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Nadejda Tolokonnikova : "Le vrai visage de la Russie d'aujourd'hui, ce sont les prisonniers politiques"

Nadezhda Tolokonnikova et les activistes de Pussy Riot protestent contre la présence de la Russie à la Biennale de Venise malgré l'invasion de l'Ukraine en 2022, 7 mai 2026.
Nadezhda Tolokonnikova et les activistes de Pussy Riot protestent contre la présence de la Russie à la Biennale de Venise malgré l'invasion de l'Ukraine en 2022, 7 mai 2026. Tous droits réservés  MAX AVDEEV/AVDEEV.PHOTOGRAPHY
Tous droits réservés MAX AVDEEV/AVDEEV.PHOTOGRAPHY
Par Ioulia Poukhli
Publié le
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Une des leaders de Pussy Riot taxe le pavillon russe à la Biennale de Venise de "danses sur les tombes", nous dit qui, selon elle, devrait représenter l'art russe dans le monde, et parle des droits de prisonniers en Russie.

« De l’art comme spectacle, mais dessous, des tombes » et « L’art russe, c’est du sang ». C’est sous ces slogans que des militantes de FEMEN, basé en Ukraine, et des membres du groupe art-punk russe Pussy Riot se sont rassemblés pour protester contre la présence de la Russie à la Biennale de Venise.

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La police italienne n’a pas autorisé les manifestants à pénétrer dans le pavillon, mais son fonctionnement a néanmoins été interrompu pendant un certain temps.

Nadejda Tolokonnikova, l'une des organisatrices de la manifestation, membre des Pussy riot, féministe, militante des droits des prisonniers et ayant une connaissance de première main des prisons russes (ayant purgé deux ans pour leur "Prière punk" en 2012 dans le Cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou), a contacté Euronews depuis Venise.

"Nous voulons faire connaître l'art des artistes des prisonniers politiques"

Euronews: Le titre de votre action de mercredi peut être traduit par "Tempête sur Venise" ou "La prise de Venise". Vouliez-vous juste faire des vagues dans l'opinion publique ou perturber vraiment la Biennale et le pavillon russe ?

Nadejda Tolokonnikova : Nous sommes venus aujourd'hui avec une simple demande. Nous voulons parler au président de la Biennale, Pietrangelo Buttafuoco. Et voici le bureau de la Biennale de Venise, où siège Pietrangelo, où siège son conseil d'administration. Nous avons essayé de le contacter par tous les moyens possibles. Malheureusement, nous n'avons reçu aucune réponse.

Et comme Pietrangelo a dit à maintes reprises que cette biennale était axée sur le dialogue, qu'il était contre la censure, nous avons décidé de venir et de retenter notre chance. Mais alors que nous étions bloqués, il y a beaucoup d'opposants à la participation de la Russie officielle à la Biennale de Venise. Mais les rues sont bloquées. Il y a des "cosmonautes", comme nous les appelons, de la police anti-émeute dans leurs casques. Et ils ne nous laissent pas entrer.

Euronews: L'action, selon vous, a-t-elle été un succès ? Avez-vous été entendus après tout ?

Nadejda Tolokonnikova : Ce sera une vraie victoire lorsque la Russie sera officiellement exclue de la Biennale de Venise et que nous, en tant que groupe, serons autorisés à superviser le pavillon russe. Nous pensons qu'aujourd'hui, le vrai visage de la Russie, ce sont les gens qui sont en prison illégalement.

Des policiers italiens escortent Nadejda Tolokonnikova, Venise, 7 mai 2026.
Des policiers italiens escortent Nadejda Tolokonnikova, Venise, 7 mai 2026. Nadejda Tolokonnikova, archive personnel

Euronews: Vous avez suggéré de faire cela à la Biennale de 2028 - pour les artistes en détention.

Nadejda Tolokonnikova : Nous, les Pussy Riot, n'aimons pas beaucoup boycotter sans proposer de mécanismes pour résoudre le problème. Notre proposition est très simple : nous voulons apporter des œuvres d'art réalisées par des prisonniers politiques, des artistes qui se trouvent aujourd'hui dans le goulag russe pour s'être exprimés en faveur de l'Ukraine, contre le régime de Poutine.

C'est très simple. Nous avons ces œuvres, nous avons les biographies de ces artistes, nous avons des liens avec des parents, des avocats, des groupes de soutien. Et nous pouvons organiser tout cela en deux jours. Nous avons seulement besoin d'un pavillon, nous avons besoin d'un vrai dialogue, pas d'une porte fermée.

Nous voulons apporter des œuvres d'art réalisées par des prisonniers politiques, des artistes qui se trouvent aujourd'hui dans le goulag russe pour s'être exprimés en faveur de l'Ukraine et contre le régime de Poutine.
Nadejda Tolokonnikova
Activiste, membre des Pussy Riot

Euronews: Et combien y a-t-il d'artistes prisonniers en Russie aujourd'hui ?

Nadezhda Tolokonnikova : Nous pouvons vous envoyer le catalogue que nous avons compilé. Nous avons plus de 50 personnes dans le catalogue actuellement, mais il s'agit d'un travail en cours. Il y en a plusieurs centaines.

Euronews: Depuis l'annonce, début mars, du retour de la Russie à la Biennale, pour la première fois depuis l'invasion massive de l'Ukraine, la foire d'art contemporain de Venise n'a cessé de faire parler d'elle. On peut citer les menaces de la Commission européenne de la priver de financement, la prise de distance du ministre de la Culture et de la Première ministre italiene, la démission du jury international.

