Plateformes de paris prédictifs: Polymarket et Kalshi engrangent des profits records, Zuckerberg ordonne à Meta de lancer la sienne
Le PDG de Meta, Mark Zuckerberg, a donné son feu vert au développement d’une application de marchés de prédiction, selon le New York Times, alors que le groupe cherche à tirer parti de l’un des secteurs les plus dynamiques de la tech et de la finance.
L’application, pour l’instant baptisée en interne Arena, permettrait aux utilisateurs de gagner des points lorsqu’ils prédisent correctement l’issue d’événements comme des résultats sportifs, des évolutions politiques ou des mouvements boursiers, mais sans échange d’argent réel, du moins dans un premier temps.
Elle fonctionnerait indépendamment des plateformes sociales existantes de Meta, même si celles-ci pourraient servir de relais pour y diriger des utilisateurs, selon le journal.
Qu’est-ce qu’un marché de prédiction ?
Un marché de prédiction est, en substance, une place financière où l’on achète et vend des contrats ou des paris indexés sur l’issue d’événements réels.
Chaque contrat correspond à une simple question fermée, par exemple savoir si un candidat remportera une élection, si une équipe finira première d’un championnat ou si une grande figure politique quittera le pouvoir avant une certaine date.
Sur Polymarket et Kalshi, les deux plateformes de marchés de prédiction les plus populaires, les utilisateurs achètent des contrats qui rapportent 1 dollar s’ils ont raison et rien s’ils se trompent.
Au fur et à mesure que ces contrats s’échangent, leur prix reflète la probabilité, selon le marché, que l’événement se produise. Si un pari vaut 40 cents, cela signifie, aux yeux des parieurs, qu’il y a 40 % de chances qu’il se réalise.
Les défenseurs des marchés de prédiction affirment que ce mécanisme produit des prévisions plus précises que les sondages ou les analystes politiques, car les participants mettent de l’argent réel en jeu.
Polymarket et Kalshi
Les deux plateformes dominantes dans ce secteur, Polymarket et Kalshi, ont généré à elles deux environ 85 à 90 % des quelque 44 milliards de dollars (40 milliards d’euros) de volume total de transactions enregistrés en 2025.
Polymarket, fondée en 2020 par Shayne Coplan, un ancien étudiant de l’université de New York, opère à l’échelle mondiale sur la blockchain. En octobre 2025, la maison mère du New York Stock Exchange a investi 2 milliards de dollars (1,8 milliard d’euros) dans la plateforme, signe fort que Wall Street prenait ce secteur au sérieux.
Kalshi, fondée en 2018 par deux diplômés du MIT, a passé des années à obtenir le feu vert des régulateurs avant de se lancer comme premier marché de prédiction approuvé par la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) américaine.
Le tournant est intervenu en octobre 2024, lorsqu’un tribunal américain a jugé que Kalshi pouvait légalement proposer des contrats liés aux élections 32 jours avant le scrutin présidentiel. Depuis, le volume mensuel des échanges a bondi, passant de moins de 5 milliards de dollars (4,6 milliards d’euros) en septembre 2025 à environ 24 milliards de dollars (21,8 milliards d’euros) en avril 2026, dépassant les quelque 14 milliards de dollars (12,7 milliards d’euros) misés chaque mois via les bookmakers légaux ou traditionnels aux États-Unis.
L’entrée de Donald Trump Jr. au capital de Polymarket et son rôle de conseiller rémunéré auprès de Kalshi, combinées à une attitude plus permissive des régulateurs fédéraux, ont également alimenté cette flambée.
Les risques
Cette explosion n’est pas exempte de controverses : les procédures judiciaires se sont multipliées, et un ancien soldat des forces spéciales a été arrêté, soupçonné d’avoir utilisé des informations confidentielles sur une opération américaine visant à capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro pour passer un ordre gagnant sur Polymarket d’environ 400 000 dollars (365 000 euros).
Certains États américains ont commencé à poursuivre ces plateformes, estimant qu’elles exploitent des jeux d’argent illégaux sans disposer des licences adéquates. L’administration Trump a répondu en attaquant en justice les États qui ont décidé d’interdire les marchés de prédiction, créant un bras de fer juridique confus entre pouvoirs fédéral et locaux.
Une enquête du New York Times a révélé que Polymarket avait publié des centaines de messages mensongers ou trompeurs sur les réseaux sociaux, tandis que Politico a mis au jour une campagne visant à rémunérer des influenceurs pour vanter la supposée précision de la plateforme.
Reste à savoir si la version ludifiée et sans argent de Meta permettra d’éviter ces écueils ou ne fera que servir de porte d’entrée vers eux.