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Investissements dans l'UE : que peut-on attendre du programme InvestEU ?

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Par Naomi Lloyd  & Guillaume Desjardins
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L'Union européenne a besoin d'investissements dans ses entreprises, l'innovation et les infrastructures si elle veut atteindre ses objectifs climatiques et enclencher la reprise économique et créer des emplois. Mais il y a un hic : près de la moitié des entreprises européennes envisagent de réduire leurs investissements en raison de la pandémie.

Investissements dans une Europe plus verte

Dans ce contexte où les investisseurs se montrent hésitants, l'Union européenne lance un programme qui veut les encourager à financer davantage de projets : il s'agit d'InvestEU. Il comporte une garantie de 26 milliards d'euros issue du budget européen et 7 milliards provenant de banques partenaires. Il devrait servir à mobiliser environ 370 milliards de financements publics et privés.

Cet argent permettra d'alimenter des projets qui contribuent à l'innovation et à la numérisation, de soutenir les PME, en particulier celles durement touchées par la crise du Covid-19, de favoriser l'inclusion sociale et d'encourager le développement d'infrastructures durables, tout cela avec un principe : au moins 30% de tous les investissements devront aider à bâtir une Europe plus verte.

InvestEU suit les traces du Fonds européen pour les investissements stratégiques connu sous le nom de plan Juncker qui a réussi à mobiliser 500 milliards d'euros d'investissement. Cette initiative s'est traduite sur le terrain par de très nombreux projets. Nous en découvrons quelques exemples en Pologne.

Revitalisation d'une ancienne ville minière polonaise

À Wałbrzych, en plein cœur de la Silésie polonaise, l'Union européenne s'attelle à redynamiser cette ville qui tourne au charbon depuis cinq siècles.

Pour tourner la page de la houille et revitaliser le centre-ville, la commune a reçu un prêt de 14 millions d'euros de la Banque européenne d'investissement en partie garanti par la Commission européenne.

"Revitaliser, cela veut dire reconstruire quasiment un quart de la vieille ville," fait remarquer Roman Szełemej, maire de Wałbrzych. "D'un point de vue social, cela veut dire inciter de nouveaux habitants et en particulier, les familles à s'installer dans cette partie ancienne de la ville pour lui donner un second souffle," précise-t-il.

Des logements sociaux à Poznań

Wałbrzych n'est pas la seule ville polonaise en transformation grâce au plan d'investissement européen. C'est également le cas de Poznań, la cinquième ville du pays. "Nous devons construire des appartements pour les jeunes, les seniors et les familles," indique son maire Jacek Jaśkowiak. "Ces personnes ont besoin d'un peu d'argent, d'un peu d'aide pour s'installer, pour qu'elles puissent venir habiter ici, trouver un emploi stable et mettre leurs enfants à l'école maternelle," dit-il.

L'accent a donc été mis sur les logements sociaux et accessibles. Au total, le programme que nous découvrons devrait permettre de loger entre 3000 et 4000 personnes comme Aleksandra Wysocka, 69 ans, qui se souvient encore du jour où elle a emménagé avec Beniu, son chat. "J'ai eu la chance d'emménager le 25 mars 2019 et je ne peux pas vous dire à quel point j'étais contente : je disais à mon chat : 'Regarde, Beniu, tu vas avoir un balcon, tu vas pouvoir sortir un peu," se rappelle-t-elle avant d'ajouter : "Cela aurait été trop cher pour moi d'acheter mon appartement et ce qui est le plus important avec ce logement, c'est que la dame avec qui j'ai signé le bail ne viendra pas me voir un jour pour me dire : 'Madame, vous devez partir'."

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Un programme de logements sociaux de Poznań financé grâce au plan d'investissement européeneuronews

"Les banques ne nous faisaient pas totalement confiance"

Pour financer ce chantier, le promoteur a eu recours à un prêt de la Banque européenne d'investissement s'élevant à 50% du coût total du projet pour pallier la frilosité des investisseurs privés.