"La Russie à la Biennale, c'est danses sur les tombes"

Nadejda Tolokonnikova : Je suis reconnaissante à chaque personne qui exprime son opinion sur la Biennale de Venise, sur la participation de la Russie. Mais jusqu'à présent, je tiens à dire que la Russie est en train de gagner. Ils dansent sur les tombes, les os en ce moment. Ils boivent de la vodka, distribuent du champagne gratuitement. Hier, ils ont volé nos cagoules. Ils les ont filmés en train de danser sur leurs balalaïkas et de boire de la vodka dans nos cagoules.

Euronews: Hier, c'était votre première action avec des activistes FEMEN. Comment est née cette idée ?

Nadejda Tolokonnikova : Nous sommes amies avec Inna Chevtchenko (militante féministe ukrainienne, une figure majeure du mouvement Femen - NDLR) depuis longtemps et nous soutenons nos mouvements respectifs. Nous, les Pussy Riot, avons été très inspirées par le mouvement FEMEN, elles sont absolument incroyables : des femmes ambitieuses, courageuses, téméraires. Et c'était vraiment génial de faire une action avec elles. Je déclare ouvertement mon amour pour Inna Chevtchenko !

Euronews: Pendant l'action commune avec Chevtchenko, vous avez interprété la chanson "Do not submit" (Ne vous soumettez pas). A qui s'adresse cet appel ?

Nadejda Tolokonnikova : Cet appel s'adresse à tout le monde. Je pense que nous sommes habitués au fait que l'espace des possibilités est limité, et beaucoup de nos gouvernements veulent nous faire croire à ce mensonge. Mais nous avons de la force en nous. Tant que nous sommes unis, nous sommes invincibles. Et c'est exactement ce dont parle la chanson.

"Une parade de l'absurdité au lieu de l'art"

Euronews : A la veille de votre action, mardi, le commissaire européen à la souveraineté technique, à la sécurité et à la démocratie a envoyé une seconde lettre aux organisateurs de la Biennale. Ils ont 30 jours pour présenter des arguments justifiant l'ouverture du pavillon russe. Dans le cas contraire, Bruxelles les privera d'un financement de 2 millions d'euros. Pensez-vous que le comité d'organisation sera en mesure de trouver ces arguments ?

Nadejda Tolokonnikova : Je pense qu'ils réussiront, oui. C'est un combat très difficile. Tous les initiés de la Biennale de Venise nous ont dit jusqu'à présent que ça (bloquer la participation russe - NDLR), c'était une tâche impossible. Mais notre travail consiste à rendre l'impossible possible.

Nous avons beaucoup d'alliés dans ce mouvement contre l'inclusion officielle de la Russie : le Parlement européen, le Conseil de l'Europe, j'espère que d'autres nous rejoindront. Je pense donc que si ce n'est pas cette année, alors en 2028, nous serons en mesure d'apporter l'art des prisonniers politiques au pavillon de la Russie, au lieu de la parade de l'absurdité qui se produit actuellement dans le pavillon de la Russie.

Euronews : Dans le communiqué de presse, vous dites que le président de la Biennale a aidé " le plan sophistiqué du FSB (Service fédéral de sécurité, ex-KGB) dirigé par Anastasia Karneeva, la commissaire du pavillon russe (rappelez-vous : c'est la fille de Nikolaï Volobouïev, cadre supérieur de la société d'État Rostec, sanctionné internationalement, et ancien général du FSB), à trouver une brèche" qui a permis à la Russie de participer à la Biennale de cette année.

Lettre de Pietrangelo Buttafuocca, Venise, 7 mai 2026.
Lettre de Pietrangelo Buttafuocca, Venise, 7 mai 2026. Nadejda Tolokonnikova, archive personnel

Nadejda Tolokonnikova: J'ai une grande demande à vous faire, aux journalistes de la communauté, parce que nous sommes des artistes, nous ne sommes pas des journalistes d'investigation. J'aimerais que certains médias d'investigation fassent un travail vraiment sérieux en examinant les liens entre le président Buttafuoco et les autorités russes, le tout piloté par Anastasia Karneeva. Il y a quelques semaines, un article a été publié (en russe) sur leur correspondance qui a commencé il y a un an. Buttafuoco dit ouvertement : "Je vais vous aider à contourner les sanctions européennes".

Le courrier de la Biennale à Karneeva
Le courrier de la Biennale à Karneeva La Repubblica

Il a trouvé une ruse, à savoir qu'ils présenteraient leurs "chants et danses" (l'œuvre multidisciplinaire dans le pavillon russe - NDLR) du 5 au 8 mai, avant la fermeture offcielle, seulement pour la presse. En conséquence, selon la loi, il ne s'agit pas d'un événement ouvert. Il n'est ouvert qu'à des groupes conditionnels du monde de l'art et à des journalistes. Le 9 mai, le jour de l'ouverture officielle, tout sera fermé, mais les performances à l'intérieur seront projetés dehors. Le pavillon sera techniquement fermé, mais les gens pourront toujours voir l'œuvre russe sur les écrans.

Lettre au président du comité d'organisation de la Biennale de Venise, Pietrangelo Buttafuoco, 7 mai 2026.
Lettre au président du comité d'organisation de la Biennale de Venise, Pietrangelo Buttafuoco, 7 mai 2026. Nadejda Tolokonnikova, archive personnel
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