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Comment en finir avec la pauvreté qui touche un enfant sur quatre dans l'UE ?

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Dans l'Union européenne, 18 millions d'enfants vivent dans des ménages exposés au risque de pauvreté ou d'exclusion sociale, soit près d'un enfant sur quatre d'après ce chiffre qui date de 2019, donc d'avant la pandémie. Depuis, la situation s'est aggravée.

Comparé à leurs camarades plus favorisés, les enfants qui vivent dans de telles conditions sont plus susceptibles d'avoir des difficultés dans leur parcours scolaire, puis dans la recherche d'un emploi décent, mais aussi d'être en moins bonne santé à l'âge adulte.

Garantie européenne pour l'enfance

Pour rompre ce cercle vicieux, la garantie européenne pour l'enfance recommande aux États membres de s'assurer que tout enfant dans le besoin a accès à des services d'éducation et d'accueil de la petite enfance, aux soins de santé, à un repas sain par jour d'école et à des activités notamment sportives au sein de son établissement, tout cela gratuitement. Il doit aussi pouvoir disposer d'un logement décent.

Cette garantie est une transposition concrète du pilier européen des droits sociaux qui a pour objectif de faire sortir de la pauvreté au moins 5 millions d'enfants d'ici à 2030. Les États membres sont invités à signer cette garantie et à élaborer des plans d'action en vue de la mettre en œuvre.

Un projet mené à Chypre aide les jeunes parents démunis

Devenir parent sans disposer des équipements de base pour son enfant est une situation difficile à vivre. En République de Chypre, un projet appelé Baby’s Dowry, financé par des fonds européens, aide les plus démunis.

Dans ce pays où l'économie en croissance est ébranlée par la crise sanitaire, la route vers l'éradication de la pauvreté est encore longue. Un enfant sur trois est concerné selon le Réseau anti-pauvreté de Chypre.

Une problématique que connaît bien Panayiota Christou, assistante sociale pour le projet Baby’s Dowry, qui nous amène à la rencontre de familles en difficulté financière. "Le programme Baby's Dowry est financé par Chypre et par le Fonds européen d'aide aux plus démunis," explique-t-elle. "Le programme aide les familles avec des enfants de moins de 2 ans qui sont confrontées à un manque de matériel et au risque de pauvreté et d'exclusion sociale," poursuit-elle.

"La pauvreté des enfants reste cachée"

Dans le village de Temvria, près de Nicosie, la capitale chypriote, nous rencontrons Mario, soldat, et Kula qui travaillait à mi-temps dans une station-service. Leur situation financière fragile s'est précarisée avec l'arrivée inattendue de triplés. Ce jour-là, ils reçoivent avec soulagement les différents objets de Baby’s Dowry.

"Maintenant, on a un lit, une baignoire pour bébé, une poussette," se félicite Koulla Ioannou, jeune mère de triplés. "Cela nous facilitera la vie, à nous et aux enfants, on se sentira plus à l'aise et c'est aussi pour l'avenir parce que grâce au projet, on peut économiser de l'argent et s'en servir quand les enfants seront plus grands," fait-elle remarquer.

Le projet est un pas en avant pour résoudre une problématique sociale qui reste difficile à estimer selon Panayiota Christou. "La pauvreté des enfants reste cachée, secrète, ce n'est pas évident," affirme-t-elle avant d'ajouter : "Il faut donc soutenir davantage les ménages pour améliorer les conditions de vie des enfants."

Avec un budget de 3,6 millions d'euros, le projet Baby’s Dowry a aidé environ 2 000 familles comme Kula et Mario. Si cette famille est un cas exceptionnel parmi les bénéficiaires du projet, beaucoup sont des mères célibataires ou des familles réfugiées.

"C'est mieux pour leur vie présente et future"

À Nicosie, nous rencontrons l'une d'entre elles. Heba et Adel ont vécu des conditions difficiles. À leur arrivée à Chypre, le père de famille, aujourd'hui livreur, a eu du mal à trouver du travail. Il vivait avec Heba et leur premier bébé dans un appartement insalubre. "Le matériel que j'ai reçu m'a beaucoup aidé," raconte-t-il. "Pendant la période où je ne travaillais pas, je n'arrivais pas à acheter des couches pour ma fille," dit-il.

