Le milliardaire est convoqué ce lundi par le parquet de Paris dans le cadre d’une enquête visant son réseau social X et son outil d'IA Grok, notamment soupçonnés de manipulations algorithmiques pour interférer dans le débat politique français.
Elon Musk comparaîtra-t-il devant la justice française ? Le milliardaire, détenteur du réseau social X est convoqué ce lundi à une "audition volontaire" devant le parquet de Paris dans le cadre d’une enquête visant sa plateforme, dont l’algorithme aurait été utilisé pour interférer dans la politique française.
L’enquête s’est ensuite élargie aux contenus générés par le chatbot Grok développé par xAI et intégré à X. Les investigations portent notamment sur des publications ayant relayé des thèses négationnistes sur l’Holocauste ainsi que la création de deepfakes à caractère sexuel, y compris des contenus pédopornographiques.
Linda Yaccarino, ancienne directrice générale de X entre mai 2023 et juillet 2025, est également convoquée dans le cadre de cette procédure.
"Ces auditions volontaires des dirigeants visent à leur permettre de présenter leur position concernant les faits et, le cas échéant, les mesures de conformité qu’ils envisagent de mettre en place", ont indiqué les procureurs. "À ce stade, la conduite de cette enquête s’inscrit dans une démarche constructive, avec pour objectif final de garantir que la plateforme X respecte le droit français, dans la mesure où elle opère sur le territoire national."
Début février, les bureaux parisiens de X ont fait l’objet d’une perquisition. L’entreprise, qui nie toute faute, a dénoncé une opération "politisée" et un "acte judiciaire abusif".
La procureure de Paris, Laure Beccuau, avait également indiqué que des employés de X avaient été convoqués comme témoins entre le 20 et le 24 avril.
Le parquet a précisé samedi que l’absence de comparution des personnes convoquées ne constituera en aucun cas "un obstacle à la poursuite de l’enquête".
Soupçons de manipulation et dérives de l’IA
L’enquête a été ouverte à la suite de signalements émanant d’un député et d’un responsable d’un organisme public de cybersécurité. Elle porte sur une possible manipulation de l’algorithme de X afin d’influencer le débat public français, ainsi que sur une utilisation illicite de données personnelles à des fins de publicité ciblée.
Les investigations ont pris de l'ampleur après la diffusion d’un message généré par Grok affirmant que les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau avaient servi à la "désinfection au Zyklon B contre le typhus", une thèse associée au négationnisme.
Dans des publications ultérieures sur X, le chatbot est revenu sur ses propos, reconnaissant une erreur et renvoyant aux preuves historiques établissant que le Zyklon B a été utilisé pour tuer plus d’un million de personnes dans les chambres à gaz d’Auschwitz.
Selon plusieurs signalements, Grok aurait également généré et diffusé des images pornographiques de mineurs et des deepfakes sexuellement explicites non consentis en réponse à des requêtes d’utilisateurs.
Une inquiétude internationale croissante
Les dérives attribuées à Grok s’inscrivent dans un contexte de surveillance internationale accrue.
Selon le Center for Countering Digital Hate (CCDH), une organisation de surveillance à but non lucratif, l’outil aurait généré environ trois millions d’images sexualisées en onze jours, principalement de femmes, mais aussi 23 000 semblant représenter des enfants.
Au Royaume-Uni, le régulateur des données a ouvert une enquête en février sur X et xAI, évoquant de "sérieuses préoccupations" quant au respect des lois sur les données personnelles.
De son côté, l’Union européenne a également lancé une enquête sur la production de deepfakes sexuels impliquant des femmes et des mineurs.
La justice américaine refuse de coopérer
En mars, le parquet de Paris a alerté le ministère américain de la Justice et la Securities and Exchange Commission (SEC) - l’agence fédérale américaine chargée de la régulation et de la surveillance des marchés financiers - suggérant "que la controverse autour des deepfakes sexuellement explicites générés par Grok pourrait avoir été délibérément orchestrée afin de gonfler artificiellement la valeur des entreprises X et xAI", ce qui pourrait constituer une infraction pénale.
Selon les autorités françaises, cette stratégie aurait pu intervenir en amont de l’introduction en bourse prévue en juin 2026 de la nouvelle entité issue de la fusion de SpaceX et xAI, à un moment où X perdait en dynamisme.
Le Wall Street Journal rapporte toutefois que le ministère américain de la Justice a indiqué ne pas vouloir coopérer avec les autorités françaises, accusant cette enquête de constituer une tentative d’ingérence dans une entreprise américaine protégée par le Premier Amendement.
Nouvelle plainte de Reporters sans frontières
Par ailleurs, Reporters sans frontières (RSF) a déposé une nouvelle plainte contre X auprès de la cellule de cybercriminalité du parquet de Paris. Elle "vise les politiques de la plateforme qui permettent à la désinformation de se propager", a déclaré RSF, accusant l’entreprise du milliardaire américain de violations répétées du droit du public à une information fiable.
"Les campagnes de désinformation inondent X, certaines ayant accumulé plusieurs centaines de milliers de vues. Bien que les équipes de la plateforme d’Elon Musk soient parfaitement conscientes de la situation, cela ne les a pas empêchées de répondre aux signalements répétés de RSF par des refus automatisés de suppression des contenus concernés", a indiqué RSF. "Il s’agit d’une politique délibérée mise en place par X, incompatible avec le droit du public à une information fiable."