur sa chaîne (source en russe) Telegram.

"Ce qui a permis à Roskomnadzor de rendre cette nouvelle attaque efficace, c'est un stratagème technique apparu récemment : lorsque des sites et applications russes (banques, "Ozon", mais aussi Wildberries) ne s'ouvraient pas avec un VPN activé et obligeaient les utilisateurs à le désactiver pour y accéder, ils enregistraient les adresses IP utilisées par les internautes avec un VPN actif", a expliqué Volkov. Selon lui, pour éviter la répétition de telles attaques, les Russes devraient utiliser deux appareils : l'un pour les applications de la "liste blanche", l'autre pour les services interdits.

Les élections à la Douma d'État doivent se tenir en septembre. Les indices de popularité du parti au pouvoir, comme de celui du président Vladimir Poutine, sont en baisse sur fond de frappes massives de plus en plus fréquentes lancées par l'Ukraine contre des régions russes, de rumeurs croissantes sur une nouvelle vague de mobilisation dans les forces armées russes, de pénuries de carburant et de blocages réguliers d'Internet.

Le Kremlin a même revu à la baisse ses attentes vis-à-vis du parti au pouvoir "Russie unie", de 55 à 45 %, car un résultat plus élevé "aurait l'air suspect", écrivent les médias.

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