Avec les premiers besoins de leur enfant assurés, Adel a pu mettre de l'argent de côté pour la famille et améliorer sa situation professionnelle. Grâce à cela, le couple peut aujourd'hui vivre dans un appartement décent pour la famille qui s'est agrandie.

"Quand Baby’s Dowry nous a fourni ce qu'il nous fallait, j'étais vraiment heureuse," confie Heba. "C'est sûr, c'est mieux pour les enfants, ils peuvent vivre comme les autres enfants, avoir tout ce dont ils ont besoin, c'est vraiment mieux pour leur vie présente et future," indique-t-elle.

Permettre aux enfants d'accéder aux services essentiels pour leur développement et leur bien-être, c'est ce que propose la garantie européenne pour l'enfance. C'est ce que nous explique à Lisbonne, la ministre du travail Ana Mendes Godinho qui soutient cette garantie.

"Ce que nous voulons garantir, c'est une approche globale coordonnée pour répondre aux différents besoins des enfants en termes de logement, d'éducation, de soins et de santé," précise-t-elle. "Et nous voulons faire en sorte que chaque État membre ait un plan national avec un objectif concret et s'engage à apporter des réponses spécifiques pour les enfants dans le besoin dans ces différents domaines : ce n'est qu'en faisant cela que nous garantirons l'égalité des chances pour tous les enfants en Europe," assure-t-elle.

Une fois cette garantie adoptée par le Conseil européen, les États membres devront préparer leur plans d'action pour mettre un terme à la pauvreté des enfants.

Jana Hainsworth, Eurochild : "C'est particulièrement dramatique dans une région aussi riche que l'UE"

Que faire pour combattre la pauvreté des enfants à Chypre et dans le reste de l'Union européenne ? Nous avons abordé la question avec Jana Hainsworth, secrétaire générale d'Eurochild, un réseau d'organisations qui aident les enfants en difficulté dans toute l'Europe.

Naomi Lloyd, euronews :

"Pouvez-vous nous donner une idée de l'ampleur de la pauvreté des enfants en Europe ?"

Jana Hainsworth, secrétaire générale d'Eurochild :

"Les seuls chiffres dont nous disposons remontent à avant la pandémie et à ce moment-là, près d'un enfant sur quatre grandissait dans la pauvreté dans l'Union européenne : ce qui est particulièrement dramatique dans une région aussi riche."

Naomi Lloyd :

"La pandémie a évidemment fait empirer les niveaux de pauvreté des enfants. Quelle est la gravité de la situation aujourd'hui ?"

Jana Hainsworth :

"Nos organisations membres font état de difficultés importantes dans toute l'Europe. Nous avons constaté un recours plus fréquent aux banques alimentaires. Nous avons des familles qui sont à la rue. L'impact de la crise sur les enfants est grave et ils perdent aussi leurs contacts sociaux. Les répercussions sont très importantes pour eux car ils n'ont pas pu aller à l'école."

"La garantie européenne donne la priorité à l'investissement dans les enfants"

Naomi Lloyd :

"Qu'attendez-vous de la garantie européenne pour l'enfance ?"

Jana Hainsworth :

"L'initiative sur la garantie européenne pour l'enfance est très prometteuse. Elle est vraiment ambitieuse et je pense que son intention est la bonne, à savoir de donner la priorité à l'investissement dans les enfants. Le défi pour nous, c'est qu'il ne faut pas que cela reste un engagement écrit. L'Irlande pourrait être un bon exemple : c'est un pays qui dispose d'une stratégie à long terme pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale des enfants, qui s'est fixé un objectif et qui a aussi un ministre de l'enfance.

À l'heure où nous cherchons à sortir de cette crise très profonde, nous devons chercher à avoir une reprise inclusive et si nous donnons la priorité aux enfants, alors nous créerons un avenir plus durable et plus inclusif."

Notre équipe a été autorisée à filmer au sein du parc de Sceaux avec l'aimable autorisation du Département des Hauts-de-Seine.

Journaliste • Naomi Lloyd

Video editor • Silvia Lizardo

Sources additionnelles • Production : Camille Cadet ; cameramen (Bruxelles) : Pierre Holland, Jorne Van Damme ; tournage (Paris) : Vincent Kelner (caméra) et Michel Damblant (son) ; cameraman (Chypre) : Mathieu Rocher ; cameraman (Lisbonne) : Samuel Andrês ; motion design : NEWIC