"Les banques ne nous faisaient pas totalement confiance," raconte Andrzej Konieczny, PDG de Poznańskie Towarzystwo Budownictwa Społecznego (PTBS). "Ce qui posait problème, c'est le fait que nous avions une activité légèrement différente auparavant, mais aussi la durée du prêt que nous voulions au départ, à savoir 25 ou 30 ans," précise-t-il. "Mais nous avons eu une bonne relation avec la Banque européenne d'investissement et ils nous ont fait confiance," se félicite-t-il.

L'entreprise PTBS compte sur ce succès et la marque de confiance de la BEI pour convaincre de futurs investisseurs de financer son prochain projet.

À compter de juillet, InvestEU prendra le relais du plan Juncker. Cette fois-ci, des banques locales comme la polonaise BGK seront également associées aux côtés de la BEI.

Werner Hoyer, président de la Banque européenne d'investissement : "La réduction des investissements est une menace pour le rôle de l'UE dans le monde"

Dans le cadre d'InvestEU, la Commission européenne travaille avec des banques nationales comme BGK en Pologne, mais aussi avec la Banque européenne d'investissement. Nous y avons interviewé à ce sujet, son président Werner Hoyer.

Naomi Lloyd, Euronews :

"Quel a été l'impact de la pandémie sur la confiance des investisseurs ?"

Werner Hoyer, président de la Banque européenne d'investissement :

"Elle a rendu les décisions d'investissement plus compliquées parce que les revenus et les ressources des entreprises se font de plus en plus rares. Les entreprises - et nous interrogeons chaque année, 12500 d'entre elles sur leurs intentions - nous disent : 'Malheureusement, nous devons réduire nos investissements, en particulier dans les domaines innovants'. C'est donc une grande préoccupation pour nous et je pense que c'est une menace pour la compétitivité et le rôle de l'Union européenne dans le monde."

Naomi Lloyd :

"Quelles sont les priorités du programme InvestEU ?"

Werner Hoyer :

"La numérisation et l'innovation sont cruciales selon nous. Mais nous devons aussi tenir compte du fait qu'il est nécessaire d'investir dans les infrastructures qui sont dépassées. Je dirais que nous voyons aussi, par exemple dans ce que vous avez décrit en Pologne, combien il est important de contribuer à améliorer les compétences parce que le mineur qui quitte le dernier puits de charbon dans le sud de la Silésie ne sera pas à la tête d'une start-up numérique dans deux semaines. Nous devons donc aider ces personnes à prétendre à la nouvelle génération d'emplois."

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Le président de la BEI Werner Hoyer en interview dans Real Economyeuronews

BioNTech : "Il a fallu un coup de pouce public pour en faire une telle réussite"

Naomi Lloyd :

"Nous avons vu qu'au départ, dans les projets de logements sociaux en Pologne, les banques privées n'étaient pas intéressées. Puis la BEI est intervenue. Ce qui a permis de déclencher d'autres investissements. Est-ce souvent le cas ?"

Werner Hoyer :

"Oui, très souvent. Certains estiment que le label "Financement de la BEI" est un gage de sécurité car les décisions principales ou essentielles sont prises par des personnes qui ont une formation technique ou scientifique. Et c'est probablement quelque chose d'unique dans le monde bancaire. Les investisseurs nous font particulièrement confiance et nous attendons d'eux qu'ils nous donnent 60 à 80 milliards d'euros par an en termes d'achats d'obligations. L'un de nos projets phares actuellement concerne BioNTech, le fabricant et inventeur de ce fantastique vaccin. Nous les connaissions déjà car nous avions contribué à financer le développement de leurs produits contre le cancer. Et quand ils sont venus nous voir fin 2019-début 2020 en disant : 'Quelque chose se prépare et nous pensons que la nouvelle technologie que vous nous avez aidés à développer pourrait être utile pour combattre cette nouvelle épidémie' qui est devenue une pandémie par la suite, c'était une situation dans laquelle un investisseur privé n'était pas prêt ou capable de prendre ce risque. Il a donc fallu un coup de pouce public pour en faire une telle réussite."

Journaliste • Naomi Lloyd

Video editor • Silvia Lizardo

Sources additionnelles • Production : Camille Cadet ; cameramen (Luxembourg) : Thierry Winn, Nelson Parreira, Paulo Koglin ; cameraman (Pologne) : Mathieu Rocher ; motion design : NEWIC