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Santé mentale : les réseaux sociaux s’emparent du sujet

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Par Oceane Duboust
Journée mondiale de la santé mentale : sur TikTok, Instagram et Reddit, les conseils abondent pour préserver sa santé mentale. Mais que valent-ils vraiment ?
Journée mondiale de la santé mentale : sur TikTok, Instagram et Reddit, les conseils abondent pour préserver sa santé mentale. Mais que valent-ils vraiment ?   -   Tous droits réservés  Canva   -  

Ce lundi est la journée mondiale de la santé mentale. L'OMS estime qu'une personne sur huit dans le monde, présente un trouble mental. C'est-à-dire une "altération majeure de la régulation des émotions ou du comportement d’un individu". 

Un sujet mis sur le devant de la scène grâce aux multiples campagnes de sensibilisation. Mais sur les réseaux sociaux, le mouvement pour lever le tabou a débuté bien avant. S'il existe des comptes au sérieux avéré, la santé mentale fait vendre et se prête parfois au "charlatanisme".

L'anxiété et la dépression, les troubles les plus courants

Le forum Reddit, adopté par un milliard et demi de personnes, permet aux utilisateurs d'échanger autour d'un point commun en "communauté". La communauté dédiée à la dépression rassemble plus de 900 000 personnes. Celle dédiée aux troubles anxieux réunit, elle, plus de 500 000 personnes. 

Parmi les discussions, des utilisateurs partagent les réussites dont ils sont fiers : réussir à aller au restaurant seul ou passer un entretien d’embauche. Des actions qui demandent un effort important lorsqu’une personne souffre d’anxiété sociale. Sous leurs publications, des centaines de commentaires de félicitations.

Dans une autre discussion, un utilisateur partage sa technique pour éviter les crises d’angoisse : "Commencez par dire cinq choses que vous pouvez voir autour de vous, quatre choses que vous pouvez toucher, trois choses que vous pouvez entendre, deux choses que vous pouvez sentir et une que vous pouvez goûter. Cela m'aide à me calmer et à me distraire de ce qui me rend anxieux".

Une méthode mise au point par la psychologue clinicienne américaine Ellen Hendriksen qui dispense également ses conseils sur Instagram sous la forme de questions-réponses.

Les troubles anxieux et la dépression comptent parmi les troubles de la santé mentale les plus courants, mais il existe également des communautés dédiées à la schizophrénie, la bipolarité ou les troubles dissociatifs de l’identité.

Identifier son interlocuteur, une démarche primordiale

Sur le réseau social préféré des adolescents, TikTok, le hashtag #MentalHealth (santé mentale en français) accumule près de 50 milliards de vues. Sur Instagram, plus de 40 millions de publications. Certaines personnalités peuvent même être qualifiées de véritables influenceurs sur le sujet de la santé mentale.

Un sujet en vogue, donc, mais qui recouvre un contenu très hétérogène allant des témoignages aux conseils, en passant parfois par des pratiques commerciales. Il est important de garder à l'esprit que les ventes de produit, même estampillés "bien-être", répondent à des logiques marchandes, basées sur la recherche du profit.

Interrogée par Euronews Next, la professeur Viviane Kovess-Masféty, pédopsychiatre et chercheuse à l’université Paris Descartes, explique qu’il faut faire preuve de recul.

"Il y a toute une école de ‘self-help’ c’est-à-dire des gens qui se prennent en charge, qui discutent entre eux et qui s’échangent des conseils. Il ne faut pas prendre cela pour une psychothérapie, qui est autre chose", dit-elle.

"Il y a un certain nombre de sites tout à fait sérieux qui essayent d'aider les personnes à s’auto-gérer ou des groupes de parole où les gens s’encouragent. L’important est de comprendre à qui on a affaire".

Ainsi, il est important de connaître la légitimité de son interlocuteur : les infirmiers et médecins sont des professionnels de la santé tandis que les titres de "coach" ou d'"expert" recouvrent une réalité beaucoup plus floue sans forcément de qualifications.

Les professionnels de santé ont également un champ de spécialité sur lequel il est important de se renseigner. Par exemple, le Dr Colleen Reichmann, présente sur Instagram et TikTok, est une psychologue américaine spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire. D’autres comptes s'intéressent à la gestion du stress, ou les relations familiales.

Le Washington Post a récemment publié un article pour démêler le bon grain de l'ivraie des conseils trouvés sur les réseaux sociaux. Le quotidien américain souligne l’importance de se renseigner par soi-même, en dehors des réseaux, par exemple sur le site Google Scholar, le moteur de recherche universitaire. 

La professeur Kovess-Masféty rappelle qu’il existe tout un ensemble de ressources labellisées par l'équivalent de la Haute Autorité en santé dans différents pays comme le Psycom mis en place par cinq établissements psychiatriques parisiens.

Pallier la difficulté d'accès aux soins

Thérapie, cela veut dire soigner. Il faut être très clair : quelqu’un qui n’a pas de formation de thérapeute ne peut pas soigner.
Professeur Viviane Kovess-Masféty
Psychiatre et épidémiologiste

Les réseaux sociaux ont un avantage : ils sont accessibles partout et tout le temps. L'accès aux professionnels de la santé mentale est plus compliqué. Un nombre insuffisant de médecins complique l'accès aux soins.

En Pologne, un rapport de la Chambre suprême de contrôle (équivalent de la Cour des comptes française) pointait en 2020 un manque de 300 pédopsychiatres pour répondre aux besoins.

Selon un sondage de décembre 2021 commandé par l'Ordre national des psychologues, en Italie, un patient sur cinq arrête son suivi psychologique pour des raisons financières. Une précarité qui touche particulièrement les jeunes.

Si les réseaux sociaux sont davantage accessibles, ils présentent aussi des limites. Il est plus difficile de connaître son interlocuteur. Il est aussi impossible d'obtenir un suivi personnalisé thérapeutique et les réseaux sociaux ne remplacent pas la consultation d'un professionnel de santé

Pour pallier la difficulté d'accès aux soins psychologiques, la France a mis en place le dispositif MonPsy en avril 2022. Les gens peuvent bénéficier de sept séances avec un psychologue pour 30 € chacune, soit environ la moitié de leur prix normal sauf la première consultation qui coûte 40 €.

Comme le rappelle Viviane Kovess-Masféty, "thérapie, cela veut dire soigner. Il faut être très clair : quelqu’un qui n’a pas de formation de thérapeute ne peut pas soigner".