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L’ONU avertit: le temps pour réguler l’IA se réduit et pourrait creuser les inégalités

Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, présente la publication d'un rapport sur l'intelligence artificielle au siège de l'ONU, le 1er juillet
Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, présente le rapport de l'ONU sur l'IA lors d'une conférence de presse au siège de l'organisation, le 1er juillet Tous droits réservés  AP Photo/Jason DeCrow
Tous droits réservés AP Photo/Jason DeCrow
Par Pascale Davies
Publié le
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L'ONU avertit : l'IA pourrait creuser le fossé entre pays riches et pays pauvres

Le développement de l'intelligence artificielle pourrait aggraver les inégalités mondiales et la fenêtre d'action dont dispose la gouvernance mondiale pour y remédier se referme rapidement, selon un nouveau rapport des Nations unies.

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Ces conclusions proviennent d'un rapport préliminaire publié cette semaine par le Groupe scientifique international indépendant sur l'intelligence artificielle de l'ONU, une instance de 40 experts issus du monde entier, créée par l'Assemblée générale en 2025.

« Plus l'IA progresse sans règles partagées, moins les gouvernements et les populations auront leur mot à dire sur le résultat », a déclaré António Guterres, le secrétaire général de l'ONU, lors d'une conférence de presse mercredi.

« Notre message aux gouvernements est simple : n'attendez pas… la science est là. Nous ne pouvons plus prétendre que nous ne savons pas ce que nous faisons. »

Que dit le rapport ?

Le rapport souligne que le secteur évolue à un rythme exceptionnel et que l'IA générative peut désormais écrire des logiciels, analyser d'immenses ensembles de données, produire des images et des vidéos plus vraies que nature, et contribuer aux découvertes scientifiques.

Il indique que l'« IA agentique », où des agents d'IA peuvent mener à bien des tâches complexes avec un minimum d'intervention humaine, va encore plus loin.

Selon le groupe, la complexité des tâches que ces systèmes sont capables de gérer double approximativement tous les quelques mois. À mesure que l'IA gagne en autonomie, le groupe avertit qu'il pourrait devenir de plus en plus difficile de la surveiller et de la contrôler sans des garde-fous plus solides.

Le rapport met en avant des risques croissants, notamment l'utilisation de l'IA pour produire des contenus d'abus sexuels et des deepfakes explicites, les femmes et les enfants étant particulièrement visés.

Il souligne aussi que l'IA rend la désinformation plus convaincante et plus difficile à détecter, ce qui, selon le groupe, mine la confiance du public et le débat démocratique.

La cybersécurité est également menacée : des criminels utilisent l'IA pour la fraude et l'ingénierie sociale, et elle est aussi utilisée pour alimenter des pensées nuisibles chez des personnes vulnérables, contribuant à des crises de santé mentale, y compris des suicides.

Le rapport note également que les centres de données qui alimentent l'IA deviennent une source croissante d'émissions de gaz à effet de serre.

Les bénéfices de l'IA

Mais le rapport ne se limite pas aux scénarios catastrophes. Parmi les bénéfices relevés, il cite des modèles d'IA qui ont cartographié la structure de plus de 200 millions de protéines, accélérant la découverte de médicaments, la recherche sur les vaccins et les travaux sur la résistance aux antibiotiques.

Il indique également que cette technologie permet de repérer l'insécurité alimentaire avant qu'elle ne se transforme en crise à grande échelle et qu'elle élargit l'accès à l'éducation, au soutien en santé mentale et aux outils destinés aux personnes handicapées.

Des rapports de force inégaux

L'IA n'est pas non plus répartie de manière homogène à travers le globe. Le rapport estime que les États-Unis contrôlent environ les trois quarts de la capacité de calcul des superordinateurs d'IA les plus avancés au monde, la Chine en détenant près de 15 %.

Ensemble, ces deux pays représentent donc près de 90 % de cette capacité, les modèles d'IA les plus avancés étant développés par des entreprises basées dans ces mêmes nations.

Les pays en développement, eux, n'ont ni les talents, ni les infrastructures, ni les financements nécessaires pour concevoir ou auditer les systèmes d'IA qu'ils utilisent.

Le groupe avertit que, sans effort pour combler ce fossé, l'IA risque d'accentuer les inégalités à l'échelle mondiale.

Les difficultés de la régulation

S'agissant de la mise en place d'une régulation de l'IA, le rapport évoque un « dilemme des preuves » : les législateurs ont besoin de données solides pour élaborer des règles efficaces, mais l'IA a souvent déjà évolué au-delà de ces données au moment où elles sont collectées.

Il existe désormais plus de 40 cadres de gouvernance de l'IA dans le monde, mais le groupe les décrit comme fragmentés, incohérents et rarement testés pour vérifier leur efficacité réelle.

Une grande partie des tests de sécurité qui sont menés le sont encore par les mêmes entreprises qui conçoivent ces technologies, ce qui pose des questions d'indépendance.

Le groupe appelle à des évaluations plus rigoureuses par des tiers, à une coordination internationale renforcée et à des normes communes, ainsi qu'à des investissements permettant aux pays de développer les compétences et les infrastructures nécessaires pour encadrer l'IA selon leurs propres termes.

Les conclusions du groupe alimenteront le Dialogue mondial de l'ONU sur la gouvernance de l'IA, qui doit s'ouvrir à Genève le 6 juillet 2026, où les États membres débattront de démarches internationales coordonnées pour encadrer cette technologie.

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